ROGER DE BRUGES
PEINTRE
Avant que la fameuse ville de Bruges ne fiit tombée en décadence par le transfert, en Tan 1485, de son négoce à l'Écluse et à Anvers (la prospérité en ce monde est chose éphémère!) elle compta parmi les successeurs de Jean van Eyck divers génies éminents. 11 y eut, entre autres, certain Roger qui devint l'élève de Jean.
Selon toute probabilité, Jean, à cette époque, était déjà d\in âge avancé, car il garda le secret de la peinture à Thuile jusqu'à sa vieillesse, personne n'étant admis à pénétrer dans le lieu où il travaillait. A la fin, pourtant, il initia son élève Roger à la connaissance du nouveau procédé.
On voyait jadis dans les églises et les maisons de Bruges un grand nombre d'œuvres de ce Roger, qui était bon dessinateur et peignait d'une manière très gracieuse, tant à la colle qu'à l'albumine et à l'huile.
On faisait à cette époque des toiles de grandes dimensions, historiées de personnages, et que l'on tendait dans les appartements à la façon des tapisseries. Ces toiles étaient peintes à l'œuf ou à la colle. Roger était un bon maître en ce genre et je crois avoir vu de lui, à Bruges, certaines de ces toiles qui, pour le temps, étaient des plus remarquables et dignes d'être louées.
En eflfet, pour produire des choses pareilles, il faut être habile dessinateur et un homme entendu. Celui qui aborde de tels travaux pourra se convaincre sans peine qu'on n'obtient pas aussi facilement un bel effet en grand qu'en petit.
Je ne sais rien touchant la mort de cet artiste, attendu que
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la renommée le fait vivre encore et que Texcellence de ses œuvres a rendu son nom impérissable ^
COMMENTAIRE
La biographie qui précède concerne naturellement Roger vander Weyden, auquel van Mander consacre plus loin une notice beaucoup plus étendue-. La méprise a l'avantage de nous montrer Temploi que notre auteur faisait du livre de Vasari, qui lui-même répétait ses prédécesseurs italiens. Dans sa première édition (i55oi, à propos de la peinture à Thuile, Rugieri da Briiggia est cité comme l'élève auquel van Evck transmit directement le secret de ses procédés de peinture.
En 1567 parut la Description des Pays-Bas de Guichardin, utilisée, comme on sait, par l'historien de la peinture italienne dont la seconde édition date de i568. Toutefois, en complétant son œuvre, Vasari laissa subsister son premier texte. On verra par les mots qui accompagnent la biographie de Roger vander Weyden ce qu'il faut croire de sa qualité d'élève de Jean van Eyck. Il importe de faire observer, dès à présent, que déjà en 1846 M. Alph. Wauters avait établi l'identité de Roger de Bruges et de Roger vander Weyden •'.
1. M. Alexandre Pinchart, dans l'excellent travail qu'il a consacré à Roger de la Pasturc (Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie, tome VI, 1867, page 408), observe que van Mander, par la plus étrange des aberrations, considère Roger de Bruges comme vivant encore à l'époque où il écrit, bien qu'il envisage le maître comme un élève de Jean van Eyck. Nous pensons avoir rendu la phrase finale de la biographie comme elle figure dans le texte original. Van Mander n'a rien appris touchant la mort de Roger qui, du reste, est immortel par l'excellence de ses œuvres. Tel est, à notre avis, le sens réel de la phrase.