I. C'est le palais bâti par X'ii^nnlc
•2. Michel Ghislcri (1504-137-.;,.
BARTHELEMY SPRANG H ER i3,
paroles concernant une œuvre que le pape désirait avoir du ])eintrc, celui-ci fut engagé par Pie V et splendidement logé au Belvédère, immédiatement au-dessus du Laocoon.
Ce fut là qu'il peignit un Jugement dernier sur cuivre, haut de six pieds, œuvre considérable où entrent plus de cinq cents personnages et que Ton voit encore au couvent du Rois, entre Pavie et Alexandrie', au-dessus du tombeau de Pie V. Le travail fut achevé en quatorze mois.
Après cela, comme Vasari avait mis Sprangher en disgrâce auprès de Sa Sainteté, le disant incapable et paresseux, le peintre voulut donner la mesure de son application.
Prenant une plaque de cuivre grande comme une feuille de papier, il y peignit un eflFet de nuit : le Christ au jardin des Oliviers, et en fit hommage au pape, qui s'en montra très satisfait.
Le souverain pontife pria alors Sprangher de lui peindre toute la Passion dans le même format. Il désira aussi pouvoir juger d'abord les dessins, ce que Sprangher ne trouva pas fort de son goût, n'ayant jamais dessiné qu'au crayon ou au fusain. 11 obéit toutefois, et dessina la suite de douze pièces sur papier bleu rehaussé de blanc, et, de la sorte, ce fut le pape qui devint la cause qu'il fit ses premiers dessins à la plume.
Pendant que Sprangher s'occupait du dernier dessin : la Résurrection, le pape mourut-; déjà malade lorsque le peintre lui avait ofiert sa composition du Jardin des Oliviers, il l'avait reçu près de son lit.
J'ai eu l'occasion de voir certaines de ces pièces ; elles sont magistralement traitées à la plume et lavées •'. L'empereur en possède aussi quelques-unes.
Sous l'influence de ces événements importants, Sprangher sentit se fortifier son penchant pour les grands travaux. La première œuvre de l'espèce qu'il créa pour un lieu public fut à l'église Saint-Louis des Français, où il peignit à l'huile sur le mur : Saint Antoine, Saint
I. Le couvent dcl Bosco, une abbaye de Bénédictins. i,e mausolée de Pie V a eié attribué à Micliel- Ange, le Justement dernier de B. Sprangher est au musée de Turin. ' N" 408.) •2. C'est-à-dire en 1572.
i. Ces dessins, d'après Nagler, se trouvaient jadis à N'ienne et n'y sunt plus.
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Jean-Baptiste, Sainte Elisabeth, et, plus haut, clans le ciel, une Vierge environnée d'anges, œuvre remarquable'.
Plus tard, à Saint-Jean in Porta Latina, il peignit à l'huile, sur toile, pour le maître-autel, Saint Jean dans i huile bouillante, figures plus petites que nature, bonne composition bien exécutée.
Pour une petite église près de la Fontaine de Trevi, il peignit un autre tableau d'autel sur toile, de la Naissance de la Vierge, figures demi-nature, excellente composition où l'on voit plusieurs femmes occupées de l'enfant qui vient de naître et où, dans les nues, apparaît le Père Eternel, environné d'une gloire d'anges. Cette composition a été gravée'; j'y ai vu travailler Sprangher.
Telles sont les grandes compositions qu'il fit à Rome ; elles furent précédées de beaucoup dfe petites œuvres, aussitôt vendues qu'achevées.
Mais, depuis la mort du pape, qu'il avait servi Tespace de vingtdeux mois, Sprangher avait pour ainsi dire perdu son temps, car il s'était logé chez un jeune négociant flamand de ses amis qui menait une vie un peu déréglée, de sorte que, pendant quelques années, Sprangher ne fit pas grand'chose de bon, vécut au gré de sa fantaisie et ne travailla que lorsque le moyen de s'amuser, c'est-à-dire l'argent, faisait défaut.
Je ne sache pas qu'il se soit jamais cassé la tête à dessiner d'après les belles choses qui abondent à Rome : antiquités, statues, etc. Je doute qu'il ait jamais consacré une feuille de papier à cet usage, chose extraordinaire, et, lorsqu'il partit pour l'Autriche, sa charge d'études était légère et tout ce qu'il emportait était en lui.
Je me rappelle que, la comtesse d'Aremberg étant à Rome •', il peignit de mémoire, à la prière d'un gentilhomme, le portrait d'une
I. Nous ignorons si cette peinture; existe toujours. Nous en avons sous les yeux une estampe f^ravée par Crispin de Passe et catalogue'e par M. Franken, dans son catalogue de l'œuvre des de Passe, sous le n° 86.
•2. Par Mathieu Greuter (i 5()6-i6J>8;. Voir au sujet de ce maître l'article de M. Natalis Rondot dans la Revue de l'art français, page 8 (1884), et une note de M. Duhamel, même revue, page 42.
3. Marguerite de la Marck, dernière du nom, épouse de Jean de Ligne, prince d'Arenberg à dater de i565, et dont le lils Charles reprit le nom d'Arenberg. Elle mourut en iSgy. (Communication due à l'obligeance de M. l'abbé Jules Bosmans, archiviste de la maison d'Arenberg.)
BARTHELEMY SPRANGHER i33
de ses filles d'honneur, effigie que tout le monde trouva des plus ressemblantes, qui fut bien payée et dont l'amoureux seigneur se montra ravi. Ceci donne l'idée de la mémoire de Spranglier.
Au moment où il songeait à entreprendre un grand travail, les peintures d'autel que j'ai citées plus haut l'ayant rendu célèbre, il se fit que l'empereur iMaximilien II, de noble mémoire, fit écrire à Jean de Bologne, l'éminent statuaire du duc de Florence, pour qu'il recommandât à Sa Majesté deux jeunes gens, un peintre et un sculpteur, qui fussent désireux de le servir pour l'exécution de certains grands travaux. Bologne, qui avait connu Sprangher à Rome et s'était trouvé fréquemment avec lui au Belvédère, dans le palais du pape, désigna notre artiste et choisit comme statuaire un autre jeune homme, un de ses propres élèves, qui séjournait également à Rome, l'excellent et habile Jean Mont', de Gand, en Flandre, un des plus grands génies de l'univers, et qui fut cause que Sprangher consentit à partir pour l'Allemagne.
Il est très probable que, sans le statuaire Jean Mont, jamais Sprangher n'eût quitté Rome, car il avait pris la ferme résolution de se mettre sérieusement à l'étude avant de s'en aller. Songeant, toutefois, qu'il aurait un tel collaborateur, il n'hésita plus à entreprendre le voyage.
Il trouva une autre raison dans son désir de faire de grands travaux dont l'occasion ne pourrait lui m"anquer chez l'empereur, car ceux que l'on trouve à faire à Rome, pour les lieux publics, se paient un morceau de pain, tous les jeunes gens ayant le désir de se faire un nom par des tableaux d'autel.
De plus, Sprangher était désireux de devoir ses gains à de grandes œuvres, non par cupidité, mais pour sa satisfaction même, car il était largement payé de ses petites choses, comme on l'a vu.
Après quelques mois d'attente, il reçut la somme nécessaire au
1. Dlabacz [AUgemeines historisches Künstler-Lexikon für Böhmen, i8i5) le nomine Du Mont. Nous n'avons d'autres renseignements sur ce statuaire que ceux donne's par van Mander. Le chevalier Marchai, dans son Mémoire sur la sculpture aux Pays-Bas, page 142, a dû e'galement s'en tenir à ces données. Jean Mont eut pour successeur, auprès de l'empereur Rodolphe, Adrien De Vries, de La Haye. L'on ne doit pas confondre Jean Mont avec Jean Mone, sculpteur lorrain, qu'.A.lbert Dürer rencontra à Anvers en i52i.
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voyage et se mit en route avec son compagnon. Ils partirent de Rome Tan du jubilé idjd^ et se rendirent à Vienne, en Autriche.
L'empereur était alors à la Diète de Ratisbonne, où son fils, Rodolphe II, fut couronné roi des Romains. Au bout de quelques mois, à son retour à Vienne, il chargea Jean Mont de lui faire quelques modèles de cire et de terre et demanda à Sprangher des dessins et de petites peintures. En même temps, il lui donnait à décorer un plafond du nouvel édifice érigé hors de \^ienne et que Ion nomme Fasangarten ' .
Le premier travail que Sprangher fit pour Tempereur Alaximilien, tandis qu'il s'occupait de ses dessins pour le Fasangarten, fut un petit tableau sur cuivre en largeur : YFrection de la croix-, où le Christ est vu en raccourci. C'est une excellente composition.
Il fit aussi une épitaphe : la Résurrection, que Ton voit à l'hôpital de l'Empereur, à Vienne"'.
Après quelques mois. Sa Majesté retourna à Ratisbonne, où Rodolphe Il fut élu empereur des Romains, et, bientôt après, en octobre iSyö, l'empereur Maximilien II quitta ce monde pour un meilleur, laissant à tous le souvenir de ses vertus.
Dans l'entre-temps, Jean Mont et Sprangher avaient travaillé dans le nouveau bâtiment, fait des figures de stuc, hautes d'environ huit ]:)ieds^ peint des figures à fresque, des compositions avec des personnages moins grands que nature, et d'autres en bas-relief.
L'hiver vint, et avec lui la nouvelle de la mort du bon empereur, suivie à deux ou trois jours d'intervalle d'une lettre au trésorier de la maison impériale de Vienne, l'invitant à veiller à ce que le peintre et le sculpteur,, qui étaient venus de Rome, ne quittassent point la ville avant l'arrivée du nouvel empereur. Ils continuaient donc à être bien traités et régulièrement payés tous les mois.
Sprangher peignit à cette époque un tableau de moyenne grandeur, représentant Mercure qui introduit Psyché auprès des dieux.