I. Jean Breughel II, 2. Pierre -j- i(J
né en 1601 -j- 1678. 3. Anne, femme de Teniers II.
Onze enfants 4. Elisabeth f lôaS.
dont Jean-Pierre, 3. Catherine femme de
Abraham, ô. Jean-Baptiste Borrekens.
Philippe, 7. Marie -j- 1625.
Ferdinand, 8. Ambroise, 1617 7 1(375.
Jean-Baptiste, 9. Claire-Eugénie.
tous peintres.
JEAN SCHOOREL
On sait que Rome, Tincomparable, la reine des cités, était ornée, au temps de sa plus grande splendeur, de magnifiques statues, ou, pour mieux dire, de marbres et de bronzes qu'une suprême intelligence avait transformés en formes humaines et en figures d'animaux de la plus exquise beauté.
On sait encore qu'à diverses reprises, la guerre dévastatrice vint bouleverser cette noble ville, et qu'enfin, renaissant sous la pacifique domination des papes, des fouilles rendirent au jour quelques-uns de ces beaux marbres et de ces bronzes qui vinrent éclairer Tart, ouvrir les yeux de ses adeptes et leur apprendre à discerner le beau du laid par la connaissance de ce qu'il y a de plus parfait dans la création, aussi bien pour ce qui concerne la forme humaine que celle des animaux. Grâce à ce puissant secours, les Italiens ont pu arriver de bonne heure à la juste conception de la vraie nature, tandis que nos Flamands s'appliquaient encore à chercher le progrès par un travail routinier, sans autres modèles que la nature vulgaire, restant, en quelque sorte, plongés dans les ténèbres ou, tout au moins, médiocrement éclairés jusqu'au jour où Jean van Schoorel rapporta d'Italie, pour les leur mettre sous les yeux, les formes les plus parfaites de notre art.
Et, sans doute parce qu'il fut le premier à visiter l'Italie et à venir
I. Schoorl, Scoreel, van Scorel, sont d'autres formes adopte'es par les auteurs; le maître lui-même a signé Jean van Scorel. Il nous paraît plus logique, toutefois, en présence du fait qu'il tirait son nom du village de Schoorel, d'adopter cette dernière orthographe, conforme d'ailleurs au texte de van Mander.
Nous emprunterons plusieurs notes à un travail de M. le docteur Alfred de Wurzbach, de Vienne, Zur Rchabilitirung Jan Schorecls. {Zeitschrift fur bildende Kunst, tome X\'I1I, page 42. i883.)
JEAN SCHOOREL Soy
éclairer chez nous Tart de peindre, Frans Floris et d'autres Tavaient qualifie, dit-on, d'éclaireur et de pionnier de la peinture dans les Pays-Bas.
Il vint au monde le j'^'' août 1493, non loin d'Alkmaar, dans la Hollande, au village de Schoorel, dont il assuma le nom, arrivé, grâce à lui, à la célébrité.
Ayant de bonne heure perdu ses parents, il fut envoyé par des amis à Técole à Alkmaar et y suivit les cours jusqu'à sa quatorzième année, s'appliquant à Tétude de la langue latine, mais montrant pour le dessin de grandes aptitudes. Il dessinait beaucoup d'après des peintures et des vitraux ou, à l'aide d'un canif, gravait sur les écritoires de corne des figures d'hommes et d'animaux, des plantes et des arbres, à la grande admiration de ses condisciples.
Ses amis, lui voyant pour la peinture un penchant si décidé, secondèrent ses vœux en le plaçant à Harlem chez Guillaume Cornelisz, un assez bon peintre pour le temps '. Le maître ne consentit, toutefois, à l'accepter que moyennant un engagement de trois années, qui fut souscrit. Le contrat stipulait un dédit pour le cas de non-accomplissement du terme, et le patron portait toujours sur lui le document dans son escarcelle. Le jeune homme lui rapportait grand profit : plus de cent florins pour la première année, somme importante pour le temps ; aussi, craignant de perdre son élève, le maître, qui se grisait souvent, avait coutume de répéter : « Jean, sache bien que je te tiens dans mon escarcelle, et que si tu me quittes, tes amis auront aff"aire à moi », ce qui ennuyait fort notre Schoorel à entendre.
Il se fit qu'un soir d'hiver, le maître étant allé se coucher ivre, Schoorel s'empara du fameux engagement, l'emporta sur le pont de bois, le déchira, et, comme il ventait fort, laissa les morceaux s'en aller à la dérive. A la vérité, son intention était d'achever fidèlement son terme , mais il se réjouissait à l'idée de ne plus entendre son maître lui rappeler sans cesse l'écrit.
I. Van Mander renverse ici l'ordre des noms. Il s'agit de Corneille Willemsz de Harlem, fréquemmenl cité dans les actes des années 1481-1540. Voyez A. vander Willigen, les Artistes de Harlem, 1870, pages 40-56. (Cf. l'article de M. Alfred de Wurzbach.)
3o8 LE LIVRE DES PEINTRES
L'après-midi des dimanches et fêtes, Schoorel sortait des portes de Harlem, vers un beau bois, et peignait d'après nature la végétation, adoptant pour cela une manière absolument différente des autres artistes.
Le terme de trois années étant accompli, il prit congé de son maître et alla se fixer à Amsterdam chez un artiste célèbre du nom de Jacques Cornelisz, bon dessinateur et peintre, et qui était fort soigneux dans l'emploi des couleurs *'. Ce nouveau maître fit grand cas de Schoorel, le traitait comme son propre fils et lui donnait au bout de Tan, en retour de son habile et vaillant travail, une certaine somme, lui permettant, en outre, de faire quelques œuvres pour son propre compte, en sorte que le jeune artiste put s'amasser ici un assez joli pécule.
Le maître avait une ravissante petite fille, âgée de douze ans, et que la nature semblait avoir comblée de ses dons : beauté, grâce, douceur. Malgré son extrême jeunesse, les charmes de la fillette avaient captivé Schoorel et, lorsqu'il prit congé de son maître, il emportait au fond de son cœur, outre la reconnaissance, la douce image de l'enfant et l'espoir qu'un jour le mariage l'unirait à l'objet de son amour.
Jeannin de Mabuse était, à cette époque, au service de Philippe de Bourgogne, évêque d'Utrecht^, et, comme la réputation de ce peintre était grande, Schoorel vint habiter chez lui à Utrecht pour profiter de ses leçons. Ce séjour fut, toutefois, de peu de durée. Mabuse menait une vie dissolue, passait au cabaret un temps considérable à boire et à se battre, et Schoorel, qui payait souvent pour lui, courait parfois aussi de grands dangers par son fait, en sorte qu'il trouvait un médiocre avantage à sa présence auprès du maître. 11 se rendit alors à Cologne, et de là à Spire, où il trouva un ecclésiastique très versé dans l'architecture et la perspective, et auprès duquel il passa un certain temps pour étudier ces branches, faisant, en retour, un certain nombre de tableaux.
1. Jacob Cornelisz van Oostzaanen. Voyez ci-dessus chapitre ix.
2. Philippe de Bourgogne, bâtard de Philippe le Bon, évèque d'Utrecht de i5i7 à 1524. Voyez sur Mabuse le chapitre xxvii du pre'sent ouvrage.
JEANSCHOOREL 309
De Spire, il se rendit à Strasbourg, et de là à Bâle, visitant partout les ateliers des peintres, recevant bon accueil et des offres avantageuses
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JEAN SCHOOREL.
Fac-smilo de la gravure dj Wiericx (^), d'après le tableau d'Antonio Moro.
pour son travail, car il produisait plus en huit jours que beaucoup d'autres en un mois. Toutefois, il ne fit nulle part un long séjour.
3io LE LIVRE DES PEINTRES
Il alla aussi à Nuremberg, chez le savant Albert Dürer, et étudia un certain temps sous sa direction, mais comme, à cette époque, Luther troublait déjà la paix du monde par ses doctrines ' et que Di^irer se mêlait aussi, dans une certaine mesure, au mouvement, Schoorel se rendit à Steyer, dans la Carinthie, où il travailla pour les principaux personnages et se vit bien accueilli par un baron, grand amateur d'art, qui le logea ^ et, non content de le bien payer, lui offrit sa propre fille en mariage, ce qui n'aurait point déplu à Schoorel, n'eût été le souvenir de la fillette d'Amsterdam, que le dieu d'amour avait gravée au fond de son cœur, sans lui laisser d'autre pensée que celle d'atteindre, dans son art, à la plus haute perfection et d'arriver ainsi au comble de ses vœux, ce qui contribua grandement à ses progrès. L'amour, eût-on dit, le poussait dans la voie de la perfection.
Il se rendit alors à Venise, où il fit la connaissance de quelques artistes d'Anvers, notamment d'un certain Daniel van Bomberge, grand ami des arts^.
A cette époque, il se fit que, de divers pays, arrivèrent à Venise des personnages qui avaient le projet de se rendre en Terre-Sainte et de visiter Jérusalem. Il y avait parmi eux un religieux de Gouda, en Hollande, homme instruit et grand amateur de peinture ; cédant à ses sollicitations, Schoorel se joignit aux voyageurs et se mit en route avec eux pour Jérusalem. Il avait alors environ vingt-cinq ans^.
Ayant emporté son attirail, il fit, à bord du navire, les portraits d'après nature de quelques personnages et traça en outre, dans un cahier, ses souvenirs de voyage : des vues de Candie, de Chypre, des paysages, villes, châteaux et montagnes, le tout extrêmement agréable à voir.
1. Luther afficha ses thèses à hi porte de la cathédrale de Wittemberg, le Im octobre iSiy.
2. Il paraît que ce fut pendant son séjour au château de Steyer que Schoorel peignit un célèbre tableau de la Descendance de la Vierge pour l'église d'Obervellach en Carinthie. (Voyez Karl Justi, Jan van Scorel dans \t Jahrbuch der K. preiissischen Kunstsammlungen, tome II, page 196. 1881.) Ce tableau porte au revers les armoiries de la famille Lang van Wellenburg (Alfr. de W.); c'est probablement à cette famille patricienne que le peintre dut son bon accueil.
3. Daniel van Bomberghen, Anversois, célèbre imprimeur de livres en langue hébraïque, mort à Venise en 1549.
4. Ce fut sans doute vers löig. Les inscriptions placées sur le portrait de Schoorel au musée de Harlem portent la date de iSao, mais van Mander nous dit que le retour eut lieu cette année même.
JEAN SCHOOREL 3ii
A Jérusalem, il fit la connaissance du supérieur du couvent de Sion, lequel était tenu en haute estime par les Juifs et les Turcs'. 11 visita, en compagnie de ce personnage, tout le pays environnant et les rives du Jourdain, dessinant à la plume le paysage et la contrée et, rentré dans les Pays-Bas, il peignit à Thuile, à l'aide de ces études, un beau tableau représentant Josiié qui conduit les enfants d'Israël, à pied sec, à travers le fleuve.
Le supérieur de Sion l'eût volontiers gardé une année entière, mais Schoorel, cédant aux sollicitations et aux conseils de son religieux, quitta Jérusalem en promettant au supérieur de peindre à bord un tableau pour lui, ce qui fut fait, et ce tableau fut expédié de Venise à Jérusalem. Il orne encore le Heu de la Nativité du Sauveur. C'est un Saint Thomas mettant le doigt dans la plaie du Christ.^ comme il résulte des déclarations de plusieurs personnes qui ont fait le voyage de la Terre-Sainte'-.
Schoorel avait peint aussi, d'après nature, une vue de Jérusalem, qu'il utilisa plusieurs fois pour ses œuvres, où le Christ, monté sur l'âne, descend de la montagne des Olij'iers., et pour une autre représentant le Sermon sur la montagne et divers sujets du môme ordre.
Il avait fait aussi d'après nature une vue du Saint-Sépulcre"^, et, à son retour, il se représenta lui-même avec plusieurs chevaliers ou pèlerins de Jérusalem, dans un tableau à l'huile de forme oblongue. Ce tableau est encore à Harlem au couvent des Jacobins dit Cour du Prince ^.
Revenu de Jérusalem, en i52o, deux ans avant la prise de Rhodes par les Turcs, Schoorel fut bien accueilli dans cette ville de Rhodes
1. Voir s-ur ce dignitaire eccle'siastique, S. MuUer, De Schilderijen van Jan van Score! in liet Museum Kunstlicfde te Utrecht. Utrecht, 1880.
2. Ce tableau fut peint pour le couvent de Sion même; mais comme ce couvent fut transféré en iSSg à l'intérieur de Jérusalem, le tableau y est très vraisemblablement conservé. L'autel de Saint- Thomas dans l'église de's franciscains de Sion est, parait-il, orné d'une fort belle peinture. (Note de M. A. de W'urzbach.)
3. C'est probablement le curieux tableau du musée archiépiscopal d'Utrecht, daté de i5iq.
- 4. Musée de Harlem, n° 104. Les personnages représentés sont Pierre Jean Lewerden, Jan Albert vander Aa, Josse Cornelisz, Josse van Brederode, Dirk Hubertz Hacker, Frans Hoogestraat, Dieric Simonsz. Bartout, Jacques Simonsz, Jean Schoorel, Willem Harmans Ramp, Jean Pietersz. Visscher et leur serviteur, Thys Thomasz. Ce dernier tient un modèle de l'église du Saint-Sépulcre. Le tableau provient de la Commanderie de Saint-Jean. Il s'agit donc des « Johannites » et non des Jacobins.
3i2 LE LIVRE DES PEINTRES
par le grand-maître de Tordre teutonique qui, actuellement, occupe Malte, et il y reproduisit les environs'. Il regagna ensuite Venise, et, après y avoir séjourné un certain temps, se mit à visiter les villes d'Italie, se rendant à Rome où il travailla avec ardeur, reproduisant des antiquités, statues, ruines, les belles peintures de Raphaël et de Michel-Ange qui, alors, devenait célèbre, ainsi que les œuvres de divers autres maîtres.
Vers cette époque fut élu pape Adrien VI, qui était cardinal en Espagne -. Il était natif d'Utrecht et, en arrivant à Rome, Schoorel eut l'occasion d'être connu du pape, qui lui donna la direction de tout le Belvédère. Il peignit plusieurs œuvres pour le pontife et exécuta d'après nature son portrait, qui est encore à Louvaîn dans le collège fondé par Adrien VP.
Le pape mourut après avoir occupé le siège pontifical pendant un an et trente-cinq semaines; Schoorel, alors, après avoir produit encore à Rome plusieurs œuvres et s'y être grandement appliqué, reprit le chemin des Pays-Bas.
Arrivé à Utrecht, il eut la douleur d'apprendre que la fille de son maître était devenue la femme d'un orfèvre d'Amsterdam et que tout son espoir était anéanti. Il prit alors la résolution de se fixer à Utrecht chez un doyen d'Oudemunster nommé Lochorst, un seigneur de la cour et grand amateur d'art. Il peignit pour lui divers tableaux à l'huile et à la détrempe, entre autres celui, déjà cité, du Dimanche des Rameaux^ où le Christ, monté sur un âne, va vers Jérusalem. La ville était peinte d'après nature et plusieurs enfants d'Israël sèment des palmes et étalent des draperies.
C'était un tableau à volets, placé comme une œuvre votive dans la cathédrale d'Utrecht par les amis du doyen.
1. Van Mander veut dire le grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
2. Adrien Floriszoon Boeyens d'Utrecht, ancien précepteur de Charles V, élu pape le g janvier i522.
3. Outre l'original qui est encore chez le recteur magnifique, on trouve plusieurs répétitions de cette peinture, notamment à l'hôtel de ville d'Utrecht. 11 résulte d'une lettre adressée de Rome par Schoorel à Adrien de Maerselaer à Anvers, et dont nous devons la communication à l'obligeance de notre collègue M. Ruelens, que le portrait d'Adrien VI fut exécuté deux mois avant la mort du pontife. (Bibliothèque royale de Belgique, correspondance de Maerselaer.) Les historiens se trompent donc en faisant revenir Schoorel en i523. Nous [reproduisons plus loin la lettre.
JEAN SCHOOREL 3i3
Vers cette époque il y eut à Utrecht un soulèvement ; Tévêque avait ses partisans, le duc de Gueldre les siens. Pour échapper aux troubles, Schoorel alla à Harlem où on lui fit bon accueil ^ et où il conquit la faveur du commandeur de l'ordre de Saint-Jean, Simon Saen*^, qui aimait beaucoup les artistes. Le peintre fit pour lui plusieurs œuvres qui sont encore partiellement conservées dans la ville '', entre autres un Baptême du Christ^ fort beau morceau où Ton voit quelques jolies figures de femmes dans le goût de Raphaël. Le fond est un beau paysage avec des figures nues très bien traitées ^.
Etant fort sollicité d'accepter des élèves, Schoorel loua une maison à Harlem et ce fut là qu'il peignit quelques œuvres considérables, entre autres le grand tableau d'autel de la vieille église d'Amsterdam : un Crucifiement, œuvre très admirée. Il y a un autre tableau de la même composition à Amsterdam^.
La renommée de Jean Schoorel le fit solliciter par les membres du collège de Sainte-Marie d'Utrecht, dont l'église avait été fondée par Henri IV, empereur des Romains, de venir décorer leur maître-autel. La partie centrale était une sculpture en bois; le peintre y ajouta quatre volets, en payement desquels on lui promit la première prébende qui viendrait à vaquer dans le collège, ce qu'il accepta ''.
Sur les deux premiers volets il. représenta, de grandeur naturelle, d'un côté, la Vierge assise avec l'Enfant Jésus et saint Joseph; de l'autre, l'empereur à genoux et l'évoque Conrad, personnage que, sur
1. M. de Wurzbach estime que Schoorel s'était tixé à Harlem dés i525, les désordres ayant éclaté le 25 mai.