I.vi. st. shcll. p
Payé à Corneille Ketel, peintre. Hollandais, pour un grand portrait en pied de l'homme étranger, dans son costume, £ 5, et au charpentier pour le cadre et la caisse destinée à l'envoi de l'œuvre à Sa Majesté la
reine, i3 shell. 4 pence 5 i3 4
Pour un autre tableau pareil, pour la Compagnie 5 8 »
Pour deux petits tableaux de la tête seulement 2 » »
Payé à W. Cure, Hollandais, graveur, pour avoir fait un moule de terre de la Hgure du Tartare, destiné à être reproduit en cire i i3 4
Les peintures de Ketel ont disparu, avons-nous dit. Nous ne doutons pas, toutefois, qu'on n'en retrouve le souvenir dans le manuscrit de Lucas de Heere, conservé aux
I C'est M. Geoi-ge Scharf, l'cminent directeur de la Galerie Nationale des portraits, qui a bien vftulu nous signaler ces pre-cieux relevés. Notre gratitude est également due à M. Freenian O'Donogue, du Musée Britannique, qui nous a mis à même de joindre ces extraits à notre travail.
CORNEILLE KETEL
archives de Gand, et où, à la page 188, figure itn hoininc sauvage amené des pays septentrionaux par M. Furbisher, en i5~6. C'est, comme le dit M. De Busscher ', un Groenlandais, ve-tu de peau de phoque ; dans le lointain se voit la mer, sillonnée par un canot ou kaiak d'Esquimaux et le vaisseau anglais qui amène le Groenlandais en Angleterre.
Nous hésitons d'autant moins à croire que Lucas de Heere n'a fait que copier ici Corneille Ketel, qu'un examen soigneux de son recueil nous y a fait relever d'autres copies, notamment d'après Pierre Coeck, à qui sont empruntés tous les costumes orientaux -.
Revenant au séjour d'Amsterdam, nous constatons que les portraits de Jaeob Bas et Marguerite Codde, son épouse, au Trippenhuis, sont datés de i586. Les autres peintures du maître sont extrêmement rares et le catalogue de Gérard Hoet ne mentionne qu'une seule de ses œuvres : Salomon idolâtre^ présentée en vente à Amsterdam en i6()5.
Il résulte d'une mention des registres municipaux de Gouda ■', que Ketel fut reçu en traitement en ijqo, à l'hôpital, ce qui implique un médiocre état de fortune. Van Mander, que l'amitié a sans doute rendu discret sur ce point, n'a nullement l'air de parler de Ketel comme d'un peintre besogneux. Né en 1548, il avait donc cinquante-six ans à l'époque où parut le Livre des peintres^ et s'il mourut en iôoq, selon l'acception commune, à peine franchit-il la soixantaine.
Ayant vécu huit années en Angleterre et fait en France un séjour plus ou moins prolongé, on peut s'expliquer la rareté des teuvres qu'il laissa dans son pavs natal.
D'autre part, les vers inscrits sur le portrait gravé par H. Bary nous assurent qu'un demi-siècle après la mort de Ketel, sa mémoire survivait en H'ollande.
Peu d'artistes ont autant abusé de l'allégorie, et les quelques échantillons de ce genre que la gravure nous a conservés défient l'analyse. Quant à la forme, elle manque de simplicité, mais Ketel est un arrangeur habile et ses dispositions ornementales ne sont nullement exemptes de goût.
Nous venons de dire que Corneille Ketel mourut en iboQ. Le Catalogue du musée d'Amsterdam adopte lui-même cette leçon; nous ignorons à quelle source puisent les auteurs qui la soutiennent.
1. Redicrches sur ics Peintres et les Sculpteurs à Gand aux AT/", XVII et XVIII" siècles, page 190. Gand, i8(j(i.
2. Voir nos Notes sur quelques œuvres d'art conservées en Flandre et dans le Nord de la France. [Bulletin des commissio)is royales d'art et d'archéologie, tome X.\II, page iqq. Bruxelles, i883, et ci-dessus, page 8.)
3. Communication du lieutenant-colonel Scheltema à l'A rchief d'Obrccn, tome III, page Jî5.
GUALDORP GORTZIUS, DIT GELDORP, DE LOUVAIN
Je crois avoir dit plus haut que la peinture des portraits d'après nature constitue pour les jeunes artistes de notre pays la principale occasion de se produire, et que ce motif, joint aux avantages matériels que procurent les œuvres de l'espèce, amène plusieurs d'entre eux à se faire exclusivement portraitistes. 11 en fut ainsi de l'habile Gualdorp Gortzius, appelé communément Geldorp.
Né à Louvain, en Brabant, en iSyS', il se rendit, vers Tage de dix-sept ou dix-huit ans, à Anvers, attiré par la célébrité de cette ville, et commença son apprentissage chez François Francken, d' Herenthals. Soit à cause de la mort de son maître-, ou pour toute autre raison, il se plaça ensuite chez le célèbre François Fourbus, où il trouva, indépendamment d'une haute supériorité dans toutes les branches, un excellent exemple pour le portrait.
Ses aptitudes naturelles, développées par une application soutenue, lui firent faire des progrès si rapides qu'il devint le peintre du duc de Terranova'% et que, lors des négociations pour la paix, il suivit ce seigneur à Cologne, et, depuis, a séjourné dans cette ville.
Geldoçp est un des meilleurs peintres de portraits qu'on puisse citer, ce qui ne veut pas dire qu'il pratique ce genre seulement, car il traite aussi avec grand talent les compositions, les personnages, etc., comme on peut le voir par diverses œuvres qui ornent les collections des amateurs.
1. M. van Even, le savant archi\istc de [.ouvain, n'a iroiné aucune mention des Geldorp ni des Gortzius dans les archives de la ville brabançonne.
2. François Francken ne mourut L]u'en iiiiô. Geldorp n'est pas inscrit, comme son élève, dans les Liggeren de la gilde de Saint-Luc d'Anvers.
'i. Carlo d'Araijona, duc de Terranova et prince de (üastelvetera, fut chargi de représenter l'Espagne au congrès qui se réunit à Cologne en iSjQ pour rechercher les bases d'un accord entre les Pays-Bas et l'Espagne. C^ette conférence, dont l'initiative appartenait ;i l'empereur Maximilien II, repré-
GUALDORP GORTZIUS
A Colo£^ne, chez Jean Meerman, il y a de lui une Diane fort bien peinte, et, chez Evrard Jabach', une belle et vivante Suianne. Deux fort belles tètes du Christ et de la Vierge se trouvent éc^alement à Cologne, dans le cabinet d'un ecclésiastique, grand amateur d'art ^. Ces deux figures ont été gravées par Crispin van de Passe ^.
11 faut citer encore un Evangéliste, chez Georges Haeck, amateur, et d'autres œuvres chez François Francken'' et Jacques Mollyn, également à Colofj-ne.
A Hambourg, chez un amateur du nom de Gortssen, on voit de lui Esther devant Assiiériis'\
On compte de sa main de nombreux portraits et des tètes excellentes. En la présente année 1604, il continue d'augmenter son œuvre de productions nouvelles. Bref, par sa belle manière de peindre, il a montré la voie à bien des artistes et leur a ouvert des horizons nou-
veaux''.
COMMENTAIRE
Gfldorp Gortzius n'est pas, réellement, un peintre fort connu, bien que ses tableaux ne soient pas rares. Il semble, toutefois, que le maître ayant habité l'Allemagne dés sa vingt-cinquième année, se consacrant d'une manière spéciale à la peinture des portraits, ses oeuvres aient plus naturellement trouvé le chemin des Galeries allemandes. En Italie, les Galeries de Turin et de Milan possèdent seules des échantillons de son réel mérite.
sente par le prince de Schwartzenberg, n'aboutit à aucun re'sultat. Le duc de Terranova ne demeura à Cologne que jusqu'au 2 de'cembre. (Ennen, Geschichte der Stadt Köln, tome V, page 2(j.)
1. Le banquier Érard Jabach, le même qui commanda à Rubens le Cnicificmer.t de saint Pierre pour Teglise de ce nom à Cologne.
2. Probablement Guillaume Quadt, qui accompagne fréquemment de ses inscriptions les estampes de Crispin de Passe, d'après Geldorp.