De la Toison d'Or
lières. A Harlem, chez les Jacobins, il y avait de lui quelques peintures, IUI retable et des devants d'autels, entre autres une Nathnté qui était une œuvre très considérée.
Nulle part, aujourd'hui, on ne voit une réunion aussi considérable de ses œuvres que chez son petit-fils, M. Nicolas Suycker, écoutète à Harlem '.
11 y a d'abord un assez grand morceau en hauteur, un Ecce lioiiw de grandeur naturelle et plus qu'à mi-corps. Dans cette œuvre sont introduits plusieurs portraits exécutés de mémoire et d'après nature, entre autres un sergent du nom de Pierre Muys, qui était bien connu de ce temps-là pour sa figure grotesque et sa tête couverte d'emplâtres. C'est lui qui tient le Christ.
Il y a ensuite un Banquet des dieux, où l'assemblée est en grand émoi par l'arrivée de la Discorde tenant sa pomme. Mars porte la main à son épée. Tout cela est fort bien composé.
Vient alors un paysage des Indes occidentales, avec des gens nus, une roche brisée et de curieuses fabriques. Ce tableau est resté inachevé.
On voit aussi de sa main un portrait de la comtesse Jacqueline et de son époux, le seigneur de Borselen, très bien peints et curieusement accoutrés à l'ancienne mode-.
Son propre portrait, fort ressemblant, est une de ses dernières œuvres. Il est vu presque de face, les mains jointes; devant lui est un chapelet; le fond représente un beau paysage. Dans le ciel, on voit le Christ assis comme au Jugement, et le peintre, tout nu, prosterné devant le Sauveur, entre le démon, qui tient un rôle où sont inscrits ses péchés, et un ange qui intercède pour lui.
Il y avait jadis, chez Jacob Ravart, à Amsterdam, une Descendance de sainte Anne, que Ion admirait beaucoup ^ Chez xM. Florent Scho-
I. Il est remarquable que le père, s'appelant Moutarde, ait eu un tils s'appelant Sucre. Pourtant, la chose est attestc'e par un document authentique cite par \ander ^\'illigen : la vente d'un bien qui se fit en i33i au nom du père et du fils.
■z. Ces portraits ne peuvent avoir été faits d'après nature, Jacqueline et son époux étant morts tous deux avant la naissance probable de Mostart. Les peintures en question sont aujourd'hui au musée d Anvers (fonds van Erthorn), n°' 2(53 et 264. Ils proviennent de la collection Enschedé, à Harlem, et ont été gravés par F. Folkema, au siècle dernier.
3. Ce tableau est probablement le inOme qui faisait partie de la collection .1. C. de Bäcker, doyen
JEAN MOSTART 265
terbosch, conseiller à La Haye, on voit Abraham, Sara, Agar et Ismaël, grands comme nature et plus qu'à mi-corps, et si parfaitement costumés à Tancienne mode qu'on dirait, à les voir, qu'au temps des patriarches, les gens allaient ainsi vêtus.
Chez Jean Claeszoon, peintre et élève de Corneille Cornelisz', on voit, entre autres, un Saint Christophe dans un paysage, une grande peinture. Au Princen Hof-, il y a, de lui, un paysage avec un Saint Hubert, où Ton peut constater à quel point le peintre avait étudié la nature.
Beaucoup d'œuvres de Mostart périrent lors du grand incendie, car sa maison fut détruite avec tout ce qu'il y avait laissé-'.
Il était doué d'un jugement sain et était fort bon peintre. Martin Heemskerck affirmait que Mostart surpassait tous les autres maîtres qu'il avait connus, dans l'art de mener un travail à bonne fin.
On assure que Jean Mabuse sollicita son concours pour sa peinture de l'abbaye de Middelbourg, mais que Mostart refusa parce qu'il était au service d'une grande dame ou d'une princesse dont ses descendants possèdent encore un écrit duquel résulte que Mostart est nommé un de ses gentilshommes.
Il est mort à un âge avancé, en i555 ou i556.
COMMENTAIRE
Jean Mostacrt a été mentionné dans la notice d'Albert van Ouwatcr comme ayant eu pour élève le peintre Albert Simonsz en i536, époque à laquelle il était âgé d'environ soixante-dix ans. Il serait donc venu au monde vers Tannée 1466. En acceptant comme exacte la date de sa mort, donnée par van Mander, il est permis de tixer vers l'année 1470 l'époque de sa naissance. Kramm et vander Willigen acceptent 1474, eu égard à la période de dix-huit années que Mostaert passa au service de Marguerite d'Autriche, devenue gouvernante des Pays-Bas en i5o7 '^^ morte en i5 3o.
Déjà, en i5oo, le chapitre de Saint-Bavon à Harlem commandait au maître un triptyque avec douze scènes de la Vie de saint Baron.
à Eyndhoven, et se vendit à La Haye, en lù'ri, au prix de !-î5 tiûrins. (Communication de M. A. Bredius à r^rc/ne/d'Obreen, tome V, page 298.)
1. Il est cité dans les Comptes de iGiS comme résidant à Delft.
2. Le Princen Hof, « Cour du Prince », était l'ancien couvent des Dominicains.