Voir ci-dessous chapitre viii
3. Roger vander Weyden appelé aussi Roger de Bruges, le Gantois ou de Bruxelles; Messager des sciences historiques de Belgique, 1846, page 127.
C'est chose commune, tout au moins fréquente, que lorsqu'on a vu un homme distingué dans notre art moissonner les honneurs et la fortune, les parents dirigent plus volontiers leurs enfants vers l'étude de la peinture. Pour ce motif, Jean aurait certainement reçu de nombreux élèves, mais il semble qu'il n'y a point tenu.
Il en eut un, pourtant, du nom de Hugues vander Goes, lequel, étant doué d'une grande intelligence, devint un peintre hors ligne. Son maître lui enseigna la pratique de la peinture à l'huile. Les travaux de Hugues ont vu le jour vers 1480'.
Il y avait de lui, à l'église Saint-Jacques, à Gand, un très joli petit tableau, appendu à un pilier. C'était l'épitaphe d'un certain Wauter Gaultier. L'intérieur représentait une Vierge assise, vue de face, tenant l'Enfant Jésus. Cette peinture pouvait mesurer, au plus, un pied et demi. Je l'ai souvent contemplée en admirant sa délicatesse, le précieux fini des herbes et des cailloux dont le chemin était semé. Il fallait surtout admirer la grâce pudique du visage de Marie, car cet ancien excellait à donner aux saints personnages une pieuse dignité'^.
1. Vasari et Guichardin le nomment Hugues d'An\'ers; il est établi que Hugues était natif de Gand. Les comptes de la ville de Louvain, pour l'année 1479-1480, mentionnent le maître comme étant intervenu en 147S à titre d'expert dans l'estimation des toiles de Thierry Bouts et le disent Gantois. Hugues vivait encore à cette époque. {Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 1° période, tome XIII, page 341, et De Busscher, Recherches sur les peintres gantois, page 114. 1859.)
2. Il est peu vraisemblable que Hugues ait été l'élève de Jean van Eyck;ses débuts ne paraissent pas devoir être de beaucoup antérieurs à 1450.
3. Il s'agit sans doute du tableau actuellement conservé à la Pinacothèque de Bologne, n" 282 du catalogue; nous l'avons décrit dans le Bulletin des commissions royales d^art et d'archéologie, 1879, page i5. Marcus van Vaernewyck parle de cette œuvre dans des termes analogues à ceux de van Mander. (Historie van Belgis, page 120.) La Vierge de Saint-Jacques fut sauvée de la destruction, en i566, par le messager du Serment de l'Arc. ;Alph. Wauters, Biographie nationale de Belgique, tome VIII, page 42.)
On voyait, clans la même église, un vitrail de la Descente de croix^ œuvre si belle que je doute si le dessin était de lui ou de son maître Jean.
Au couvent des Frères de Notre-Dame, à Gand, il y avait encore de Hugues, un retable de la légende de Sainte Catherine^ une fort belle œuvre, bien qu'elle fût de la jeunesse du maître.
Il existe également de Hugues une création particulièrement remarquable et que les artistes et les connaisseurs admirent à juste titre. Elle se trouve à Gand, dans une maison environnée d'eau, près du petit pont de la Muyde. Cette maison est occupée par Jacques Weytens et la composition est peinte à l'huile, sur le mur, au-dessus du foyer. Le sujet, emprunté à l'histoire de David, retrace le moment où Abigdil vient au-devant du roi.
On ne se lasse point de considérer le pudique maintien de toutes ces femmes, leur modeste et doux visage, chose très salutaire à voir et que les peintres de notre temps feraient bien de donner en exemple aux femmes qu'ils prennent pour modèles.
David, à cheval, est plein de dignité ; bref, autant comme dessin que comme conception, agencement et efi'et, c'est une œuvre excellente.
La tradition veut que l'amour ici se soit mis de la partie et que Cupidon guida la main de l'artiste, conjointement avec sa mère et les Grâces, car Hugues, qui était encore garçon, courtisait la fille du logis et donna place, dans la composition, à son image peinte d'après nature '.
Lucas de Heere a fait, à la louange de ce morceau accompli, une pièce de vers qu'il met dans la bouche d'une des femmes, et que voici :