MICHEL JANSSEN MIERE VELD
s'étendent les travaux du maître. Avoir travaillé dans les vingt dernières années du xvi-^ siècle pour survivre à Rubens et presque à van Dyck, être le contemporain de Frans Hals, de Rembrandt, c'est, pour un peintre des Pays-Bas, assistera bien notables transformations, et nous en admirons davantage la conscience de ce maître parcourant sa voie personnelle et l'achevant comme il l'a commencée, sans se départir un instant du consciencieux système de ses premières années.
La ville de Delft possède de Miereveld un de ces tableaux de corporations si fréquents en Hollande ', et la célèbre Leçon d'anatomie du docteur vander Meer que certainement Rembrandt a connue, car elle date de 161 7-. Ce sont presque les seuls tableaux d'ensemble du portraitiste. On s'explique qu'à une période plus avancée de sa vie, les commandes lui venant, les efïïgies isolées devinssent la règle. Deux tils, Pierre et Jean, auxquels le peintre eut le malheur de survivre, furent un temps ses auxiliaires ^; Pierre collabora à la. Leçon d'anatomie de l'hôpital de Delft. Plus tard, d'autres assistants vinrent en aide au maître; c'était d'usage.
Miereveld trouva aussi un collaborateur précieux en l'époux d'une de ses tilles, le graveur-peintre Willem Jacobszoon Deltî, qui fut, par le burin, un traducteur singulièrement heureux de ses efBgies.
Les estampes de ce maître, non moins sages que les œuvres qu'elles reproduisent, comptent parmi les meilleures de l'espèce et sont recherchées à juste titre ''. Miereveld a donc exercé indirectement son influence sur la gravure. Il était, avec son gendre, l'éditeur des planches reproduisant ses œuvres les plus célèbres et par lesquelles nous ont été conservés les traits d'un grand nombre de personnages marquants.
L'œuvre de Delff, bien qu'il ne comprenne qu'une centaine de pièces, constitue un véritable panthéon. Nous avons la preuve de l'intervention de Miereveld à cet ensemble, non moins par les termes des dédicaces inscrites sur un grand nombre de planches, que par les privilèges qu'il sollicita et obtint pour la publication des reproductions de ses tableaux. Jean Müller, Jacques Matham et Boetius de Bolswert furent successivement ses collaborateurs.
Au nombre des estampes de W. J. Delff, figurent les portraits de Charles l" et de la reine son épouse. Ces plaiiches, qui semblent destinées à faire partie de l'ensemble issu de la collaboration du gendre et du beau-père, reproduisent des peintures de D. Mytens, le peintre de la cour d'Angleterre avant van Dyck.
L'historien de Delft, D. van Bleyswyck, assure que des offres brillantes furent faites de la part de Charles I'^"' à Miereveld, mais que le peintre refusa de se rendre en Angleterre à cause de la peste qui régnait alors dans ce pays. L'Angleterre manquant de peintres indigènes^ rien n'est plus naturel que de voir la cour brillante de Charles I*^' j i^ recherche de portraitistes. Pour l'homme de talent, c'était la fortune
1. Riegel, Beiträge ^iir Xiederldndisclien Kunstgeschichte, tome I", page liS; D. \'an Ble}'s\vyck, page 5(36.
2. Voyez Vosmaer dans l'Art, 1877, tome II, page 73, article accompagné d'une gravure.
3. Ils sont repre'sente's avec Miereveld, sa femme et ses trois tilles sur un magnifique tableau au musée de Pesth, attribué à Corneille de Vos.
4. M. D. Franken a donné un excellent Catalogue de l'œuvre de Delff. Amsterdam, 1872.
ijü LE LIVRE DES PEINTRES
assurée. Il parait toutefois, d'après une lettre citée par Fiorillo ', que le prince de Galles, Henri, même avant Tavènement de son père, avait tenté sans succès des démarches auprès de Miereveld.
Les sollicitations d'Albert et Isabelle étaient, comme le fait observer M. Havard, chose plus extraordinaire. La Flandre avait ses peintres; toutefois, aucun des portraitistes que les archiducs pouvaient s'attacher à l'époque de leur avènement, et avant le retour de Rubens dans les Pays-Bas, n'était comparable à Miereveld.
La question religieuse devait certainement apporter des empêchements a la réalisation du désir des archiducs, si tant est que ce désir fût exprimé ; pourtant l'obstacle n'était pas insurmontable, à ce qu'il parait, s'il s'agissait d'un artiste. C'est ainsi, par exemple, que les Jésuites d'Anvers, ayant besoin, en 1 5r) i , d'un graveur, s'adressèrent à Jacques De Gheyn, Anversois de naissance, mais hxé en Hollande. On s'enquit de la religion que professait l'artiste avant de lui octroyer le passe-port dont il avait besoin. Ce fut un Jésuite même qui répondit que, si De Gheyn était hérétique, il espérait, avec la grâce de Dieu, pouvoir travailler à sa conversion -.
Un fait cependant, qu'il ne faut jamais perdre de vue dans les biographies de van Mander, c'est que notre historien était fort bien renseigné sur les menus incidents de la vie de ses contemporains; on peut donc croire c]ue, réellement, il ne tint qu'à Miereveld de devenir le peintre de la cour de Bruxelles.
Bien que plusieurs écrivains hollandais se soient occupés du grand portraitiste de Delft, après van Mander, auquel Miereveld survécut de trente-sept années, aucun d'eux n'ajoute à la biographie que nous avons traduite des faits saillants. Campo Weyerman ■' se borne à dire que le portraitiste ne se déplaçait que pour aller à La Hâve atin d'y reproduire les traits des princes de Nassau. Assurément, pareille existence d'artiste ne pouvait être semée d'incidents, bien qu'elle fût assaillie de terribles malheurs, Miereveld ayant vu, en l'espace de quelques années, ses deux tils descendre dans la tombe.
Il est probable que la petite maison de Delft, où le peintre avait établi son atelier, reçut la visite de Rubens et celle de van Dyck à l'époque où ces deux grands artistes se rendirent en Hollande. Le n" i de l'inventaire publié par M. Havard est précisément un tableau de Vénus et Adonis, d'après Rubens, et V Iconographie de van Dyck contient le portrait de Miereveld reproduit en gravure par son gendre, W. J. Delff.
M. Kramm '' raconte comment, en 1842, un artiste hollandais, M. W. H. Schmidt, découvrit qu'il occupait l'atelier même de Miereveld.
Le grand portraitiste mourut le 17 juillet 1641.
Van Bleyswyck public son épitaphe composée par J. Oudaan.
1. F. D. Fiorillo, Geschichte der :;eichnenden Künste, tome V, page 335. Gœttingue, 1808.
2. Pinchart, Archives des Arts, Sciences et Lettres, tome III, page 32o.
3. Levensbcschrijvingen der Nederlatxdsche Konstschilders en Konstscliilderessen, tome I"', page 232. La Haye, i 721).
4. Levens en Werken der Hollandsche en X'iaeinsclie Kunstschilders, etc., page 1123. Amsterdam, i8tJo.
HENRI GOLTZIUS