HABILE PEINTRE DE GRONINGUE
Adrien Pietersz Crabcth. — Corneille de Gouda. — Hans Bamesbier. — Simon Jacobs.
Corneille de Visscher.
La Frise ^n'a été ni si glacée, ni si aride, que Groningue n'ait produit, pour le reverdissement de sa gloire, un superbe rameau artistique, une fleur qui tant embaume qu'elle annonce sa propre valeur, et que je ferais preuve d'une négligence, que Ton pourrait qualifier d'infecte, si je ne contribuais, de tout mon pouvoir, à répandre son parfum '.
Je veu.x parler de cet ornement de la peinture, le célèbre Jean Swart, que l'on avait coutume d'appeler le « Noir Jean ». Il vint au monde à Groningue, dans TOostfrise, et vécut quelques années à Gouda, vers l'époque où Schoorel revint d'Italie, c'est-à-dire en i522 ou i523~. La manière de Jean se rapprochait beaucoup de celle de Schoorel pour le paysage, les figures et les portraits.
Il fit le voyage d'Italie, séjourna quelque temps à Venise-' et contribua, avec Schoorel, à introduire chez nous la nouvelle manière, se rapprochant davantage du style italien et s'écartant de la désagréable façon moderne.
Je ne saurais désigner les œuvres de ce peintre', mais on pourra
1. Tout ce préambule repose sur un double jeu de mots : Vrieslandt, la Frise, veut dire pays des trimas; Groeninge, Groningue, terre verdoyante.
2. On a relevé' sur le revers d'un dessin de la collection Weigel, de Leipzig, les dates de la naissance et de la mort de Jean Swart, 14Ô9-1535. Le maître avait donc, comme le fait observer M. E. Fe'tis dans son Catalogue du musée de Bruxelles (5" e'dition, page 161), cinquante ans lorsque Schoorel revint aux Pays-Bas. Voyez aussi le Catalogue de la Pinacothèque de Munich (note au n" 652).
3. Ce fait est confirmé par Lomazzo [Trattato delV arte délia pittura, Milano, 1584), qui l'appelle Giovanni de Frisia da Gramingie. Il est vrai que tous les noms étrangers sont travestis dans ce livre.
4. On lui attribue une Prùdic.ition de saint Jean-Baptiste à la Pinacothèque de Munich (n° 744),
juger de sa valeur par certaines estampes sur bois, notamment un Groupe de earaliers turcs ' armés cUarcs et de carquois, et qui sont traités avec inliniment d'esprit. Il y a aussi un Christ préchant dans la barque'^, entouré d'une grande foule, avec des figures vues de dos à Tavant-plan, estampe également fort belle.
Adrien Pietersz Crabeth. — Ce Jean Swart eut un élève du nom d'Adrien Pietersz Crabeth, issu de Pierre le Boiteux, et qui fit des progrès si rapides qu'il surpassa son maître, étant encore très jeune. Il voyagea ensuite en France et mourut à Autun, chose bien regrettable pour Tart''.
Corneille de Gouda. — Il y eut encore un très habile peintre de portraits d'après nature. Corneille, né à Gouda, qui fut l'élève de Heemskerck. Dans sa jeunesse il s'adonna à la boisson, mais, ayant eu des relations assez fréquentes avec des personnages haut placés, il s'amenda et finit par avoir horreur de l'ivrognerie. Il n'en déchut pas moins rapidement et devint un barbouilleur, exemple que la jeunesse fera bien de ne pas perdre de vue ''.
authentiquée par une gravure sur bois, et M. Scheibler (voyez Woerinann, Geschichte der Malerei, tome II, page 51^8 lui donne l'Adoration des Mages, n° 207 du musée d'Anvers, indiquée au catalogue comme de Lucas de Leyde. Nous n'adoptons pas cette manière de voir. L'.ldoration des Mages (n" 54 du musée de Bruxelles) est attribuée à Jean Swart, d'après une indication des anciens livrets fondée sur un dessin. Le n° 652 de la galerie de Munich, V Adoration des Mages, est contesté. En somme, .lean Swart reste un maître peu connu. Ses estampes mêmes ne sont signées que d'un monogramme I S extraordinairement fréquent. BruUiot (Dictionnaire des Monogrammes, tome II, Hjù) cite un triptyque de VAdo}'ati()n des Mages signé, sur un écusson, des lettres gothiques I S séparées par un signe, et qu'il donne à Jean Swart sans aucune preuve. Il omet même de nous dire où se trouve ce tableau.