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Hubert et Henri Goltzius étaient donc cousins germains

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C'était un gros et turbulent enfant, bien que sa mère délicate dût lui ménager son lait. Comme il était d'une grande vivacité, il lui arriva, en tombant, de se percer le nez d'une baguette et de faire plus d'une fois le plongeon, ce qui ne l'empêchait pas, cependant, d'être attiré aussi par le feu, car, âgé d'un an à peine, et marchant seul, il tomba dans le foyer, le visage sur un poêlon d'huile bouillante, et se brûla cruellement les mains sur les charbons ardents.

La mère fit de son mieux pour le soigner, appliquant nuit et jour sur les blessures des onguents et autres remèdes. Survint une commère du voisinage qui se mit à défaire les bandages, prétendant qu'elle ferait mieux les choses, et se contentant d'envelopper la main droite d'un mouchoir.

La conséquence fut que les tendons se soudèrent les uns aux autres et que Goltzius fut pour jamais hors d'état d'ouvrir complètement la main.

Outre ce malheur, il lui arriva, étant encore fort jeune, soit par mégarde, soit autrement, de s'introduire dans la bouche de l'orpiment que son père eut toutes les peines du monde à en retirer.

Goltzius ayant atteint sa troisième année ou environ, son père, Jean Goltz, quitta Mulbracht et alla s'établir à Duysbourg, petite ville du pays de Clèves. C'est là que l'enfant commença à apprendre à lire, etc., à l'âge de quatre ans.

Mais comme la nature ne pouvait celer davantage ses intentions, et comme on dit des chats qu'ils ne peuvent s'empêcher de faire la chasse aux souris, on vit bientôt où tendait l'esprit de l'enfant, c'est-à-dire vers le dessin, la plume traçant plus de bonshommes que de caractères d'écriture.

Voyant cela, le père prit le parti de retirer son fils de l'école pour lui faire apprendre le dessin et le consacrer à l'état de peintre verrier. Quand Goltzius était âgé de sept ou huit ans, il couvrait les murs et les planchers de ses dessins. Il montrait aussi plus d'aptitude à crayonner des choses de sa propre invention, que de patience dans la copie d'un modèle.

C'est ainsi que, dès sa jeunesse, il s'est appliqué à l'art et à la

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Réduction d'après la gravure du maitre.

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peinture sur verre. Je nie souviens d'avoir vu quelques-unes de ses toutes premières choses , dans lesquelles on constatait une entente extraordinaire du sujet, une hardiesse non moins grande dans son expression, et un esprit d'observation remarquable.

Les fréquentes indispositions de sa mère furent cause qu'il dut s'occuper beaucoup des autres enfants, des ouvriers et du ménage en général, au grand détriment de ses progrès.

Pourtant, son ardeur était telle, qu'il ne se passait dimanche ni fête qu'il ne s'appliquât à dessiner sur les murs des chameaux, des éléphants et d'autres choses en grand. Son père alors laissa le garçon libre de dessiner, peindre et barbouiller tout à l'aise, pourvu qu'il ne négligeât point les affaires paternelles qui étaient loin d'être brillantes.

Goltzius se chagrinait d'être ainsi contraint de veiller aux soins de la maison et de devoir demeurer auprès de ses parents, sans pouvoir aller en des endroits où il aurait pu voir de belles choses; mais, enfin, se résignant à son sort, il put arriver, à force de volonté, à graver à Teau-forte, et il s'exerça même de sa main contrefaite à manier le burin et réussit si bien, que Coornhert, qui demeurait alors à quatre lieues de là, s'offrit à lui enseigner la gravure, car il avait à maintes reprises dessiné pour Coornhert ' des encadrements que celui-ci songeait lui-même à reproduire.

Le père inclinait à consentir, et il fit même avec Coornhert un accord qui devait avoir une durée de deux ans, mais ces dispositions ne convinrent pas à Goltzius et le contrat fut rompu.

Coornhert fit alors la proposition que le jeune homme passât chez lui une couple de mois à titre d'essai, ce que Goltzius accepta en vue de se familiariser avec les procédés; mais Coornhert lui dit : « Si, les deux mois révolus, tu ne veux point poursuivre, tu t'engageras à ne pas te placer chez un autre maître, ni à travailler seul », ce que Goltzius refusa, préférant rester libre, et il s'en fut avec son père, ne laissant pas de s'exercer journellement à la gravure au burin.

I. Dii'k (ThJoiiorc) Volkcrts^ Coornhert, dessinateur, graveur et poète, né à Amsterdam en ibi-z, mort à Gouda en i5()0. Goltzius a laissé de lui un admirable portrait, une de ses plus belles estampes. (Bartsch, n" i(")4.) il a été question de lui dans la biographie de Frans Floris, tome 1*", page 338.

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Coornhert alors lui donna sans retard du travail et lui proposa de le suivre en Hollande, à quoi Goltzius consentit, pourvu, toutefois, que ses parents pussent raccompagner, car ils lui auraient refusé l'autorisation sans cela.

Goltzius vint habiter Harlem, peu de temps après le grand incendie, vers rëpoque de la Saint-Jean', et Coornhert, fort satisfait de ses débuts, lui montra à plus d'une reprise les procédés qu'il jugeait les meilleurs.

Donc, fixé à Harlem, Goltzius y travailla un temps pour Coornhert et Philippe Galle', et ses parents étant partis pour l'Allemagne, lui, restant à Harlem, y épousa une veuve ■'' qui avait un fils auquel il donna dès sa jeunesse des leçons, et qui devint, sous sa conduite, un graveur très habile : Jacques Matham \

Marié à l'âge de vingt et un ans à peine'", Goltzius se prit à réfléchir à son sort, et, comparant sa propre destinée à tous les avantages que rencontraient les autres artistes, il tomba dans une noire mélancolie, sa santé s'altéra, et, finalement, il contracta une maladie de langueur, et cracha le sang au moins trois années de suite.

Les médecins faisaient de leur mieux pour le soulager, mais vainement, car la mélancolie avait profondément pris possession de son être et aggravait le mal.

Voyant que sa vie ne tenait, comme on dit, qu'à un fil, et que les médecins étiaent impuissants à le sauver, tous disant, au contraire, qu'il était trop tard, Goltzius prit le parti, si faible qu'il fût, de se mettre en route pour l'Italie dans l'espoir de trouver quelque amélio-

1. Cet incendie éclata le 23 octobre iSyb; la Saint-Jean se célèbre le 24 juin. H tant donc fixer à l'année 1377 l'arrivée de Goltzius à Harlem.

2. Goltzius nous a laissé le portrait de cet excellent graveur, père de la nombreuse lignée des Galle, né k Harlem en 1537, mort à Anvers le 29 mars 11)12. (De Stein d'Altenstein, Annuaire de la noblesse de Belgique, tome VII, page 241.) La planche de Goltzius est datée de i582.

3. Elle s'appelait Marguerite Bartsen, fille de Jean. Son portrait, dessiné par Goltzius, passa en vente à Amsterdam avec la collection Rutgers en décembre 1778. (A. vander Willigen, les Artistes de Harlem, n° 348. 1870.)

4. Né k Harlem le i5 octobre 1571, décédé dans la même ville le 20 janvier if)3i. 11 fut un excellent graveur; Bartsch décrit son œuvre au tome III, page i3i de son Peintre-Graveur. Un portrait de Jacques Matham, dessiné aux crayons rouge et noir par Goltzius et daté de 1592, parut à la vente Muilman, k Amsterdam, en 1773.

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