‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 116 sur 218 · PEINTRE ET ARCHITECTE LIÉGEOIS · texte numérisé non relu

PEINTRE ET ARCHITECTE LIÉGEOIS

Toutes mes recherches n'ont pas abouti à me mettre en possession d'un opuscule écrit en latin par Lampsonius de Bruges, secrétaire de révêque de Liège, et amateur non moins passionné de la peinture que connaisseur éclairé. Ayajit été très lié, à Liège, avec Lambert Lombard, il avait écrit en détail la vie de ce célèbre artiste, et son travail m'eût été bien utile'.

Lambert , qui était natif de Liège ', fut un maître aussi habile que savant dans Tart de la peinture, de l'architecture et de la perspective, et digne de passer à la postérité, non seulement pour son mérite artistique, mais pour avoir été, à l'instar de Chiron, un maître, un père, un précepteur de héros et avoir formé des nourrissons tels que Frans Floris^, Guillaume Key ^, Hubert Goltzius^ et d'autres hommes marquants qui ont contribué à accroître son renom''.

Lambert visita plusieurs pays ; d'abord dans le voisinage des Pays- Bas, l'Allemagne et la France. Il rassembla, de la sorte, des anti-

I. Ce travail, que nous avons sous les yeux, porte pour titre : Lamberti Lombardi, apitd Eburones, pictoris celeberrimi vita, pictoribus , sculptoribus , architeclis , aliisqtte id genus artificibus utilis et necessaria; Briigis, Fland. ex ofßcina Hubcrti Golt^ii, M.D.LX\'. 3-] pages in-S", précédées du portrait du maître, gravé sans doute par Suavius, son beau-frère. L'opuscule est dédié à Abraham Ortelius, le célèbre cosinographe, non par Lampsonius, mais par Hubert Goltzius.

■1. Il est né en i5o6. Son portrait, gravé en i55i, lui donne quarante-cinq ans.

3. François de Vriendt, dit Floris. Anvers, i 52o(?)-i570. Voir sa biographie, chapitre xlv.

4. Guillaume Key de Breda, surtout portraitiste, refu franc-maître de la gilde de Saint-Luc d'Anvers en 1542 et doyen en i552, mort en i5(J8. Voir sa biographie, chapitre xxxix.

5. Hubert Goltzius, né à Venlo en i52(3, mort à Bruges en i583. Voir sa biographie, chapitre XLvin.

(3. M. J. Helbig range parmi les élèves de Lombard : Jean Ramey, de Liège, né vers i53o, mort au commencement du xvii° siècle, et dont il existe une œuvre datée de 1602; Lambert Suavius, le célèbre graveur, N. Pesser, Henri d'Yseux, Pierre Balem, Louis Hach, ces deux derniers gendres et élèves de L. Lombard, et Pierre Dufour, dit non pas Sal^ea, comme le pense l'historien de la peinture liégeoise, mais Jalhea Furnius. Enfin, Dominique Lampsonius, né à Bruges en i532 et mort à Liège en iSijij.

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quitës, œuvres des Francs ou Allemands, produites à une époque où, en Italie, Tart avait presque cessé d'être, par le fait des révolutions, des guerres civiles et d'autres causes.

Il s'appliqua à dessiner avec soin ces objets, avant d'avoir jamais vu des antiquités romaines, et à déduire de ces images gauloises les principes de l'art. Il put acquérir ainsi des connaissances si étendues qu'il parvenait à déterminer l'époque où ces objets avaient vu le Jour.

Lorsqu'il visita l'Italie et Rome, il n'y resta pas inactif et devint, à son retour, dans son coin rocheux du pays liégeois, le père de notre art de dessiner et de peindre, le dépouillant de sa rudesse et de sa lourdeur barbare, pour mettre à la place les beaux principes de l'antiquité, ce qui lui valut une somme considérable de gratitude et d'éloges.

Il demeurait non loin des portes de Liège ; c'était un homme instruit, d'un jugement droit, philosophe et poète, strict observateur, dans ses œuvres, de l'attitude, de l'ordonnance, de l'expression et des autres exigences pittoresques.

Plusieurs de ses compositions ont été reproduites en gravure, notamment une grande Cène^ excellente de composition, d'expression et d'effet, et, en général, si bien disposée que l'on peut, à bon droit, ranger Lambert parmi les meilleurs peintres néerlandais des temps passés et présents'.

Sur ce, je livre son nom à la postérité'.

COMMENTAIRE

On doit à M. Jules Helbig, l'historien de la peinture au Pays de Liège', une biographie consciencieuse de Lambert Lombard. Nous y renvoyons le lecteur en ajoutant que M. Helbig a fait un ample usage de la monographie de Lampsonius. Celui-ci, à la vérité, nous donne plutôt Téloge que la biographie de son ancien maître; il s'abstient I

1. C'est l'estampe de Georges Ghisi. (B., (j.) Elle porte l'adresse de Jérôme Cock, la date de i53i et une de'dicace au cardinal Granvelle. Nous faisons remarquer, en passant, que le style n'a rien de commun avec la Cène attribuée à Lambert Lombard par les catalogues des muse'es de Liège, Bruxelles et Nuremberg. Le tableau original appartient au descendant d'une famille liégeoise fixé à Boston (Etats-Unis d'Amérique), M. Francis Amory.

2. Lambert Lombard finit ses jours à Liège au mois d'avril ibhû. On a dit qu'il mourut à l'hôpital. M. Helbig conteste absolument cette assertion, dont aucune preuve n'est fournie par les sources qu'il a été à même de consulter.

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