‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 146 sur 218 · La Peinture ßamandc, page · texte numérisé non relu

La Peinture ßamandc, page

2. Communication de A. Bredius; ^rc7zi>/ d'Obreen, tome V, page 269.

ADRIEN DE WEERDT

PEINTRE DE BRUXELLES

Guillaume Tons (I). — .lean Tons. — Guillaume Tons (II). — Hubert Tons. — Jean Speeckaert.

J"ai entendu des personnes, nullement incompétentes dans notre , art, exprimer l'avis que lorsqu'un jeune homme fait preuve de dispositions pour la peinture, il doit s'attacher à la manière de celui des maîtres qu'il préfère, et qu'il s'expose à s'égarer à vouloir en étudier d'autres. Que tel soit ou non le cas, il est certain qu'Adrien De Weerdt s'était attaché de tout son être à la manière du Parmesan et qu'il appliquait tous ses efforts à la vouloir imiter.

Dans sa jeunesse, il avait étudié, à Anvers, chez Chrétien van den Queecborne, bon paysagiste, demeurant près de la Bourse, et le père de maître Daniel, peintre de Son Excellence, à La Haye'.

Revenu à Bruxelles, Adrien vécut très solitaire, s'adonnant exclusivement à l'étude. Ses parents possédaient une petite maison dans un endroit isolé, près des remparts, et là, pendant tout le cours de l'été, il demeurait seul, s'appliquant à l'étude de son art, fuyant les plaisirs de son âge. A cette époque, il faisait des paysages dans la manière de François Mostart.

Il se mit ensuite en route pour Tltalie, où, dit-on, il essaya de

I. Chrétien van den Queeckborne, aussi van Queboorn, deuxième du nom, né à Anvers vers i?ir, reçu t'ranc-maître en i545 seulement, doyen de la gilde de Saint-Luc en i55i et iSSy, peintre de la ville d'Anvers en i5')o, mort dans la même ville en 1578. (Voyez vanden Branden, Gcscliiedenis , page 291.) Chrétien van den Queeckborne eut aussi pour élèves Denis Calvaert et Jacques Grimmer. Adrien De Weerdt n'est pas mentionné dans les Liggeren de la gilde de Saint-Luc d'Anvers.

Daniel van den Queeckborne fut le père de Crispin, le graveur bien connu, né à La Haye en 1604. Admis à la gilde anversoise des peintres en iSyy, Daniel épousa, peu après, Barbe vanden Broeck, qui se distingua parmi les graveuses. Après la reddition d'Anvers au prince de Parme (15S4), Daniel van den Queeckborne prit le chemin de la Hollande, où il de\int le peintre de Maurice de Nassau. (Vanden Branden.) Le musée de Rotterdam possède un beau portrait de Crispin van Queeckborne, daté de

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s'approprier le style du Parmesan, et y réussit de telle sorte que bientôt sa manière fut complètement transformée'.

Peu de temps après son retour, en i566, lorsque les Pays-Bas furent ravagés par les troubles, il s'en alla avec sa mère se fixer à Cologne, oui il publia diverses estampes : la Résurrection de La^are^ VHisloire de Ruth, avec de jolis paysages, la Vie de la Vierge avec là Nativité et d'autres ouvrages du même genre. 11 fit paraître aussi les petits emblèmes de Coornhert, connus sous le nom des Quatre poursuites de l'Esprit, où Tun poursuit la fortune, l'autre les plaisirs sensuels, tandis qu'un troisième cherche le salut. Le graveur de ces planches était aussi un fort bon maître'-. Toutes ces choses sont absolument dans la manière de Francesco Mazzuola de Parme.

De Wecrdt est mort à Cologne à un âge peu avancé ^.

Tandis que je m'occupe de Bruxelles, j'ajouterai, pour être bref, les noms de quelques Bruxellois anciens et récents.

Guillaume Tons. — Avant notre temps, il y avait, à Bruxelles, un bon maître nommé Guillaume Tons, qui excellait dans la peinture à la

1. Comme l'a fait observer M. Ed. Fetis [les Artistes belges à l'étranger, tome II, page jqS, i8()3), de paysagiste qu'il était, De Weerdt se fit peintre de figures. Le caractère de ses compositions est absolument dans le genre du Parmesan et, en l'absence de son nom sur des planches telles que les Evangélistes, on n'he'siterait pas à attribuer les œuvres dont il s'agit à Mazzuola lui-même.

2. Les compositions sont de De Weerdt et grave'es seulement par Coornhert, Philippe Galle et divers anonymes, l.^ Histoire de Ruth est date'e de iSyS.

3. Immerzeel commet l'erreur de faire mourir De Weerdt en i5Gù, époque même de son départ pour Cologne. On est aujourd'hui d'accord pour fixer cet événement à l'année iSqo. (Voyez Merlo, Kunst und Künstler in Köln, i85o, page 49g, où figure une liste des estampes publiées par le maître bruxellois.)

Aucune peinture d'Adrien De Weerdt ne nous a été conservée. On doute qu'il ait lui-même manié le burin. Merlo lui attribue des figures de Jupiter, Minerve, Vénus, Mercure gravées d'après le statuaire Tetrodius.

Quant aux estampes dessinées d'après lui, nous n'avons à ajouter à celles mentionnées par van Mander et aux Quatre Evangélistcs dans le goût du Parmesan, que les pièces suivantes : le Christ triomphant de la mort et du démon (iSby) (H. Goltziusr), les Vertus et les Vices, douze pièces gravées par Coornhert; le Chemin de la Vérité, quinze pièces par le même; Un Homme éveillé par la Vérité qui lui montre le soleil, gravure d'isaac Duchemin, graveur bruxellois peu connu et l'auteur d'un grand et beau portrait du poète van der Noot de Bruxelles. De Weerdt paraît avoir été en relations avec ce personnage, comme le constate M. Fétis par une épître en vers d'Adrien lui-même, insérée à la suite des poésies de van der Noot. Le portrait reproduit par Duchemin pourrait, dès lors, être une œuvre de De Weerdt d'après l'opinion de M. Fétis. Pour les Italiens, Dé Weerdt était plus connu sous le nom d' Adriane dal Hoste, traduction littérale de De Weerdt, l'hote. Van Mander nous apprend, dans la biographie de Henri Goltzius, que ce maître produisît d'après Adrien De Weerdt ses premières planches. Ces œuvres, non mentionnées par Bartsch, ne portent pas, du reste, le nom du graveur.

détrempe et dans Texécution des modèles de tapisserie. Il y introduisait toutes sortes d'arbres, de plantes, d'animaux, d'oiseaux, des aigles, etc., le tout très bien peint d'après nature'.

Hans Tons. — ■ Son fils, Hans Tons, alla en Italie et pratiqua aussi très bien la peinture à la détrempe ~.

Guillaump: Tons. — Un autre fils, Guillaume, peignait très bien à l'huile de petites figures, des maisons de débauche et des choses de ce genre. Il partit pour l'Italie et doit s'y trouver encore ^.

Hubert Tons. — « Il convient aussi [dit van Mander à VErrata] de ne point oublier parmi les peintres de la jeune génération le très inventif Hubert Tons, qui est issu du Tons, mentionné à la page 23o(7., Il réussit fort bien les paysages et les figures en petit ; il habite actuellement Rotterdam''. »

Jean Speeckaert. — De mon temps, il y avait à Rome ^ un jeune peintre de grand mérite, Jean Speeckaert, qui dessinait et peignait très bien. Pour motifs de santé, il retourna au pays par voie de Florence. Malheureusement, il dut rebrousser chemin et mourut en arrivant à Rome, vers iSyy. Il était Bruxellois et fils d'un passementier.

COMMENTAIRE

Jean Spccckacn (Speccard sur quelques estampes) était, dit Nagler, un élève de Jean

I. Il vivait à la fin du xvi° siècle. (Wauters, les Tapisseries bruxelloises, page 128.) Dans le catal(.)guc des tableaux laisses par Rubens et vendus en 1640, nous voyons figurer entre les œuvres des « vieux maîtres « un Portrait 01 détrempe par William Tons, n" 223.

a. Il était, selon Felibien, l'élève de Bernard van Orley, avec qui il travailla aux cartons des Chasses de Maximilien. En 1527, il fut compris dans les poursuites intentées k Valentin van Orley, ses fils, — parmi lesquels Bernard — et plusieurs autres artistes et fabricants de tapisseries pour avoir assisté à un prêche protestant. Tous furent condamnés à faire amende honorable en l'église de Sainte- Gudule. (Voyez A. Pinchart, notes à l'édition française deCrowe et Cavalcaselle, page 288.)

3. 11 est cité en 1584 dans les registres de la gilde anversoise de Saint-Luc, comme ayant étudié chez Henri Ghysmans. Nous ignorons s'il est le même Guillaume Tons qtii vendit aux archiducs Albert et Isabelle, en 1607, la suite des tapisseries de l'Histoire de Constantin. (Wauters, les Tapisterics bruxelloises, page 2Q4.) Aucun tableau des Tons n'a été conservé. Rubens possédait de Guillaume « une pièce en détrempe », classée parmi les œuvres modernes de sa Galerie.

4. Van Mander a malheureusement oublié que plusieurs Tons sont cités à cette page. Hubert Tons est reçu comme franc-maître k la gilde d'Anvers en iSgô, sans indication d'apprentissage. Dans un inventaire des tableaux existant chez H. Saftieven (11), mort k Rotterdam en 1627, figurent deux tableaux de Hubert Tons : Un chien et Trois petits chiens. (Voyez Archief d'Obreen, tome V, page 119.)

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