Vasari, édition Lemonnier, tome XIII, page i
Au couvent des Chartreux, à Delft, il y a de Pierre Aertsen un Crucifiement , ayant à l'intérieur une Nativité, une Adoration des Mages, VEcce Homo et autres sujets analogues. Il existe plusieurs autres tableaux religieux de son pinceau dans diverses villes : à Louvain, à Diest et ailleurs, et dont il subsiste de nombreux cartons, vingt-cinq pour le moins.
A Amsterdam, on peut voir de lui quelques oeuvres. Chez un certain Jacques Walraven, il y a une Marthe, figures de grandes dimensions. A la cour de Hollande, chez maître Claes, les Disciples d'EmmaUs, également de grandes figures très bien peintes. Chez Jean Pietersz Reael, il y a des tableaux représentant VHistoire de Joseph, etc. De même à Harlem, chez Corneille Corneliszoon, peintre, il y a une Marthe, et au Bakenisse Gracht une Kermesse ^.
Dans les œuvres de petites dimensions, sa supériorité était moindre, mais dans les grandes, où réside la vraie valeur artistique, c'était un maître capital. Ses architectures, ses perspectives sont bien comprises, et il animait ses tableaux, selon la nature des sujets, en y introduisant des animaux, des mascarades, etc.
Il donnait fréquemment ses œuvres à vil prix, et les plus remarquables furent acquises par Jacques Raeuwaert.
Dans la Hollande septentrionale, à Warmenhuisen, il y avait aussi de lui un grand tableau d'autel, un Crucifix, où, notamment, on voyait un homme qui brise à coups de hache les jambes du larron. C'était traité avec beaucoup d'effet. Les volets extérieurs complétaient la composition.
En i566, la populace égarée détruisit cette œuvre à coups de hache, bien que la dame de Sonneveldt à Alkmaar en eût offert cent livres. Mais au moment où le tableau sortait de l'église pour être livré à cette dame, les rustres tombèrent dessus comme des furieux et anéantirent cette belle page.
Pierre déplorait souvent que les œuvres qu'il avait espéré léguer à
I. Tous CCS tableaux ont aujourd'hui disparu, à Texception d'un des volets du Crucifiement de Delft, vendu à Amsterdam, le 24 avril i8(Jo, avec plusieurs autres tableaux appartenant à la ville de Delft. Acheté par M. le chevalier Six van Hillegom, ce volet est aujourd'hui déposé à la Société royale des Antiquaires d'Amsterdam, où nous avons obtenu la faveur de le voir. Une Kermesse, de Pierre Aertsen, passa également en vente à Amsterdam en 1757. Nous supposons que le titre Marthe implique un intérieur où la sœur de Madeleine s'occupe des soins domestiques.
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PIERRE AERTSEN, DIT LE LONG. P"ac-similé de la gravure de H. Houdius.
la postérité fussent ainsi détruites, se laissant aller parfois, à ce propos, à employer un langage très violent et s'exposant de la sorte à des dangers. Il mourut à Amsterdam Tan i5j3, le 2 juin, âgé de soixantesix ans '.
11 laissa trois fils qui embrassèrent aussi la carrière artistique.
Pierre Pietersz, qui fut un très bon maître, adopta la manière de son père dont il était Félève; toutefois il s'appliqua beaucoup au portrait, par la raison que^ de son temps, on produisait peu de grands tableaux. Il peignit cependant la Fournaise ardente pour les boulangers de Harlem, œuvre d'une ordonnance extrêmement heureuse^. S'il avait voulu s'y appliquer il eût créé des œuvres surprenantes. Il mourut à Amsterdam en i6o3, âgé de soixante-deux ans.
C'était un homme réservé, disert, de grand sens et de savoir.
Le deuxième fils, Aert Pietersz, âgé d'environ cinquante-quatre ans, fut aussi de bonne heure un habile artiste, détourné par le portrait — un genre dans lequel il excelle — de peindre l'histoire, bien que ses dispositions le rendissent particulièrement apte à ce genre '^.
Théodore (Dirk) Pietersz, le plus jeune des fils, était de huit ans le cadet d'Alart. Il fut également peintre et élève de son père. Il habitait Fontainebleau, en France, et à l'époque de la dernière guerre y a malheureusement péri.
I. Le catalogue du muse'e d'Amsterdam nous apprend que le peintre fut enterré le 3i septembre, ainsi qu'il résulte d'une découverte de M. Scheltema.
L'épitaphe de Pierre Aertsen, conçue en vers, disait à peu près ceci : « Le maître-peintre Pierre le Long et ses deux fils reposent ici; ils atteignirent un âge 'avancé, leur nom sera célèbre parmi les artistes. MDCLXXV. » De Jongh, dans son édition de van Mander, dit iSy?.
De Meester Schilder Lange Pier Met beyd'zyn Soonen, Schilders hier Begraven, lang en oud bejaart Blyven noch al in kunst vermaart.
Anno MDCLXXV.
•2. Musée de Harlem, n" i. Daté de ibjb.
3. Il y a de lui un important tableau de corporation à l'iiôtel de ville d'Amsterdam. Dix-neuf personnages y sont réunis. Il est daté de iSgg. (Voyez Scheltema: Historische Beschrijving der Schilderijen van het Raadhuis te Amsterdam, 1879, page 32, et une Leçon d'anatomie du docteur Sébastien Egberts:; de Vry à l'Académie des Beaux-Arts d'Amsterdam.) Ce tableau, où vingt-neuf personnages sont réunis, est daté de i6o3 et signé du monogramme AP' et du trident. Aert Pietersz est mort à Amsterdam en 1612. (P. Scheltema, Historische Beschrijving der Schildcrijcn van het Raadhuis te Amsterdam (Verbetcrblad), Amsterdam, 1S79. )
PIERRE AERTSEN 359
Pierre Pietersz, Taîné des fils précites, a laissé, à son tour, un fils portant son nom et qui suit clignement comme peintre les traces paternelles.
COMMENTAIRE
Môme en Hollande, les œuvres de Pierre Aertsen sont devenues fort rares, ce qu'il n'est permis d'attribuer que partiellement aux destructions signalées par van Mander et qui malheureusement anéantirent les peintures les plus importantes du maître. Remarquons, toutefois, que Pierre le Long ne peignit pas exclusivement des sujets religieux ; qu'en réalité les scènes de mœurs occupent une place très considérable dans son œuvre; qu'il ne lui déplaît pas de combiner les épisodes de l'histoire sacrée avec la représentation de la vie populaire de son temps.
Il existe, par exemple, une série de cinq estampes gravées par Jacques Matham d'après Pierre Aertsen ', œuvres du plus grand mérite, dans lesquelles le peintre a relégué à l'arrière-plan les Disciples d'Eminaiis, la Parabole du Maître de la vigne, le Festin du mauvais riche, tandis que la partie essentielle de l'œuvre est occupée par des marchés aux légumes, aux fruits, aux poissons, etc. Ce système, que nous avons vu pratiquer déjà par Joachim Beuckelaer, permet de croire que plus d'une peinture attribuée à ce dernier émane, en réalité, du pinceau de son maître. Beuckelaer eut une carrière fort courte et besogneuse ; il fut le collaborateur de plus d'un des maîtres de son temps; il n'est donc pas du tout impossible que, sous son nom, se dissimulent, en réalité, des peintures de Pierre Aertsen.
11 nous a paru utile de grouper en un ensemble les tableaux existants de Pierre Aertsen en complétant la liste par un relevé des peintures que mentionnent d'anciennes sources. Nous laissons de côté, dans cette nomenclature, les œuvres portées par van Mander comme détruites :
Amsterdam (musée, n° 2). La Danse des œufs. i55j.
Amsterdam (Société royale des Antiquaires). Volet du retable de Del/t.
Anvers (musée, n° 2). Le Criicißeiuent.
Anvers (hospice Vander Biest). Crucifiement, triptyque. (Commandé en 1546.)
Anvers (collection van Lerius). Marché. (Cité par M. vanden Branden, page 167.)
Berlin (musée, no 719). Jeune femme portant un enfant.
Berlin (musée, n° 726). Portement de croix. (22 décembre i552.)
Bruxelles (musée, n° i531. Une Cuisinière.
Cassel (musée, no 81). Etalage de légumes avec une femme tenant une oie.
Copenhague (musée, n« 3). Cuisine avec six figures. (Signé JE. 1572.)
Naples (musée, salle V, no i5). Marché de fruits et de volailles.
Naples (musée, salle V, no 18). Marché de fruits et de fleurs.