LUCAS GASSEL DE HELMONT
PEINTRE '
On constate que, d'une manière générale, les peintres de notre pays ont une prédilection marquée pour le paysage; que, tout au moins, ils ont été habiles dans ce genre, au rebours des Italiens, qui nous disent habiles paysagistes et se qualifient, eux, de maîtres en Tart des figures.
Un bon nombre de nos compatriotes relèguent à l'arrière- plan l'étude de la figure humaine où réside la plus haute puissance de l'art, pour se contenter d'en faire l'accessoire de leurs paysages. De ce nombre fut Lucas de Helmont, qui habitait Bruxelles et y mourut.
Il faisait de bons paysages à l'huile et à la détrempe, mais produisait peu. C'était un homme aimable et un conteur intéressant. Il était fort lié avec Lampsonius, qui lui portait une vive affection, et qui composa, en son honneur, le poème suivant que je traduis du latin :
Je te salue Lucas comme digne entre tous, Toi que j'honore comme un père; ^ Toi qui m'as donné, à mes débuts,
Ce qui fit de moi l'amant de la peinture.
Lorsque ta main savante peint le paysage et la chaumière,
Ta conscience égale ton art et ton savoir.
Et tout ce qu'un cœur honnête peut inspirer.
Que de ta vertu et de ton art le renom s'étende.
Et vive à jamais, O vieillard qui m'es deux fois cher ! -.
1. C'est par erreur, qu'à propos de ce maître, Imnierzeel fait graver son portrait par Jacques Binck, de Cologne, en i55ij, et pour le recueil de Lampsonius. Le portrait dont il s'agit fut gravé en i52q et nous représente Lucas Gassel beaucoup plus jeune. C'est la planche décrite par Bartsch sous le n" q3 de l'œuvre de Binck. Ce graveur lit un long séjour aux Pays-Bas, notamment à Anvers.
2. Il ne résulte pas de ces vers que Lucas Gassel ait été le maître de Lampsonius, qu'on croit avoir étudié sous Lambert Lombard, comme peintre, et dont il existe encore un tableau du Crucifiement à l'église de Saint-Quentin de Hasselt. Nous pouvons ajouter que l'œuvre est des plus médiocres.
COMMENTAIRE
On a vainement cherché, dans les sources historiques flamandes et hollandaises, des renseignements qui puissent servir à compléter la biographie de Lucas Gassel. Nous connaissons du maître un certain nombre de tableaux, conçus dans l'esprit des œuvres de Henri de Blés. Les dates inscrites sur ces peintures vont de i538à i56i; un tableau du Belvédère, à Vienne, est daté de 048, mais, pas plus en Belgique qu'en Hollande, les musées ne nous permettent de juger les travaux de Gassel. Nous en avons vu plusieurs dans les collections particulières : un Saint Jérôme, chez M. E. Fétis, à Bruxelles; une Fuite en Egypte, dans un paysage, avec la date 1342, chez M. De Schryver. M. Bauwens, avoué à Bruxelles, conserve un tableau fort curieux, signé du monogramme L. G. et daté de 1544. M. Héris a fait de cette œuvre l'objet d'une notice insérée dans le Journal des Beaux-Arts de 1864, page 88.
Ce tableau, qui mesure i m. o5 de large sur 5 5 cent, de haut, réunit un certain nombre d'épisodes dans un site accidenté. Au fond, un château gothique avec des arcades, puis, une église, et, plus près du spectateur, une forge. Dans le flanc des rochers, travaillent des mineurs ; au fond, la mer. L'épisode le plus curieux de cet ensemble est, toutefois, celui qui paraît faire l'objet principal du tableau. Un gentilhomme descendu de cheval, et dont un page tient le manteau et la toque, paraît souffrir d'indigestion et reçoit les secours d'un médecin. Il est permis de croire que ce personnage, arrêté dans le lieu que retrace la peinture, y a trouvé la source d'une fortune industrielle, et ce qui autorise la supposition, c'est, qu'à l'avant-plan, un homme barbu, sans doute le même personnage, vêtu d'un élégant costume à bouflants jaunes et noirs, pousse une brouette, comme pour inaugurer un travail de creusement. La peinture n'est pas sans analogie avec celle de Hans Sebald Beham. D'autres tableaux, conçus dans le même esprit, se rencontrent au musée des Offices (n" 730), et au palais Liechtenstein à Vienne, avec attribution à Henri de Blés. Nous les attribuons à Gassel'. Dans le tableau du musée des Offices, les figures sont empruntées à Lucas de Levde.
La Galerie de Dresde possède un tableau, le Jugement de Midas, peint en collaboration, dit le catalogue (n" 716), par Hubert Goltzius et Lucas Gassel. Les deux maîtres étaient contemporains, en effet. Quant au paysage avec Diane et Acte'on, anrihué au maître par le catalogue du musée de Lille, cette œuvre est de Joachim Patenier, dont elle porte la signature dans le coin inférieur de droite, P.
Jérôme Cock a publié, d'après des œuvres de Lucas Gassel, un certain nombre d'estampes qui mettent fort bien en évidence le caractère du maître. Ce sont des perspectives étendues, des paysages, où les figures ne sont que l'accessoire, comme le dit van Mander : Saint Jérôme au désert, Saint Antoine en pénitence, Abraham recevant les Anges, le Baptême du Christ, etc.
1. M. A. .1. Wauturs (Peinture ßaiii.indc; Ribliothcqiic de l'Enseignement des Beaux-Arts) est du inciiie avis. L'auteur assure avoir trouvé des paysages de Gassel au nuisée de Naples. Nous ne les avons pas reniarque's.
ÎaVGO • LVCCGASSELI AB ♦ JACOB O BINÇÛ AD -Vi\A^^ EFFiGIEAV • DELINIATA •HONO5 ALiT «ARTE S.
LUC GASSEL.
Grave par Jacob Biiick.
2o6 LE LIVRE DES PEINTRES
Quant aux estampes sur bois qui apparaissent dans les bibles allemandes publiées à Wittcmberg en i527, et plus tard, et dont parlent Bartsch (VII, 417, et IX. 434) et Passavant (IV, 5gi, bien qu'elles portent un monogramme identique à celui de Cassel, elles proviennent de Gottfried Liegel, de l'école de Cranach, ou de Georges Lang, de Nuremberg.
Dans un des états du portrait de Gassel, gravé par Wiericx ', et inséré sous le n" 23, dans le recueil de Jérôme Cock : Pictoriim aliquot Germaniœ inferioris effigies, on lit les mots Vixit et obiit Briixellis circa an. i56o. La mention est précieuse à recueillir, car elle nous prouve qu'à une époque encore très rapprochée du peintre il n'existait aucune donnée précise sur les dates de sa naissance et de sa mort.