‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 110 sur 218 · PEINTRE DE BOUVIGNES', PRES DE DINANT · texte numérisé non relu

PEINTRE DE BOUVIGNES', PRES DE DINANT

La nature, comme pour mieux nous persuader qu'elle dispense ses dons en aveugle, choisit parfois les lieux les plus obscurs et les plus écartés pour théâtre de ses prodiges. C'est ainsi qu'elle a fait naître d'un coin de terre absolument isolé, pour l'élever parmi les étoiles de notre art, le présent Henri met de Blés, qui devait son nom à une touffe (blés) de cheveux blancs qu'il avait sur le front.

Il naquit à Bouvignes, non loin de Dinant, et fut, à ce qu'il paraît, un continuateur de Joachim Patenier. Sans avoir eu de maître, il s'éleva lui-même au rang des maîtres et c'est ce que dit de lui le savant Lampsonius : « La ville de Dinant a donné le jour à un peintre que le peintre-poète a loué dans ses vers. Les sites pittoresques de son pays ont fait de lui un artiste, aucun maître ne le dirigeant. L'obscure Bouvignes a envié cette gloire à sa voisine et produit Henri, habile en l'art du paysage. Mais autant Bouvignes le cède à Dinant, autant, ô Joachim ! Henri te le cède ».

J'ai peu de renseignements sur Henri, si ce n'est que ses œuvres, que l'on trouve en maint endroit chez les amateurs, témoignent de la patience et du soin avec lesquels il procédait. Ce sont, pour la majeure

I. Guichardin le fait naître à Dinant, où en revanche, van Mander place le berceau de Patenier, contrairement à l'assertion de son préde'cesseur qui donne à celui-ci Bouvignes pour patrie. On a vu qu'en effet Bouvignes a compté de nombreux habitants du nom de Patinier. Quant à Blés, de Blés, Blesse, on ne le trouve mentionné ni dans l'un ni dans l'autre endroit. Pour avoir reçu un sobriquet flamand, ainsi que le fait observer M. Rooses {Geschiedenis der Antwerpsche Schilderschool, page 179), il dut habiter assez longtemps les localités flamandes. Nous inclinons fort, pour ce qui nous concerne, à le croire élève ou allié à un degré quelconque de Patenier, autant à cause de la concordance des genres, que par le fait du voisinage des localités d'où les deux peintres étaient originaires. Un tableau du musée de Bàle, daté de i5ii (V. Bequet, Annales de la Société archéologique de Namiir, i863, pages 59-88), fait supposer que les deux artistes étaient à peu près du même âge. On en revient involontairement à se demander s'il n'y a pas quelque relation entre le maître inscrit à la gilde d'Anvers, en i535, sous le nom de Henri Patenier, et Henri de Blés ou Blés.

partie, des paysages semés d'arbres, de rochers, de villes et peuplés de nombreux personnages. Il fit quantité de petits tableaux.

Blés est le maître à la Chouette ', de ce qu'il mettait dans toutes ses œuvres une petite chouette, parfois si bien dissimulée que les gens se donnent beaucoup de peine pour la retrouver et font entre eux des paris à qui aura d'abord découvert Toiseau.

Le grand amateur Wijntgis possède de lui trois beaux paysages et un petit tableau de Loth.

A Amsterdam, dans la Waermoestraet, chez Martin Papenbroeck, on voit de sa main un paysage grandiose où, sous un arbre, un mercier se livre au sommeil, tandis que les singes pillent sa marchandise^ la vont pendre aux arbres, et s'ébattent à ses dépens.

D'après certaines personnes ce serait une satire contre la papauté ; les singes seraient des Martins, Martinistes ou adhérents de Luther, qui découvrent les sources des revenus du pape, qualifiés par eux de « Mercerie ». D'après moi, cette interprétation est fort sujette à caution et Henri n'a probablement rien voulu faire de pareil, l'art ne devant pas être un instrument de satire'.

On voit, à Amsterdam, chez M. Melchior Moutheron, un joli petit tableau des Disciples d'Emmaïis extrêmement détaillé. Au premier plan est le château d'Emmaiis avec les pèlerins en grand ; plus loin on les voit attablés ; puis, dans Jérusalem, des scènes de la Passion telles que YEcce Homo^ etc. Plus loin, encore, le Calvaire, avec le Crucifiement et, enfin, la Résurrection ^

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