Voyez tome 1°'', chapitre xi.iii, page
2. Il n'est point cite dans les Liggeren. Nagler attire l'attention sur Georges Wickgram, peintre, originaire de Spire, auteur de plusieurs portraits de personnages orientaux grave's par Dominique Custos. Il y a tout lieu de croire que Jacques et Georges Wickram ne font qu'un même artiste.
3. Hans ou Jean Bocksperger, excellent dessinateur (et graveur ?), originaire de Salzbourg, un des plus remarquables illustrateurs de livres de son temps, tut un des peintres employe's aux travaux de la re'sidence de Munich, de 1542 à i555. (Sighart, Geschichte der bildenden Künste in Bayern, page 711. 1862.)
4. Il s'agit naturellement des nombreuses pLnches grave'es d'après ces maîtres, et publiées à Anvers par Je'rome Cook.
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Ayant fait ainsi en quelques semaines plusieurs compositions, Sprangher songea à en peindre quelques-unes, mais, comme le temps était venu où il avait promis d'accompagner son camarade à Paris, il n'eut pas même l'occasion d'éprouver comment il se tirerait de l'emploi des couleurs.
Donc, parti d'Anvers et arrivé à Paris, il se mit en apprentissage chez le peintre de la reine-mère, bon miniaturiste du nom de Marc', qui avait passé quelque temps à Rome chez don Julio [Clovioj. Sprangher ne fit autre chose ici que copier les crayons du maître, l'espace de six semaines'^.
Ce Marc habitait une vaste demeure aux murailles blanchies, comme il sied à un personnage^'. Avant peu, toutes ces parois étaient barbouillées de grands et de petits croquis au charbon, du grenier à la cave. Voyant et comprenant que Sprangher avait peu d'inclination à dessiner constamment de petites choses, Marc fit venir la personne qui lui avait présenté son nouvel élève et lui dit qu'il valait mieux placer celui-ci chez un peintre où il pourrait s'adonner à la composition et à l'étude de la figure et, à l'appui de son raisonnement, il montrait ses murailles en ajoutant que, bien que passablement vaste, sa maison était encore trop petite pour le jeune homme.
Mis au courant de ceci, Sprangher trouva le môme jour un autre maître, parfait cavalier, mais médiocre artiste.
Le matin même de son arrivée, l'élève se vit mettre sous les yeux un panneau préparé, haut d'environ six paumes, dans les mains des couleurs et des pinceaux, et se vit invité à peindre une composition religieuse. Sprangher, qui n'avait jamais ni composé, ni môme copié des sujets historiques, fut très embarrassé et fit semblant de ne pas comprendre, comme si la langue française lui eût été peu familière. Le maître alors ouvrit une malle, en tira trois estampes et dit : « Faites
1. Marc Duval dit le Sourd, surnommé aussi Bertin, du nom de son beau-père. C'était un excellent artiste et un graveur de haut nie'rite, comme le prouve son portrait des trois Coligny que Wiericx a copié. Duval mourut à Paris le i3 septembre i58i. (Voyez Robert-Dumesnil, le Peintrc-Gravetir français, tome V, paqe 3'"), et de Laborde, la Rciiaissaiic? des arts à Li cour de France, tome I", page 225. i85o.)
2. Duval a laissé d'admirables portraits dessinés. Sa fille, Elisabeth, excellait aussi d.ins ce genre.
3. Elle était située rue de Grenelle, d'après Lacroix du Maine.
BARTHELEMY SPRANGHER 127
un de ces sujets, mais de votre propre composition », et il s'en alla, laissant le jeune homme livre à lui-même.
Sprangher était atterré ; voyant toutefois ce qui l'entourait, et parmi les panneaux de son maître des œuvres qui étaient des plus médiocres, il reprit courage, saisit une feuille de papier bleu et y traça au fusain et au crayon blanc, à sa mode ordinaire, une Résurrection du Christ, avec les gardiens du tombeau, et se mit à Tébaucher. Comme les jours étaient longs, il eut bientôt fini, à la grande satisfaction du maître qui, nous l'avons vu, était des plus médiocres. Quelques peintres flamands qui arrivèrent ensuite se mirent à louer d'une façon si extraordinaire le travail de Sprangher, que celui-ci, grandissant à ses propres yeux et poussé par la vanité, après avoir peint trois ou quatre panneaux, refusa de rester davantage et projeta d'aller à Lyon en compagnie du camarade avec lequel il était venu.
Tenu en plus haute estime que nombre de ses aînés et son maître offrant de lui donner des travaux à l'infini, il en vint à croire que partout où il irait les mêmes avantages lui seraient offerts. 11 dit adieu à son maître et se prépara au voyage de Lyon.
Se sentant un peu indisposé, et sans prendre conseil de personne, il se fit saigner au bras gauche, après quoi il s'en alla jouer à la paume, se servant parfois du bras^gauche, qui s'enfla par l'exercice et s'enflamma très fort, de sorte qu'il se déclara une fièvre violente et que des conséquences graves étaient à redouter.
Sprangher fut longtemps alité. Son père, ayant appris l'état des choses, écrivit à un négociant de Paris, le priant de lui renvoyer son fils par chariot, dès qu'il serait en état de supporter le voyage. Mais, trop ambitieux pour regagner de sitôt la maison paternelle, Sprangher s'empressa de sortir du lit, et, sans attendre son rétablissement, se mit en route pour Lyon, croyant, durant tout le trajet, entendre rouler après lui le char qui devait le ramener à Anvers.
A peine arrivé, il vit venir à son auberge deux ou trois artistes qui lui offrirent de l'ouvrage; mais le jeune homme, fortifié dans ses prétentions, partit après trois jours pour Milan, se disant que, sans doute, là aussi les maîtres viendraient lui faire leurs offres. Le pauvre
garçon fat bien déçu, car, après trois semaines d'attente, pas un seul artiste ne s'était présenté à son auberge. Bien pis, il lui fut impossible de trouver de l'ouvrage, et ses ressources allaient s'épuisant.
Pour comble de malheur, vint le trouver à son hôtellerie un compatriote qui prétendait avoir une grosse somme à recevoir et, fort de la promesse d'être non seulement remboursé, mais d'obtenir un prêt considérable, Sprangher subvint à toutes les dépenses du camarade. Quand celui-ci connut que l'escarcelle était vide, il déguerpit un beau matin, emportant le pourpoint et plusieurs autres objets appartenant à Sprangher, et, depuis, oublia toujours de les rapporter.
Le pauvre Sprangher, qui commençait à être édifié sur la mauvaise
foi et l'astuce de certains de ses compatriotes, se trouvait en pays
< étranger, sans manteau, sans argent, sans travail, au cœur de l'hiver,
et ne sachant pas un traître mot d'italien ! Du coup, il fut guéri de sa
vanité et comprit que son peu de savoir l'avait mis dans l'embarras.
En effet, n'ayant aucune notion de la peinture à la colle ou à la
fresque, il s'était vu contraint de refuser une offre qu'on lui avait
faite le troisième jour après son arrivée, n'osant s'engager dans un
travail de l'espèce.
Il put habiter pendant quelques semaines chez un gentilhomme milanais et, plus tard, ayant fait la connaissance d'un jeune peintre de Malines, il s'engagea auprès de lui pour un terme de deux ou trois mois, en vue d'apprendre à peindre à la détrempe sur toile.
Après un séjour d'environ huit mois à Milan, Sprangher se rendit à Parme et se plaça chez l'habile peintre Bernardo Suwari', élève du célèbre Antonio da Corregio, mais déjà d'un âge assez avancé. Il contracta un engagement de deux années pour un faible salaire, ayant surtout en vue ses études. Trois mois à peine s'étaient écoulés qu'une dispute surgit entre Sprangher et le fils de son maître^; elle avait pour théâtre la lanterne du dôme de l'église de Notre-Dame délia
1. Le Sojaro, Bernardino Gatti de son vrai nom, peintre originaire de Crémone (i493(?)-i SyS). Son principal tableau est la Vierge du maître-autel de la cathe'drale de Pavie.
2. Probablement Fortunato Gatti. 11 est cité dans Campori : Gli Artisii italiaiti e stranieri negli Stati Estensi, page 228. Le musée de Parme ne possède rien de lui; les églises de Crémone conservent plusieurs de ses peintures.
BARTHELEMY SPRANGHER 129
Steccata où les jeunes gens étaient seuls et ne pouvaient être entendus de personne; une heure durant ils s'échauffèrent à se battre, jusqu'à ce que tous deux tombèrent épuisés.
Quand Sprangher eut repris un peu de force, il monta dans les échafaudages pour y prendre son manteau et sa dague qu'il y avait laissés. Mourant de soif, il vit un baquet d'eau limpide en apparence, mais saturée de chaux et, comme on était au cœur de l'été et qu'il n'avait rien d'autre à boire, il prit de cette eau et apaisa sa soif.
En descendant, il fallait retraverser la pièce où Ton s'était si bravement empoigné; Sprangher le fit sans encombre, car l'autre ne demandait pas son reste. Mais avant que notre jeune homme fût arrivé en bas, il se sentit pris de frisson; le poison de la chaux faisait son effet et, pendant plus de trois semaines, Sprangher fut entre la vie et la mort. Il était logé chez un peintre obscur, car il ne retourna jamais chez son maître.
Ayant collaboré à quelques arcs de triomphe en l'honneur de l'entrée à Parme de la princesse de Portugal', il partit pour Rome et travailla chez un peintre de peu de mérite l'espace de six mois. Puis, il passa une quinzaine de jours chez l'archevêque Massimi et, comme il ne tenait pas à y demeurer plus longtemps, il passa un contrat avec un jeune peintre du nom de Michel Gioncoy, qui est décédé depuis peu dans sa ville natale '-. 11 y resta environ six mois, faisant, lorsqu'il travaillait pour lui-même, un certain nombre de petits paysages, entre autres un très joli petit Sabbat au milieu de ruines, dans le genre du Colisée, où des sorcières enfourchent des balais, et autres épisodes de l'espèce. C'était un effet de nuit destiné à un banquier du nom de Jean Spindolo. Comme celui-ci ne tenait pas à la peinture, elle fut acquise par le célèbre miniaturiste don Giulio Clovio, lequel, habitant
1. Marie, épouse d'Alexandre Farnèse. Le mariage eut lieu à Anvers, en novembre i5()5.
2. Voir dans la biographie de Pierre \'lerick, tome L'', chapitre xlix, ses démèle's avec cet artiste. Michel, fils de Gilles Joncquoy ou du JoncL]ur>y, est signalé à Rome en ibjS. (Bertolotti, Artisti bclf^i ed olandesi a Roma, page Syy.) Il fut admis dans la corporation des peintres, à Tourna}', le 19 octobre i582. (Pinchart, Quelques artistes et quelques artisans de Tournay aux XIV", XV'' et XV I' siècles, page 23. Bruxelles, i883.) Le 6 juillet 1584 il est reçu bourgeois d'Anvers et nous le trouvons encore dans cette ville en 1587. (Rombouts et van Lerius, les Liggeren et autres archives de la gilde anvcrsoise de Saint-Luc, tome I", pages 288, 294 et 3o5.) Voyez plus haut, page 37, note 2.
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le palais du Mécène de tous les hommes de mérite, le cardinal Farncse, montra le petit Sabbat à son maître, cqui sut en apprécier grandement la valeur.
Don (jiulio fit son possible pour garder auprès de lui l'auteur de l'œuvre, et le cardinal, étant venu visiter CloviO;, joignit ses instances à celles du peintre, offrant même de s'attacher Sprangher comme un de ses commensaux, ce que celui-ci se déclara prêt à accepter avec reconnaissance, tout en sexcusant parce qu'il avait donné sa parole d'assister un brave jeune peintre assez peu inventif, nommé Michel, dans les peintures du maitre-autel et de la voûte de l'église de Saint- Oreste, ce que fit effectivement Sprangher, représentant sur le mur la Cène et dans la voûte les Quatre Éi'angclistes.
Sprangher, toutefois, n'avait pas désigné le lieu, se contentant de dire aux environs de Rome. Le cardinal ayant demandé où, Sprangher répondit : « A Saint-Oreste » ; à quoi le cardinal répliqua que le Mont Saint-Oreste et tous les habitants étaient à lui, que la chose n'avait pas grande importance et qu'il l'arrangerait.
Le cardinal étant parti pour Caprarole, Sprangher se rendit à Saint-Oreste avec Michel. Spindolo leur fournit des chevaux, car il regrettait d'avoir refusé le petit Sabbat, et Sprangher promit de lui en faire, étant à Saint-Oreste, un autre qui vaudrait beaucoup mieux, ce qu'il fit en effet, à la grande satisfaction du seigneur Spindolo, qui vint à Saint-Oreste en compagnie de plusieurs gentilhommes.
Sprangher séjourna là quatre mois. Revenu à Rome, il y fut magnifiquement accueilli par le vieux cardinal F'arnèse et passa trois ans dans son palais de Saint-Laurent en Damase; enfin, ayant été envoyé au célèbre palais de Caprarole ', à une petite journée de Rome, pour y peindre quelques paysages à fresque, le cardinal le fit mander à l'improviste. C'était pour le conduire auprès du pape Pie V'.
Le cardinal et don Giulio furent introduits auprès de Sa Sainteté et, bientôt après, Sprangher fut admis à son tour. Ayant baisé les pieds du souverain pontife et reçu sa bénédiction , après quelques