PEINTRE DE DEL FT
La délicieuse ville de Delft aurait dû à la peinture un lustre considérable si la mort n'était venue lui ravir prématurément son jeune citoyen Augustin Joorisz '. Né à Delft en i525, il était fils d'un brasseur du nom de Jooris Janszoon.
L'apprentissage d'Augustin se fit chez certain peintre fort médiocre, Jacob Mondt, auprès duquel il passa environ trois ans, pour travailler ensuite à Malines -^ chez un autre maître, enfin à Paris. Dans cette dernière ville il s'installa chez M. Pierre de la Cuffle, bon graveur sur cuivre qui, entre autres estampes, a fait les Trois Grâces, d'après le Rosso, et un Plafond carré vu perspectivement''. 11 n'était pas peintre mais faisait ménage commun avec un sien frère qui occupait d'une manière permanente, outre plusieurs orfèvres, un peintre et un sculpteur et, par eux, Augustin trouva à s'employer '*.
Après un séjour de cinq ans à Paris, le jeune peintre revint à Delft où il se fit un nom par quelques œuvres, cinq en tout. Il excellait dans les grandes figures et s'adonnait aussi à la composition.
1. Son nom véritable était Augustin Joris^ (fils de Georges) Verburcht. Son père, d'après van Mieris, était Jan Janszoon Verburcht, et sa mère Marthe Cornelis van Tetrode. (Kramni, Levens en Werken, page 824.)
2. 11 n'a laissé à Malines aucune trace et s'y occupa probablement des travaux à la détrempe, dont les artistes de cette ville flamande s'étaient t'ait une spécialité.
3. Nous n'avons pas eu la chance de rencontrer ce nom dans les bibliographies spéciales. Zani esl seul à mentionner Pierre de la Cluffe ou Cuffle dont il fait un Hollandais bravissimo (BB), travaillani en 1540. Le nom de la CufHe ou de la Cluffe est peu hollandais, et l'on s'étonne que van Mander ne dise mot de cette origine néerlandaise du graveur parisien. Quant à ses œuvres, nous pensons que van Mander se trompe en parlant des Trois Grâces. 11 pourrait bien vouloir désigner les Muses, une estampe anonyme que son faire rapproche du plafond représentant le Parnasse, planche également anonyme, mais qui, sans doute, est celle désignée par notre auteur.
4. Ne s'agirait-il pas de Guillaume de la Quevellerie, orfèvre, dont Savry publia des modèles d'ornements à Amsterdam en i3(')i ? (Voyez D. Guilmard, Répertoire de maîtres ornemanistes, page 484. Paris, 1880.) Pour l'oreille hcjllandaise, il n'y aurait pas trop loin de de la Quevellerie à de la Cuffle.
On voit de ses travaux à Delft, chez son frère, qui possède, entre autres, une Famille de sainte Anne fort bien peinte et d'un modelé très satisfaisant ; c'est une œuvre très appréciée. Ses paysages ne se rencontrent pas chez nous '.
A peine cinq mois après son retour à Delft, on le trouva noyé au fond d'un puits. L'événement ne fut jamais expliqué. Certains indices firent croire qu'en cherchant à puiser de Teau pour le pot au blanc ou les brosses à préparer la toile-, le pied lui manqua et qu'il périt ainsi misérablement. Ce fut pour l'art une grande perte, car il avait remarquablement débuté^.
Joorisz mourut en i552, âgé de vingt-sept ans.