ADRIEN DE VRIES
D'après la gravure da Jean Millier.
Avec d'autres, dont le nom n'est pas venu jusqu'à moi, je les confie à FArt, pour que, tout en contribuant à étendre son domaine, ils travaillent à leur propre renommée.
COMMENTAIRE
Jean van Achcn est avec Spranger un des artistes dont les créations obtinrent, vers la tin du xvi= siècle, le plus grand succès. 11 suffirait, pour s'en convaincre, de parcourir l'œuvre gravé du maître, un des plus riches du temps. Les Sadeler, surtout, contribuèrent par leur admirable talent à propager une réputation, justifiée, tout au plus, par une très grande adresse.
Le coloris de van Achen est faux, et son dessin le range très franchement parmi ces maîtres que Renouvier appelle les Strapassons. C'était l'école issue de l'influence de Michel-Ange, combinée avec celle du Tintorct et s'cfforçant, à sa manière, de réaliser l'idéal de ce grand peintre : le dessin de Michel-Ange allié au coloris du Titien.
Quoi qu'il en soit, van Achen, la somme faite des défauts et des qualités, reste une figure intéressante de l'art de son époque, metteur en scène habile et véritablement au fait de la disposition des groupes.
Les auteurs que nous avons cités, Nagler, Merlo et surtout M. W. Schmidt, le savant conservateur du Cabinet des cstanipcs de Munich, ont reconstitué avec beaucoup de soin la carrière du peintre, d'après les meilleures sources. Il nous reste, d'ailleurs, peu de chose à ajouter à la biographie de van Mander complétée par les annotations marginales.
11 résulte des recherches de M. Schmidt, que van Achen fut envoyé deux fois en
Prague. L'empereur Rodolphe eut de lui un très grand nombre de travaux remarquables, de marbre, de bronze et de cire. De magnifiques fontaines de De Vries ornent les places publiques d'Augsbourg, notamment le marché aux vins, non loin de l'ancien palais des Fugger.
L'un de ces monuments, dominé par une statue d'Hercule, est environné de Tritons et de Néréides; il porte la date de i3<)fK Une autre fontaine a pour sujet principal un Mercure. Les deux œuvres ont été gravées : la première par Jean Müller, la seconde par W. Kilian.
Nous ne connaissons aucune œuvre peinte d'Adrien De Vries, qu'il ne faut pas confondre avec A (braham :) de Vries. (Voyez sur ce peintre : C. Ruclens, le Peintre Adrien De Vries, brochure in-8" (.\nvers, 1882), et Aug. Castan, Contribution à la biographie du portraitiste A. De Vries. {Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 3' série, tome \'1I, page iQQ.) La belle estampe de Sadeler, représentant le portrait de l'empereur Rodolphe à cheval, est peut-être exécutée d'après la statue du souverain.
Jean MuUer a gravé, sous trois aspects différents, un groupe de cire d'Adrien De Vries : un Romain enlevant une Sabine. (Bartsch, n"" 77-7(1.)
Le même graveur a reproduit une Clcopdtre piquée par des serpents (Bartsch, n" 80), Apollon armé de son arc (Bartsch, n° ÎSi) et la Prudence. (Bartsch, n" 83.)
On attribue, enhn, à De Vries des eaux-fortes : \ü Repos en Egypte; \ü Baptême de Jésus-Christ ; le Christ assis, environné d'anges; le Christ mort; la Vierge sur le croissant; des Groupes de lutteurs, et V Empereur Commode tenant la victoire de la main gauche, planche datée de i582. (Nagler, Künstler- Lexikon, tome XXI, page 12.)
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mission en Italie par Tempereur Rodolphe : la première fois, pour y copier les œuvres des maîtres italiens; la seconde, en i6o3, pour y faire, à Modène, le portrait de la duchesse Julie d'Esté. Le peintre, à la vérité, est désigné sous le nom de Giovanni Tcdesco. La Galerie de Modène possède de lui une Nativité.
La veuve de van Achen épousa, en 1616, Alexandre Abondio, célèbre modeleur en cire, attaché à la cour impériale. ^J.Meyer, Künstler-Lexikon, I, 3i.)
Les peintures de Jean van Achen sont plus rares que ne tendrait à le faire croire l'abondance des estampes qui nous font connaître Tartiste. Hors d'Allemagne on les rencontre peu. On cite comme son chef-d'œuvre le Crucifiement de la chapelle de la Sainte-Croix, à Munich. La Galerie de Schleissheim possède une douzaine de ses meilleurs portraits, représentant les membres de la maison de Bavière. Au musée de Cologne, au Belvédère de Vienne, le peintre est également représenté par des œ^uvres nombreuses et importantes. Prague ne parait avoir conservé que le seul portrait de l'empereur Rodolphe, chez les Prémontrés. A l'église de Friedland, en Bohême, existe une Résurrection.
Les Galeries d'Augsbourg, de Carlsruhe, de Hambourg, de Modène, de Florence (Pittil, les collections Czernin et Liechtenstein, à Vienne, offrent également de' ses œuvres. Une Sainte Famille de cette dernière Galerie porte la date de i586.
Pour la liste des planches gravées d'après le maître, nous renvoyons au Kiinstler- Le.vikon de Meyer, nomenclature très complète et qui ne comprend pas moins de 162 numéros.
Plusieurs portraits de Jean van Achen furent gravés. Les meilleurs sont ceux de Jean Saenredam, d'Egide Sadeler et de Jacques Lutma.
Van Achen nous a laissé aussi un beau portrait de Barthélémy Spranger dans un encadrement allégorique, gravé par Jean Müller en i5gj.
Les différents portraits gravés par les Sadeler, les Kilian, les Custos, d'après les œuvres de l'artiste, nous montrent son talent sous un jour très favorable. Ses personnages ont de la dignité, beaucoup d'expression, et dénotent une très sérieuse étude de la nature, commencée de bonne heure, comme on l'a vu par la biographie de van Mander.