DIT NEEL LE LOUCHE
Je ferais tort au paysage en m'abstenant de parler de Corneille Molenaer, d'Anvers, que son infirmité faisait surnommer « Neel le Louche )).
En effet, si Ton compte des paysagistes qui ont excellé dans la manière de traiter les arbres et d'autres parties, je ne vois vraiment personne qui ait traité le feuille d'une manière plus charmante ni plus pittoresque. Cette opinion sera partagée, Je crois, par tout le monde.
Quant à la disposition générale de ses paysages et de ses horizons, je n'en puis dire que ceci : que toutes ses productions plaisent infiniment aux peintres. Pour les figures, son habileté était moindre.
Corneille procédait à la façon des peintres à la détrempe, sans se servir d'appui-main ; il était d'ailleurs fort expéditif et travaillait à la journée pour qui voulait.
En un seul jour, si l'œuvre était quelque peu préparée, il trouvait le moyen de faire un grand et beau paysage. Une journée pleine se payait un daller'-'; un arrièreq^lan ou un petit terrain, sept sous.
11 était d'un caractère faible, et beaucoup d'artistes l'exploitaient à leur profit''. Son ménage, mal tenu et mal administré, se ressentait de la gène par l'effet de l'intempérance. La faute, — il n'en est que trop souvent ainsi! — devait être imputée à la femme; elle escomptait les rentrées et le travail de la maison ne se faisait pas.
Le père de Molenaer était un peintre médiocre; à sa mort, Cor-
I. ]l est inscrit à la gildc de SaiiU-Lac d'Anvers, comme tVanc-maitre en 1564, sous le nom de Corneille de Meulener.
■^, Monnaie valant i H. bo des Pays-Bas.
3. Gilles Cbignet, mort en iSgg, passe pour avoir recouru au talent de C. Molenaer pour peindre ses fonds. (Voir la biographie de Coignet, chapitre xvii du présent volume.;
iG LE LIVRE DES PEINTRES
neille alla se mettre sous la direction de son beau-père, le second mari de sa mère, un peintre non moins obscur.
Corneille est mort à Anvers; ses oeuvres sont estimées des amateurs. 11 eut un imitateur qui, toutefois, ne réussit pas à Tégaler comme paysagiste, mais le surpassa dans la figure. Ce fut Jean Nagel, de Harlem ou d'Alckmaar, qui mourut à La Haye, en 1602'.
COMMENTAIRE
Autant aboiielent les peintures de Nicolas iKlaasi Molenacr et de J. Miensc Molenaer, autant celles de Corneille sont rares. Encore, le plus souvent, est-ce par erreur que lui sont attribuées les œuvres inscrites sous son nom dans les divers musées. C'est ainsi, par cxeniple, que le Paysage de la Galerie de Brunswick (n" 677, signé du monogramme C. M., et daté de 1591, s'est trouvé être réellement un van Goyen parfaitement signé et daté (Voir Riegel : Beiträge :^ur Niederländischen Kunstgeschichte, II, 35 2) ; c'est ainsi encore, que, sur un Intérieur du musée d'Arras in° 1-7', nous avons relevé la signature de J. M. Molenaer, et qu'un tableau de la Galerie de Schleissheim est signé K. Molenaer et daté de ibSg. Toutefois, la même Galerie et le musée de Berlin (n° 706) possèdent des peintures authentiques de Corneille Molenaer : Un homme et une femme jouant aux cartes, le Bon Samaritain, une peinture excellente. Au musée de Madrid, trois Marines figurent sous le nom du peintre in°* 1466- 1468 , et au musée de Stuttgart deux Scènes rustiques et une Ecole de village. (N«^ 534, 545 et 563. '
On s'explique suffisamment la rareté des créations d'un artiste dont le principal rôle paraît avoir été de compléter les travaux de ses confrères, et la difficulté non moins grande de déterminer ses oeuvres personnelles.
I. Deux « grands » tableaux de lui sont cités dans Tinventaire des œuvres délaisse'es en ]C)2'.\ à La Haye, par Agathe Andries Oldenburch. (Communication de M. P. A. Leupe à VArchief d'Obrecn, tiiiuc 11, page i4*').)
PIERRE BALTEN'
PEINTRE d'aNVERS
En 1579' est entré dans la gilde des peintres d'Anvers Pierre Balten, très bon peintre de paysages, qui suivait de près la manière de Pierre Breughel et travaillait aussi très bien à la plume. Il avait parcouru divers pays et peint d'après nature des sites variés.
Il peignait à la détrempe et à l'huile d'une manière agréable et adroite. Il traitait aussi très bien la figure, faisait des kermesses villageoises et autres motifs de l'espèce. Ses oeuvres sont recherchées.
L'empereur possède de lui une Prédication de saint Jean-Baptiste, où, en lieu et place du saint, il a fait peindre un éléphant, de sorte que la foule paraît réunie pour considérer la bête^''. J'ignore le motif et la signification de ce changement.
Balten était bon poète, rhétoricien et acteur; Corneille Ketel de Gouda ^ et lui ont échangé des épîtres et des chansons.
II est mort à Anvers^.
Pierre Baltens est le graveur-éditeur connu sous le nom de Pierre Balthazar, de son nom patronymique De Goster latinisé en Ciistos. Le nom de Baltens et celui de Custos sont également connus dans Thistoirc de la gravure. Nous trouvons cependant le nom de <( Pierre Balthazar « sur le titre d'une suite de ducs de Brabant^ avec la date
1. 11 est connu également sous le nom de Pierre Balthasar, Custos, Custodis et De Coster.
2. Les registres matricules disent i54o; do3-en en i5ôo, il fonctionne, en iSyi, par ordre du magistrat, comme ancien de la gilde, avec Antoine van Palerme comme doyen, et Martin de Vos comme sous-doyen.