‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 79 sur 213 · EMINENT PEINTRE ANVERSOIS · texte numérisé non relu

EMINENT PEINTRE ANVERSOIS

La nature sc montre parfois si prodigue de ses faveurs envers certains individus, leur donne de quoi arriver, comme sans effort, à briller dans une branche où tant d'autres, malgré leurs peines et leurs fatigues, n'arrivent pas à franchir les limites de la médiocrité, qu'il faut donc bien se convaincre que, dans le domaine de la peinture, nul ne règne si ce n'est par droit de naissance. 11 me serait facile de le prouver par l'exemple de l'illustre Anversois Sprangher, lequel, dès sa tendre enfance, eut de la nature elle-même en partage couleurs et pinceaux, que l'aimable Pictura daigna combler de ses faveurs et prendre pour époux , lui apportant par surcroit les grâces en mariasse.

Et la noble ville d'Anvers étant dès longtemps célèbre comme patrie d'une foule de notabilités, il était également écrit que là verrait le jour, le 2 1 mars, dimanche des Rameaux, 1546, Barthélémy Sprangher, issu d'honorable lig-née.

Son père est Joachim Sprangher, sa mère, Anne Roelandts.

Homme pieux, honnête et sagace, le père avait parcouru une bonne partie du monde, séjourné plusieurs années en Italie et, dans sa jeunesse, suivi en Afrique un oncle paternel, négociant fixé à Rome et qui était parti ]30ur faire le commerce au temps où l'empereur Charles-Quint alla mettre le siège devant Tunis.

Le long séjour qu'il fit à Rome permit à Sprangher le père de se lier avec plusieurs artistes flamands, entre autres Michel Coxcie,

I. Van Mander, suivani la mode: de son icnips, ccrit Sprani^hcr. Cette orthographe ne ligure pas sur les planches gravées d'après le niaitre et qui sont extrêmement nombreuses. Par contre, les eaiixforles i.]u'on lui attribue sont signées Sp!\iniJ^ers, et c'e.->t aussi sous cette forme que le nom se présente dans les registres de la gilde de Saint-Luc d'Anvers.

peintre de Malines', de sorte qu'il n'était pas absolument étranger aux choses d'art.

Barthélémy, son troisième fils, âgé d'environ douze ans, manifestait pour le dessin de si grandes dispositions, qu'aucun papier ne restait vierge de ses croquis, pas môme celui des livres de son père où, en regard des écritures commerciales, s'étalaient des soudards, des tambours, etc.

Le père, à la fin, perdant patience, fit venir Barthélémy, sachant bien qu'il était le coupable, — ses frères n'ayant aucune aptitude de l'espèce, — et lui donna une rude correction, pensant peut-être à autre chose.

Mais la colère paternelle est rarement de longue durée; aussi, lorsqu'il vint dans la rue encore tout troublé et rencontra son vieil ami Jean Mandyn -, peintre de Harlem, qui peignait des drôleries dans le goût de Jérôme Bosch, et qui touchait une pension de la ville d'Anvers, il lui confia ses peines et il fut convenu séance tenante que, dès le jour suivant, le jeune homme irait chez Mandyn, qui n'avait pas d'apprenti en ce moment. Ainsi fut fait.

Mandyn était déjà d'un âge avancé ^ et il mourut quand le jeune Sprangher avait à peine passé chez lui l'espace de dix-huit mois. Le jeune homme retourna alors chez son père.

Gilles Mostaert '', qui entretenait avec le père Sprangher des relations d'amitié, trouva le moyen de faire admettre chez son frère François le jeune Barthélémy. Malheureusement, quinze jours après, François Mostaert mourait de la peste ■', et Sprangher se trouva de nouveau sans maître.

L'intervention de Gilles Mostaert le fit accepter pour un terme de deux ans par un gentilhomme du nom de Corneille van Dalem'', que ses parents avaient poussé vers la carrière artistique par manière de

I. Voyez ci-dessus, chapitre ix, page 33. ■1. Tome I", chapitre iv, pages (35 et 76.

3. Il avait vu le jour en i5oo. (Vanden Branden, pige i5 ).) Spranger est inscrit comme son élève en 1357.

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