Artiste également oublié
7. Un vander Mast est inscrit k la gilde des peintres de La Haye en i58o. L'absence de tout prénom nous met dans l'impossibilité de savoir s'il s'agit de notre artiste. Dirk vander Mast, admis à Delft, parmi les peintres en 1627, comme^/5 de maître, est probablement un fils de Herman. Quant à ce dernier, M. Kramm dit avoir trouvé la mention d'un dessin de lui dans le catalogue de la collection Ploos van Amstel. C'était un Mitcins Sccvola.
HERMAN VAN DER MAST 35i
détail. Le maître, montant à Tatelier, dit à Télève : « Je vois que tu n'as pas travaillé fort assidûment puisque les araignées viennent salir ta peinture », et il prit son chapeau pour chasser Tinsecte. Comme celui-ci ne s'en allait pas, il s'aperçut qu'il était peint et, tout confus, recommanda de le laisser.
Le lendemain van der Mast montra la chose à son condisciple Geldorp • et raconta la méprise du maître, rappelant, par manière de plaisanterie, que Zeuxis avait trompé des oiseaux, tandis que lui avait trompé son propre maître, mais Geldorp n'en voulut rien croire Jusqu'à ce qu'il eût lui-même constaté la chose.
Van der Mast alla se fixer à Paris où, pendant deux ans il habita chez l'archevêque de Bourges, peignant pour lui un Saint Sébastien^ tableau dans lequel il introduisit la mule du prélat, et une grande diversité de plantes exécutées d'après nature et faites avec tant de soin que le médecin du roi les nomma toutes.
Le succès de l'œuvre fut tel que Ton demanda à l'évêque son peintre, qui passa au service de M. de la Queste, chevalier, président et procureur général du roi de France. On lui fit si bon accueil qu'il conserva son emploi pendant sept ans et fut quatre ans écuyer de la femme de son maître, qui était une des dames de la reine, de sorte que, partout où elle allait, il l'accompagnait dans son carrosse et qu'un soir, à une mascarade, la reine mère lui remit l'épée en exprimant le désir qu'il la portât en signe de noblesse, ce qui eut lieu en présence de sa dame (à la demande de laquelle la chose s'était faite), et de plusieurs autres dames et seigneurs. Toutefois, cette grande façon de vivre fut cause qu'il progressa peu. S'il avait persévéré dans la vie adoptée à ses débuts, il aurait atteint un plus haut degré de perfection dans le portrait ~.
1. Le peintre Geldorp Gortzius, né à Louvain en i553, mort à Cologne en 1611, selon M. van Even, en 1616 ou 1618, selon M. Merlo, ne vint à Anvers qu'en iSyo ; c'est donc postérieurement à celte date que vander Mast partit pour la France. Voyez sa biographie, tome II, chapitre xxvii.
2. La partie de la carrière de vander Mast qui s'e'coula en France parait avoir complètement e'chappé aux historiens d'art. Ni dans les Archives de l'art français, ni dans le Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, de Jal, ni dans la Renaissance des arts à la Cour de France, du comte de Laborde, le nom de vander Mast n'apparaît. Aucune Galerie française— ni aucune autre d'ailleurs, — ne parait avoir recueilli une œuvre de ce favori de la fortune. Le portrait de Jean de la Gueste, gravé
Damien de Gouda. — Daniien de Gouda fut un autre disciple de Floris; il devint archer du roi d'Espagne'.
Jérôme van Vissenacken, Etienne Croonenburgh, Thierry van der Laen. — Jérôme van Vissenacken^, Etienne Croonenburp-h, de La Haye^ Thierry van der Laen, de Harlem ^ Ce dernier se fit du renom comme peintre de petits sujets, ayant été d'abord l'élève de Martin van Cleef.
J'abandonne à la renommée beaucoup d'autres bons peintres dispersés en Espagne et ailleurs^.
Lampsonius s'adresse à Frans Floris à peu près en ces termes :
Si tu n'avais, Floris, toi qui créas tant d'œuvres.
Comme la clémente Nature te le permit,
Préféré produire beaucoup à longtemps t'arréter.
Ne cherchant pas le long labeur de la lime,
Je m'écrierais : « Peintres, inclinez-vous, quel que soit votre pays.
Que vous soyez d'autres temps ou du nôtre ! »
Et Lucas De Heere, son élève dévoué, fit à sa louange le quatrain que voici :
Tandis que par votre art vous faites pâlir le nom d'Apelle,
Lorsqu'on loue un peintre, lui donnant plus de gloire.
Le comparant à vous, quel renom même vous revient,
Si ce n'est celui de Floris? Car ainsi l'on nomme le plus grand des peintres!
par Léonard Gaultier, fait partie de la fameuse « Chronologie collée » ou Portraits de plusieurs hommes illustres qui ont flory en France depuis l'an 1 5oo jusques à présent.
Il est utile de rappeler qu'au temps de van Mander, vander Mast était rentré à Delft.
I. Non mentionné par les auteurs espagnols ni les étrangers qui se sont occupés de l'histoire de l'art en Espagne: Stirling, Passavant, Meisel, Viardot, etc.
•2. Admis comme fils et maître k Anvers en iSyg. En 1616 et 1617, il recevait encore des élèves.
3. Le musée de Madrid possède quatre portraits importants de dames hollandaises (n"' iSoy-iSio), provenant de la Galerie de Philippe IV. On les attribue à Anna van Croonenhurg, sur la foi d'anciens inventaires, et l'on ajoute que l'auteur appartenait à l'école hollandaise du xvi" siècle. C'est la seule fois que le nom de Croonenhurg apparaît dans un catalogue.
4. Pas plus à Anvers qu'à Harlem ce nom ne figure dans la liste des peintres ayant appartenu à la gilde de Saint-Luc. C'est peut-être le père de vander Eamen, Christophe, excellent peintre de genre dont van Dyck nous a laissé le portrait.
5. Martin de Vos doit être également mentionné parmi les élèves de Frans Floris. \'oir sa biographie, tome 11, chapitre xxi.
PIERRE AERTSEN
EXCELLENT PEINTRE d\\ MSTE RD AM '
Pierre Pietersz. — Aert Pietersz. — Théodore (Dirk) Pietersz. — Pierre Pietersz (II).
C'est chose merveilleuse et inexplicable que la façon dont Nature sollicite les jeunes gens à se vouer, à Tinsu de leurs parents ou malgré eux, à l'étude d'un art ou d'une science, et cela pour le plus grand bien de ces mêmes jeunes gens. Il en fut ainsi de Pierre Aertsen, le célèbre peintre d'Amsterdam, que sa haute taille fit surnommer « le Long ». Et son mérite ayant porté au loin sa renommée, les Italiens le surnommèrent Pietro Linigo, ce qui veut dire également Pierre le Long, ce mot long ne devant pas être pris pour un nom patronymique.
Il naquit à Amsterdam en i5i9~. Ses parents, qui étaient originaires du district de Purmer, habitaient Amsterdam. Le père voulait que son fils suivit le métier paternel, c'est-à-dire celui de chaussetier, tandis que la mère tenait à ce qu'il satisfît à son penchant pour l'art, disant : « Dussé-je gagner l'argent par mon rouet, il sera peintre. »
On le mit donc en apprentissage chez Alart Claessen, un des meilleurs peintres d'Amsterdam et dont il existe encore, dans les locaux des confréries de cette ville, plusieurs portraits-'.
Pierre eut bientôt une manière vigoureuse et large ; il abordait librement toute chose et se fit par son art une grande réputation. Agé
1. Le catalogue du musée d'Amsterdam le nomme Pierre Aryaensz, fils d'Adrien.
2. On verra que van Mander se trompe ici, car il déclare, — ce qui est exact, — que le maître mourut, âgé de soixante-six ans, en juin iSyS. Le catalogue du musée d'Amsterdam dit que Pierre le Long fut inhumé le 21 septembre iSyl-î. Quoiqu'il en soit, la date de la naissance du peintre doit être fixée à i5o7, ce qui, d'ailleurs, concorde assez bien avec une déclaration faite k Anvers en 1542, par Pierre Aertsen, et d'après laquelle il avait alors trente-quatre ans. (Voy. vanden Branden, page 160.)
3. II ne s'agit pas, sans doute, d' Alart Claeszoon de Leyde, qui ne parait pas avoir jamais habité Amsterdam.
de dix-sept à dix-huit ans, à Tépoque où le château de Boussu dans le Hainaut était dans toute sa splendeur, il se mit en route pour voir les belles peintures qui y étaient réunies, muni d'une lettre de Técoutète d'Amsterdam*. De là il alla à Anvers et y demeura chez un certain Jean Mandyn, un Wallon. Je crois cependant qu'il y eut un autre artiste de ce nom, originaire de Harlem, qui faisait de très jolis tableaux dans la manière de Jérôme Bosch, et touchait une pension de la ville d'Anvers -.
Pierre se maria à Anvers et entra dans la gilde des peintres en i533-^ Il se mit à peindre des cuisines garnies de toutes sortes de provisions, le tout si bien fait d'après nature, qu'on eût dit la nature même. Par la pratique constante de ce genre, il devint le peintre le plus adroit qu'il y ait jamais eu dans l'emploi des couleurs, et cette habileté s'est conservée dans sa famille.
Il faisait peu de cas de lui-même et avait une tournure des plus rustiques, de sorte que nul ne se fût douté qu'il était un si grand artiste si ses œuvres ne l'avaient attesté d'une manière éloquente.
Il y avait de lui un intérieur de cuisine, plus tard acheté par Ravaert d'Amsterdam et où était peint d'après nature son second fils, alors enfant, Aert Pietersz, qui vit encore. Dans cette cuisine on voit, entre autres choses, une tête de bœuf écorchée comme à l'étal des bouchers ^ Ce fut cette œuvre qui valut au peintre la commande du tableau du maître-autel de la Vieille-Eglise, ou église Notre-Dame, à Amsterdam.
Il se fit que Pierre, s'étant rendu à Tendroit où devaient se réunir les membres de la fabrique, pour traiter avec lui, et étant assis
1. Ce château ce'lèbre, appartenant aux Hennin Liétard, avait eu pour architecte Jacques du Brœucq. La première pierre fut posée en mars i53q. Charles-Quint, en 1544, et Philippe II, en i540, logèrent à Boussu. Une tradition prétend qu'après une dernière visite de Charles-Quint, en i554, le seigneur de Boussu mit le feu à son manoir sous les yeux de son souverain. II est beaucoup plus probable que la destruction eut lieu pendant la guerre avec la France, en i555. Nous n'avons pas le détail des peintures qui se trouvaient réunies à Boussu.
2. Van Mander se trompe; c'est bien de Jean Mandyn, hollandais, comme Pierre Aertsen, qu'il s'agit. Voir ci-dessus, chapitre v.
3. On sait qu'il épousa Catherine Beuckelaer, tante du peintre de ce nom, en l'année 1542; l'admission de Pierre Aertsen à la maîtrise eut lieu en i535.
4. La concordance de cette description avec le tableau du musée de Naples, attribué à Joachim Beuckelaer, permet de se demander si l'attribution à ce dernier est légitime.
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près du foyer, Ton demanda s'il ne viendrait pas, ne sachant que c'était lui. Il y avait là, entre autres, le bourgmestre Josse Buyck, un personnage considérable, le même qui reçut, au nom de la ville, le serment du roi Philippe d'Espagne', lequel, l'ayant questionné, apprit qu'il était le peintre qu'on attendait et le fils d'Aert Pietersz, le chaussetier. « Alors, dit-il, si vous êtes aussi bon peintre que votre père était bon chaussetier, vous êtes un grand artiste ; car, depuis la mort de votre père, je n'ai trouvé personne qui me satisfit comme lui. »
Le panneau central du tableau représentait la Mort de la Vierge, et les volets intérieurs complétaient la composition. L'extérieur représentait y Adoration des Mages ^ grande et excellente création, d'une carnation chaude et d\m beau coloris. Vasari dit que cette œuvre avait coûté deux mille couronnes '.
Il reçut ensuite la commande du tableau du maître-autel de l'Église- Neuve d'Amsterdam, que l'on avait d'abord offerte à Michel Coxcie, de Malines, lequel ayant vu l'œuvre habile que Ton vient de décrire, et apprenant la somme modique qu'elle avait coûté, fut frappé d'étonnement et dit : « Celui qui a su faire ceci fera bien aussi l'autre tableau », et se retira.
Le tableau de l'Eglise -Neuve représentait une Nativité, avec quatre volets représentant à l'intérieur V Annonciation, la Circoncision^ Y Adoration des Mages^ etc. ; à l'extérieur, la Décollation de sainte Catherine. Le carton de ce tableau, grand comme l'original, existe encore à Amsterdam. C'était une œuvre magistralement et virilement touchée, les nus, etc., très travaillés, d'après le dessin, et si soigneusement qu'à distance, comme il le fallait, l'efïet était grandiose. Je ne crois pas qu'il soit possible de voir une exécution ou un coup de pinceau plus mâle.
Ce souvenir si mémorable d'un grand maître fut anéanti par des mains brutales, au grand dommage de l'art, avec bien d'autres œuvres de son auteur, notamment un grand et beau retable à volets.
1. Son portrait anonyme est au rnusJe de Rotterdam, n" 358. Il y a aussi un admirable portrait gravé par Jean Malier.