‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 124 sur 218 · Adolphe de Bourgogne, sire de Beveren et de Terveeren · texte numérisé non relu

Adolphe de Bourgogne, sire de Beveren et de Terveeren

4. Il existe un si grand nombre de Vierges de Mabuse qu'on ne sait au juste à laquelle s'arrêter. Nous donnerions cependant la préférence à celle du musée de Munich, n" 707 du catalogue, signée Joannes Ma'.bodius pinf^ebjt, 1.Î27.

?.X Haïupton Court, n" 5 )3. Ce sont les Enfants du roi C'iristian II de Dan'jinark, au nombre de trois, près d'une table couverte d'un tapis vert. 11 existe plusieurs répétitions de cette page intéressante, notamment chez lord Pembroke, chex lord Folkestone et chez lord Methuen. Ces diverses peintures étaient considérées jadis comme représentant les enfants de Henri ML et l'on en prenait texte pour parler d'un séjour de Gossaert en .\ngleterre tout à la tin du xv" siècle. Dans l'inventaire de Diego Duarte, marchand de tableaux à Amsterdam, dressé en ii')S2, nous trouvons, sous le n" 110, « Tableau de trois petits portraits : Henri VIII et ses deux sœurs enfants, par Mabuse <<. coté So florins. La copie de Wilton House porte la date de 141.^. M. George Scharf, directeur de la Galerie Nationale des portraits d'.-Vngleterre, a fait de ces diverses répétitions une étude remarquable insérée dans VArchœologia, tome X.X.XIX, page 2i)2 ; i8fji: Rem.vks on some portraits from V^'indsor Castle, Hampton Court and W il Ion.

lOANNi :m.abysio, PICTORÏ.

^"Juaue aaeo noftrts sceclum cnrere, S^/iabujl, ^erfwus acf aravnicen erucwjse tuum . f Jsfam cjuîs acf afhectum mqmenta voMius alti^r

Flonaa ^peU^is lUinereù taouhs^.

KsArte alm, efto, tua temvora cède Jecutis' renicult duc vor par twi rarus erit

JEAN GOSSAERT, M AB USE OU JENNIN DE M AUBE U G E. (îravi; par ,1. Wiericx.

moyens à se procurer de l'argent pour satisfaire ses goûts déréglés, parvint à se faire livrer Tétoffe pour la faire confectionner lui-même, mais il la vendit et dépensa le produit. Que faire ? car le temps approchait où devait avoir lieu la fête.

Dans ces conjonctures, Mabuse prit de beau papier blanc et s'en fit confectionner une robe qu'il décora ensuite de fleurs damassées et d'ornements.

Le marquis avait à sa cour un savant philosophe, un peintre et un poète ; ils devaient défiler sur un rang devant le palais où l'empereur et son hôte occupaient une fenêtre. Pendant le défilé , lorsque le marquis demanda à Sa Majesté quel était le damas qui lui plaisait le mieux, l'empereur jeta les yeux sur celui du peintre, qui était d'une blancheur éclatante et semé de fleurs plus belles que celui de tous les autres costumes. Pour ce motif, Mabuse fut placé à la table pour faire le service. Lorsque, sur l'invitation du marquis, qui savait tout, il comparut devant l'empereur, celui-ci tâta l'étoffe et constata la fraude.

Mis au courant de l'aventure, l'empereur s'en égaya fort, en sorte que le marquis n'eût pas voulu, pour beaucoup de damas, que le peintre n'eût point fait une plaisanterie qui avait eu l'heur de plaire si fort au souverain.

Mabuse, qui était assez libre dans ses allures, fut, pour une raison quelconque, emprisonné à Middelbourg ', et, pendant son incarcération, fit plusieurs jolis dessins. J'ai eu l'occasion d'en voir quelquesuns, qui étaient fort bien traités au crayon noir.

La date de sa naissance et celle de sa mort me sont inconnues ^.

I. C'est là encore une assertion qti'aucun document n'a contirmée.

•2. La date de la naissance de Jean Gossaert est fixée, très approximativement, à 1470; on lui donne pour maître Jean Schoorel. Il est admis dans la gilde de Saint-Luc d'Anvers en i5o!i, sous le nom de « Jennyn van Henegauwe », c'est-à-dire Jeannin de Hainaut. En i5o5 et iSoy, il reçoit des élèves à Anvers : Henri Mertens et Michel « du Cygne ». Ce fut également à Anvers, sans doute, que mourut le peintre. On lit sur son portrait, gravé pour le recueil de Lampsonius, Pictoriim aliquot Gennanice inferioris effifçics : « Fuit Hanno, patria Malbodiensis, et ßoniit an. i ^24. Obiit Antverpice I octob. a" 1 532. In Cathedrali cvde sepitltus. » Il importe de faire observer : i" que cette inscription ne tigure que sur le troisième état de la planche, c'est-à-dire qu'elle y fut inscrite au xvii" siècle; 2° qu'il n'existe pas d'épitaphe du peintre à Notre-Dame d'Anvers; 3° qu'il ressort des notes recueillies par M. van Even que le maître perdit sa femme en i533 et qu'il vivait encore à Middelbourg à la fin de janvier iS^j. Toutefois, en 1541, il est signalé comme décédé. (Ed. van Even, l'Ancienne École de Peinture de Lointain, page 42 1.) Le musée du Belvédère (2* étage, salle III, n" i5) possède le portrait de Mabuse peint par Jean van Hcmessen.

JEANDEMABUSE 287

COMMENTAIRE

Le séjour prolongé de Mabuse en Italie influa sur son style au point de rendre les œuvres antérieures à ce séjour parfois assez difficiles à déterminer. Le nom du maître se rencontre heureusement sur quelques peintures importantes, non mentionnées par van Mander, et qu'il y a lieu d'ajouter, dès l'abord, à la série des œuvres désignées par notre auteur.

Nous avons eu l'occasion de rectifier un passage de la biographie de van Orley, attribuant à ce maître le tableau de l'Autel des peintres de Malines, une des œuvres capitales de Mabuse. C'est à Prague, au musée des Patriotische Kunstfreunde, que se trouve actuellement cette création splendide : Saint Luc peignant la Vierge. Jusque dans les dernières années, elle décorait le maître-autel de la cathédrale de Saint-Vith, sur le Hradschin. Elle était attribuée à tous les maîtres que la fantaisie des critiques pouvait proposer ; on parla de Raphaël et de Holbein l'aîné, et, dans une notice vendue au profit môme de l'église et que nous avons sous les yeux, il est dit que « le tableau acheté par le roi Mathias pour 3o,ooo ducats représente la cathédrale gothique de Prague, vue perspectivement par la colonnade d'un temple romain », tandis que, à l'avant-plan, saint Luc reproduit les traits de la Vierge; l'a^uvre passait alors ^i855) pour être de Holbein.

L'année suivante, on découvrit heureusement sur la ceinture de saint Luc le nom de Mabuse. Si l'on se demande ensuite comment le tableau passa de Saint-Rombaut à Malines au palais, et ensuite à l'église de Prague, le fait est des plus simples à expliquer : l'archiduc Matthias l'emporta en i58o comme souvenir de son éphémère gouvernement des Pays-Bas. La ville de Malines fit plus tapd, pour rentrer en possession de ce trésor artistique, d'instantes démarches, mais ne reçut même aucune réponse à ses lettres'. Mabuse, ainsi qu'il résulte d'un passage d'Opmeer, avait terminé son tableau en i5i5. Ce fut une de ses productions les plus importantes.

La figure de saint Luc est une création admirable et où se traduit, dans toute sa simplicité, le génie du peintre flamand, bien que l'œuvre soit postérieure au séjour de Gossaert en Italie. Le fond d'architecture est une merveille dans son genre. Les volets de Coxcie représentent Saint Jean à Pathmos et Saint Jean dans l'huile bouillante. Au revers d'un des volets, on lit : Mighel de Malinofaciebat.

De même que pour Bernard van Orley, les récents historiens de l'art jugent assez sévèrement la nouvelle direction suivie par Mabuse. Sans nous lancer à cet égard dans une dissertation qui n'a rien à voir ici, nous faisons observer que la personnalité de Mabuse s'exprime d'une manière plus évidente par les œuvres postérieures à son voyage que par les travaux les plus anciens et qui le confondent parmi les continuateurs du style gothique. Aucune page n'est plus charmante que la Madone de l'Ambrosienne de

I. Voyez Neefs, Histoire de la Peinture et de la Sculpture à Malines, tome I''', pai^e i3.

Milan, attribuée à Mcmling, avec sa merveilleuse fontaine et son beau jardin. C'est un Mabuse, pourtant.

Deux belles pages du musée d'Anvers, les Juges intègres à cheval et les Maries en pleurs n"" 179-180), sont encore des réminiscences de Técole de Bruges et, eftcctivenicnt, le catalogue du musée de Munich range parmi les Inconnus de l'école de van Eyck un Groupe de saintes femmes ;n° 6581, très proche de celui du Mabuse d'Anvers, n" 179.

Parmi les œuvres primitives du maître, il n'en est pas qui égale en importance y Adoration des Mages, de Castle Howard icomte de Carlisle). Ce tableau, où sont réunis trente personnages de grandeur naturelle, était originairement à l'abbave de Grammont et fut acheté, en i6o5, par les archiducs Albert et Isabelle pour décorer le maître-autel de la chapelle de la Cour. Après l'incendie du palais de Bruxelles, au siècle passé, le tableau resta accroché un temps à son ancienne place; le prince Charles de Lorraine le lit alors transporter dans son palais d'où il passa, dit une note manuscrite de Mois', dans la collection du pensionnaire de Bruxelles. On lit sur l'orfroi bordant le coin de la robe d'un des personnages : Jenni Gossaert, Malb \odius]. Waagen déclare que le tableau a conservé toute sa fraîcheur-.

Un fort beau triptyque du musée de 'Qvu^ieWcs, Jésus che:{ Simon le Pharisien (n"24), est rangé également parmi les œuvres de Mabuse. Il y a là un très bel exemple architectural et, en général, une exécution des plus remarquables. Le tableau n'est pas signé; M. Woermann n'accepte pas sans réserve l'attribution à Mabuse, sans toutefois adhérer complètement aux vues de M. Scheibler, qui incline à ranger le triptyque bruxellois parmi les œuvres de Henri de Blés-'.

On peut voir au musée archiépiscopal d'Utrecht un tableau du même anonyme : la Cene.Ge.iXe. peinture a malheureusement beaucoup souffert, mais elle est intéressante en ce que les tvpes du tableau de Bruxelles s'y reproduisent. Le Christ est vu de face; une inscription en lettres d'or sur philactères noirs traverse tout le tableau. Elle est conçue en langue flamande : Drinckt aile hier uit, dit is mj- bloet (Buvez tous à cette coupe, ceci est mon sang, etc. .

Les Vierges de Mabuse sont extrêmement nombreuses. Le musée de Berlin [n°65o), le Belvédère de Vienne (2^ étage, 2« salle, n« 9), la Pinacothèque de Munich (n°707i ',1e Louvre (n° 278), avec la date i5i7, et bien d'autres Galeries possèdent de ces compositions. Mais, entre toutes ces madones attribuées à Mabuse, il en est une qui se représente tantôt sous son nom, tantôt sous celui d'autres maîtres et qu'on retrouve avec plus ou moins de perfection à Berlin in" 616), Douai lun des meilleurs), Hanovre (Galerie du roi Georges, n" 90^1, Cologne (n" 597), Nuremberg iMusée Germanique, n"73), Anvers (n° i83), Bruxelles (n» 83), sans parler de plusieurs Galeries particulières.

La Vierge, vue à mi-corps, tient l'Enfant Jésus assis sur un appui de marbre où

I. Exemplaire de Walpole annoté par cet amateur. (Bibliothèque royale de Belgique.) ■i. Art Treasures of Great Britain, tome III, page Sao. .^. Geschichte der Malerei, tome II, pages 5i8 et 5^3.

4. Reproduite en gravure par Crispin de Passe. Francken, n" ii5. Le tableau est date' de 15-27, l'estampe de 1 58g.

Page 1