N'existe plus à Arras
JEAN SCHOOREL 3i3
Peu de temps après son retour d'Italie, Schoorel reçut des lettres qui le sollicitaient de la part du roi de France, François P"", d'entrer au service de ce monarque avec promesse d'un beau traitement. Jean déclina cette offre, ne tenant pas à devenir un peintre de cour.
Il recommanda un architecte au roi Gustave de Suède', et envoya aussi à Sa Majesté une Vierge que le roi admira fort et, en retour de laquelle il fut adressé à Schoorel un royal présent, avec une lettre signée par le roi lui-même. Le cadeau consistait en une belle bague, plus des fourrures de martre zibeline, un traîneau à glace avec le harnachement du cheval complet, traîneau dont Sa Majesté avait coutume de se servir elle-même pour aller sur la glace et, enfin, un fromage de Suède pesant deux cents livres. La lettre du roi parvint à l'artiste, moins le sceau toutefois^; mais le présent n'arriva jamais.
Schoorel jouissait de la faveur des plus hauts personnages de la Néerlande. Musicien et poète, il composa de jolis esbatements, des farces, refrains et chansons; il était habile archer, versé dans la connaissance de plusieurs langues : le latin, l'italien, le français et l'allemand '^. Il était courtois et d'une humeur enjouée, mais dans les dernières années de sa vie il fut très tourmenté de la goutte et de la gravelle, ce qui lui procura une vieillesse prématurée.
Je ne puis omettre de dire que chez M. Gérard Schoterbosch à Harlem, il y a de lui une œuvre remarquable : la Présentation au temple^ avec une excellente architecture, une belle voûte et une riche ornementation d'or faite au pinceau, ce qui produit le meilleur effet.
1. Gustave Wasa, i5i3-i5(")o. Le musée de Stockholm possède un Portrait d'une femme feuilletant un livre, attribué à Schoorel. Nous ignorons s'il s'agit de la « Vierg-e » envoyée au roi de Suède.
2. Le fait s'est récemment expliqué. Une procuration, datée du ii septembre 1542, donne pouvoir à Jean van Parsyn d'Amsterdam, résidant à Dantzig, de recevoir au nom de Jean Schoorel, des mains de Marguerite Ysbrantsdochter, veuve de Jean de Bruxelles, tapissier, la lettre et les présents du roi de Danemarck, avec autorisation expresse d'ouvrir la lettre royale pour constater la présence des cadeaux qui doivent l'accompagner. (S. MuUer, Jan van Scorel en Gustaaf Wasa, i 542, dans /'^4rc/n'c/ d'Obreen, tome V, page i.)
3. 11 fut aussi ingénieur et livra les plans de plusieurs grands travaux hydrauliques. (Voyez Kramm, Levens en Werken, etc., et S. MuUer, dans /'/Irc/nc/" d'Obreen, tome III, pages 243-245.) Calvete Estrella parle d'une méthode proposée par Schoorel en i55i pour la construction des digues et des remparts permanents contre les envahissements de la mer. (Le très heureux voyage fait par très haut et très puissant prince don Philippe, fils du grand empereur, etc., traduit de l'espagnol par Jules Petit. Bruxelles, i883, tome IV, page 140.)
3i6 LE LIVRE DES PEINTRES
L'œuvre est, du reste, remarquable pour ses jolies figures et des plus charmantes à considérer.
On voyait aussi à Harlem, dans la grande Porte du Bois ', une peinture de Schoorel exécutée sur le mur, mais elle a disparu.
Le peintre du roi Philippe d'Espagne, Antonio Moro, qui dans sa jeunesse avait été Télève de Schoorel et lui était resté très attaché, a laissé son portrait, peint une couple d'années avant la mort du maître, en i56o. Il mourut en i562, le 6 décembre, âgé de soixantesept ans.
Sous le portrait en question on lit :
Addidit hic arti decus , Iiiiic ars ipsa decorem Quo moriente mori est, liœc quoque visa sibi. Ant. Morus Phi. Hisp. Régis Pictor lo. Schorelio Pict. F. A». M. D. LX.
lo. Schorelio, Pictorum sui seculi facile principi, qui post œdita artis suai nionumenta quamplurima , maturo dececlens senio, magnum sui reliquit desiderium. Vixit annos 6-. menses 4. dies 6. Ohiit a nato Christo, A» i562. 6 decembris -.
Lampsonius, dans ses vers, lui fait dire :
« Je serai toujours vanté comme le premier qui démontra aux Belges que celui qui veut être peintre doit avoir vu Rome, usé mille pinceaux, beaucoup de couleur, et, en outre, avoir produit à cette école beaucoup d'œuvres dignes d'être louées, avant que de pouvoir être dignement qualifié artiste. »
COMMENTAIRE
« Il y a deux ans à peine, écrivait en 1881 M. le professeur Justi '\ on ne connaissait pas une seule œuvre qui permît de constater les changements survenus dans la manière de Scorel par le fait de son séjour en Italie. Il s'éloignait de Gossart et de Bernard van Orley en ceci, que déjà ses premiers travaux semblaient porter l'empreinte des influences italiennes. Depuis lors, heureusement, il s'est rencontré à Obervellach,
1. C'était une des portes de la ville; il y avait aussi la petite Porte du Bois.
2. Cette inscription était nécessairement indépendante du portrait qui est aujourd'liui au musée de Brunswick et constitue une des œuvres les plus importantes de Moro.
3. Jahrbuch der K. Preiissischeii Kunstsammlungen, tome II, page 199.
JEAN SCHOOREL
dans la Styrie, un splendide triptyque signé et daté, et le Scorel primitif, celui qui procède de Jacob Cornelisz, est apparu à nos regards, inlluencé tout au plus par son séjour passager à Nuremberg. Et tandis que Mabuse, dans sa jeunesse, se rattache à la branche idéaliste de l'ancienne école ilamande, Scorel marche avec Bernard van Orley dans la voie de l'individualisme et de l'abondance des détails et le devance même dans cette direction.
« En réalité, par cette œuvre nouvelle, tout ce que l'on connaissait du maître change d'aspect; c'est l'homme abandonnant soudain un riche domaine patrimonial et commençant une existence nouvelle sur une terre étrangère dont les mœurs et la langue lui sont également inconnues. L'œuvre est signée : Joannes Scorel Hollandais pictorie aniator pingebat, et datée de 020. »
Le tableau, large de i m. 41 c. et haut de i m. 39 c, représente la Famille de la Vierge. M. Alfred de Wurzbach lit : Johannes Scorel Hollandiiis pictor et viator faciebat. L'auteur y voit les portraits de la famille du donateur et, sous la figure d"un enfant, vêtu de la robe d'un pèlerin, croit reconnaître le peintre lui-même. « Le visage est remarquablement vieillot pour celui d'un enfant, dit-il, et je ne crois pas me tromper en supposant que Schoreel s'est représenté ici lui-même dans son costume de pèlerin de Jérusalem'. »
Quantité de motifs nous portent à rejeter cette supposition. La famille de la Vierge se compose, outre Marie et l'Enfant Jésus, de saint Joseph, de sainte Anne et de Joachim ; de Marie de Cléophas, de son époux Alphée et leurs enfants : saint Jacques le Mineur, saint Simon, saint Judas Thadée et saint Joseph le Juste; ensuite de Marie Salomé et de Zébédée, son époux, avec leurs enfants : saint Jean l'Evangéliste représenté sur les bras de sa mère et portant le calice symbolique ; enfin de saint Jacques le Majeur vêtu de son traditionnel costume de pèlerin. Normalement, donc, quatre hommes et quatre femmes avec leurs rejetons composent la scène. Pourtant, nous avons ici six hommes, précisément parce que le peintre a introduit dans le tableau l'image du donateur et la sienne propre : un jeune homme coitfé d'un chapeau à bords déchiquetés, que l'on voit du fond, derrière la Vierge. Le petit pèlerin placé à droite est tout bonnement saint Jacques le Majeur, et le peintre avait d'autant moins à se peindre lui-même sous ce costume, qu'il ne songea que plus tard au pèlerinage en Terre-Sainte, lorsque des compatriotes, qu'il trouva à Venise, l'engagèrent à se joindre à eux.
Les volets intérieurs ^ représentent Saint Christophe et Sainte Apolline, dont la gracieuse image rappelle peut-être les traits de la fille de Jacob Cornelisz, la bien-aimée du peintre. Les volets extérieurs : Une Flagellation et une Sainte Véronique, sont d'un autre peintre. Au revers, le panneau central porte la date i5 20 et les armoiries de Lang de Wellenburg.
Prenant comme point de départ le triptyque d'Obervellach, MM. Bode et L. Scheibler
1. Zur Rehabilitining Jan Schoreels : Zeitschrift fur bildende Kunst, tome XVIII, page 42.
2. Reproduits dans l'article de M. de Wurzbach. Une très belle eau-forte du panneau central, par M. W. Hecht, a été publiée par la Société viennoise de gravure.
3i8 LE LIVRE DES PEINTRES
restituent à Jean Schoorel une nombreuse série d'œuvres dont il peut être intéressant de reproduire la nomenclature '.
Alkmaar (musée). Portrait d'homme.
Amsterdam (musée, n° 32-). La Madeleine.
Amsterdam (musée, sans numéro'. La Reine de Saba '-.
Amsterdam (musée, sans numéros Bethsabée (?).
Bergame (musée, n» i i5, noir; n" 234, rouge;. Portrait d'un jeune garçon.
Berlin (musée, n" 644). Portrait de Corneille Aernt:^ Vanderdussen, secrétaire de Delft (i55o) =>.
Berlin (musée, n« 1202). Agathe de Schoonhoven.
Bonn (musée). Crucifiement, signé et daté de i53o.
Brunswick (collection ViewegV La Vierge et l'Enfant Jésus.
Bruges (hôpital Saint-Jean, n° Sg). Le Bon Samaritain (œuvre dite de Stradan '.
Dresde (musée, n° 599). David vainqueur de Goliath œuvre dite de Bronzino .
Düsseldorf (musée, n« i). Portrait de femme.
Harlem (musée municipal, n« io5). Adam et Eve.
Harlem (musée municipal, n« 106). Baptême du Christ.
Harlem (musée municipal, n» 104^. Portraits de pèlerins de Jérusalem.
Harlem (musée municipal, n^ lo-j). Sainte Cécile touchant de l'orgue ■'.
Harlem (musée épiscopal, n" 234). Crucifiement.
Hanovre (collection Culemann). Adrien VI (profil) ''.
Cologne (musée, no*40i et 402). Volets avec des donateurs et leurs patrons, d'itii de B. de Bruyn).
Cologne (collection Boden^i. Tobie avec l'Ange.
LoNGFORD Castle. Portrait d'un jeune homme.
L0UVAIN (salle du Sénat académique!. Portrait d'Adrien VI'.