‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 76 sur 213 · ÉGIDE VAN CONINCXLOO, D ANVERS · texte numérisé non relu

ÉGIDE VAN CONINCXLOO, D ANVERS

Je me souviens cravoir lu chez deux ou trois auteurs italiens un dialogue ou plutôt une dissertation sur le mérite relatif de la sculpture et de la peinture, et d'avoir vu invoquer en faveur de cette dernière qu'elle permet de rendre tout ce qui frappe le regard humain : le ciel, le soleil perçant les nuages et illuminant les cités, les montagnes, les vallées; ou bien les nuées orageuses, la pluie, la grêle, la neige; ou encore les nuances de la végétation, des arbres, des prés, lorsque le doux printemps réveille le chant des oiseaux; toutes choses que le ciseau est impuissant à traduire ; sans parler de bien d'autres raisons qui tendent à démontrer que la peinture est l'art le plus agréable et doit l'emporter sur la statuaire.

C'est ce que contribueraient aussi à prouver les habiles travaux de Texcellent paysagiste Égide van Coriincxloo, d'Anvers, lequel, du côté paternel et du côté maternel, procède, à ce que l'on dit, de souche artistique.

Il vint au monde à Anvers, en l'an de grâce 1544, le 24 janvier. Ses parents étaient Bruxellois'. Il commença son apprentissage chez Pierre, le fils du vieux Pierre van Aelst'^, en partie par des relations de famille, car la femme du vieux Pierre était sœur de' la mère de Conincxloo^. Ensuite, il alla chez un autre maître, Léonard Kroes'',

1. Son pcre, cgalcmcnt Egide ou Gilles van Conincxloo, fut reçu franc-muitre k la gikle de Saint- Luc d'Anvers en iSSg. (Voyez la ge'ne'alogie des Conincxloo : Journal des Beaux-Arts, 1870, page 58.)

2. Fils naturel de Pierre Coeck (Van Aelst ou d'Alosti, mort en i55(). Voyez tome 1°'', chapitre xx, page 184.

3. Pierre Coeck eut pour femme Anna van Doornicke, dont la sœur Adrienne, veuve de Jean le Hollandais (de Hollander, voyez tome 1°'", chapitre xiv), épousa Gilles van Conincxloo le père. (\'anden Branden, Geschiedenis, page 288.)

4. Non cite' dans les registres de la gilde de Saint-I.uc d'Anvers. Un Le'onard Kroes, peintre, est mentionne- à Bruges k la fin du xv siècle. {Le Beffroi, tome I''", page 117.)

lequel peignait à la détrempe et à Thuile des figures et des paysages. Puis il alla habiter chez Gilles Mostaert", où il payait sa pension et travaillait à son propre compte.

Il partit ensuite pour la France, visita Paris, Orléans et autres lieux, projetant de faire le voyage d'Italie; mais, comme on lui proposait un parti, il s'en revint à Anvers, s'y maria", et y fixa sa demeure % traversant toute l'époque des troubles jusqu'au siège'', et se rendit ensuite en Zélande en vue de gagner la France pour réaliser les biens qu'il y avait conservés. Pourtant il resta en Zélande et ne s'éloigna des Pays-Bas que pour aller habiter Franckenthal ^, en Allemagne, où il séjourna dix ans et d'où il vint prendre résidence à Amsterdam, sa demeure actuelle ''.

Conincxloo, au temps où il habitait Anvers, fit nombre de belles choses, notamment une grande toile pour le roi d'Espagne". De même pour M. Jonghelincx, qui habitait un hôtel hors des murs d'Anvers^, une toile de seize pieds de long; mais, Jonghelincx étant venu à mourir avant l'achèvement du travail, ce tableau fut adjugé à maître Jacques Roelandts'^, avocat, lequel le fit achever. C'est un excellent paysage.

Il travailla aussi beaucoup pour les marchands, qui répandirent ses

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