Nouvelle erreur de van Mander; Stradan serait ne en i53o
3. Stradan eut sa sépulture dans l'e-glise de la Nunziata (Santissima ,\nnunziata), et ne mourut pas en lOiS, comme le disent plusieurs auteurs, mais, comme on l'a vu, en i6o5.
JEAN STRADANUS
ii3
est l'absence de goût; mais ce défaut est bien un peu celui de Técole italienne de son temps, et il fallait qu'il en fût ainsi pour expliquer la faveur obtenue par les ouvrages du Brugeois et les éloges que leur donne Vasari. Ce n'est pas l'amitié seulement, faut-il
JEAN s T R A D A N ( V A N D E R S T R A E T E N ) . D'aprcs la fjravure do Henri Goltzius.
croire, qui fait louer par Giorgio « la correction du dessin, la richesse de l'invention et le beau coloris » de son ancien collaborateur, car il ajoute que délia Strada s'est « approprié le style italien ».
Nous avons rectifié à l'aide de Borghini les erreurs de van Mander. Nous savons
désormais que Stradan doit avoir laisse dans son pays natal un certain nombre d"œuvres et il est remarquable qu'on ne puisse signaler avec certitude aucun des travaux de cette époque de sa carrière. On lui attribue, à Bruges, un triptyque de la Présentation au temple, de la Naissance et du Mariage de la Vierge, à Saint-Sauveur. Nous inclinerions davantage à croire fondée l'attribution d'un petit tableau du Bon Samaritain à l'hôpital Saint-.Tean de la même ville; mais certainenient l'œuvre devrait dater de la période italienne du maître ; elle est extrêmement intéressante et ne manque pas de caractère.
Van Mander ne paraît avoir connu que très imparfaitement la carrière de son contemporain. Nous avons pu suivre Stradan de Bruges à Anvers, d'Anvers à Lvon, à Venise, à Florence. Borghini assure qu'après un premier séjour dans cette ville il fut appelé à Reggio par un commissaire du pape pour y décorer plusieurs palais de ses fresques et y exécuter divers portraits. Campori ' conteste l'exactitude de ce renseignement et déclare qu'il n'y avait même pas à Reggio de commissaire du pape à l'époque dont il s'agit; que, du reste, on ne trouve point de peintures de Stradan à Reggio, mais uniquement un dessin de la Prédication de saint Jean-Baptiste dans la Galerie d'Esté.
Quoi qu'il en soit, Borghini, poursuivant la biographie de Stradan, ajoute que l'année de la mort du pape Paul (IVi, c'est-à-dire en iSSq, le peintre flamand se rendit à Rome pour v étudier les œuvres de Raphaël, de Michel-Ange et les antiquités, qu'ensuite il y travailla au Belvédère avec Daniel Ricciarelli [Ac Volterre) et le Salviati dont il adopta le style ^, qu'ensuite il retourna à Florence. Ce fut alors qu'il devint le collaborateur de Vasari dans les peintures du Palazzo Vecchio, et Vasari lui-même nous fait connaître que Stradan avait entrepris de dessiner les cartons des tapisseries qui devaient s'harmoniser avec les sujets que lui-même avait peints pour les diverses salles des palais du grand-duc de Toscane. « Pour vingt salles du palais de Poggio-a-Caiano, dit l'historien de la peinture italienne, il a représenté de la manière la plus originale et la plus heureuse tous les genres de chasse et de pêche. » Ainsi s'explique l'existence de cette quantité énorme de compositions de notre artiste interprétées par le burin des Galle, des Collaert, des Mallery, et également par Assuerus van Londerseel en plus petit format, et par Herman Müller dans des proportions plus grandes et d'une façon magistrale •'.
Nombre d'autres sujets, religieux, mythologiques, allégoriques et profanes, ont fait connaître le style de Stradan de quiconque s'occupe d'art, grâce surtout aux ateliers d'Anvers qui vécurent pour ainsi dire exclusivement de ses compositions et de celles de Martin De Vos. Soit que lui-même l'eût voulu ainsi, soit que les graveurs italiens eussent un moindre enthousiasme pour ses créations, ils ne s'appliquèrent qu'exception-
1. Gli Artisti Italiani e Stranieri negli Stati Estensi, page 45o. Modcne, i855.
2. Voyez sur tous ces points l'inte'ressant travail de M. Ed. Fétis dans les Artistes belges à rétranger, tome l"', page 120. Bruxelles, iSSy.
3. Nous ne connaissons que quatre planches de ce graveur d'après les chasses de Stradan. Elles sont entourées de riches bordures comme le sont aussi celles des tentures que l'on voyait naguère aux Offices et qui sont actuellement au l^alazzo délia Crocetta avec les autres tentures composant la R. Galleria ile^li Araz/.i, dont M. G. Rigoni a dressé le catalogue. (Florence et Rome, 1884.)
JEAN STRADANUS ii5
nellement à reproduire ses œuvres. La suite même des actions glorieuses accomplies par les Médicis ne fut point gravée en Italie, mais à Anvers. C'est là, comme le dit avec raison M. Fétis, l'œuvre la plus remarquable du maître, autant par la disposition générale des groupes que par Tintelligence de la composition. Nous citerons aussi deux planches intéressantes et où se trahit à un degré moindre l'iniluence italienne : la Mort comme épouvaiitail et la Mort comme amie, gravées à Venise par Jean et Raphaël Sadeler.
La grande planche de V Académie, daxcc de iSjS et gravée probablement par Corneille Cort, est un document historique des plus curieux et nous initie à l'organisation des grands ateliers de Florence où se pratiqtiaient, à la fois, toutes les branches de l'art.
Il faut le reconnaître, du reste, l'œuvre immense de Stradan ne se parcourt pas sans profit, et, la part faite des défauts, nous avons affaire à un maître singulièrement entendu à tous les genres.
Rumohr ' va même jusqu'à lui attribuer des eaux-fortes, mais aucun iconophile n'a ratifié les vues de ce savant.
L'une des pièces qu'il mentionne, une Léda, d'après Michel-Ange, figure parmi les anonynies; personne ne voudra y voir la main de Stradan, et pour la Chasse au sanglier et le Départ pour la chasse, on doit, selon toute vraisemblance, les ranger dans l'œuvre de Tempesta, l'élève de Stradan.
Borghini assure que notre maître fut appelé à Naples par Don Juan d'Autriche et qu'il suivit le fils de Charles-Quint dans les Pays-Bas. M. Fétis a examiné cette question et nous pensons avec lui qu'il ne faut pas hésiter à révoquer en doute ce retour du peintre dans son pavs natal à l'époque dont il s'agit. Il serait à peine possible qu'aucun historien n'eût consigné le souvenir de la présence d'un des Flamands les plus considérés parmi ses compatriotes. Du reste, fait observer M. Fétis, pour suivre Don Juan, le peintre aurait dû faire d'abord avec lui le voyage d'Espiagne. 11 v a lieu de constater, en passant, que le musée de Madrid ne possède aucune (üuvre de lui.
D'une manière générale, en dehors des peintures que Ton rencontre dans les églises de Florence, et dont Baldinucci fait l'énumération, les leuvres de Stradan sont des plus rares, et celles que nous montrent les musées sont insignifiantes.
Waagen, lui-même, déclarait ne pouvoir citer aucun tableau authentique de Stradan à l'exception du Christ mort, panneau signé au musée d'Augsbourg [n" 3oq), et dont les figures sont de grandeur naturelle.
Le Belvédère de Vienne possède une Flagellation et un Banquet des dieux, très petites peintures, comme le sont également le Christ en croix du musée des Oiîices et un ensemble anonyme de la même Galerie que nous croyons pouvoir attribuer au maître, dix petits portraits extrêmement curieux, catalogués sous le n" 841.
Dans les Pays-Bas, il ne semble pas que l'on puisse indiquer un seul tableau de ce Brugeois italianisé que les graveurs ont mis tant de zèle à reproduire.
On peut croire que toute son activité, en dehors des peintures décoratives qu'il eut
I. Gesdiiditc der Kitpfcrstlchs.immlimg in Copenliagcn, page cß.
IIb LE LIVRE DES PEINTRES
roccasion de taire on Italie, se concentra sur ses cartons de tapisseries et les dessins qu'il destinait aux graveurs et dont quelques-uns se rencontrent encore dans les Cabinets.
Le comte de Norfolk possède même un bouclier d'argent avec des sujets tirés de l'histoire romaine, exécuté d'après les dessins de Stradan, objet précieux remporté comme prix par un des ancêtres du seigneur anglais aux joutes de Florence '.
Jean Stradan eut un tils, Scipion, qui fut peintre, mais n'arriva jamais à la célébrité - . Ses pieuses mains érigèrent à la mémoire de son père le tombeau qui se voit encore à la Nunziata de Florence, la même église où furent déposés les restes de Jean de Bologne.
Antonio Tempesta (i555-i63oi hérita de Stradan plusieurs des qualités qui le distinguent : une grande facilité de composition surtout. Son œuvre s'élève à plus de douze cents planches selon Bartsch, à plus de quinze cents d'après Gori. Plusieurs reproduisent des créations flamandes, notamment d'Otto Venius. Mais Tempesta surpasse grandement son maître.
Le portrait de Stradan a été gravé par Henri Goltzius Bartsch, n" 187 et J. Wiericx. (Alvin, n*^ 2029.] Ce dernier est placé en tête de la suite Vita, Passio et Resurrectia Jesu Christi. (x\lvin, n" 1820.)
1. Dallaway, les Beaux-Arts en Aiif^leterre, trad. Milliii, tome II, page 145. 1807.
2. On a vu plus haut que van Mander qualifie Stradan de célibataire.