‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 2 sur 218 · I. Probablement un fils de van Mander · texte numérisé non relu

I. Probablement un fils de van Mander

INTRODUCTION i5

se prosternent devant Baal Peor. Le peintre y a introduit des cavaliers et une pièce d'eau où des personnages se baignent et commettent des impuretés. Au fond, dans une cabane, Phinéas et la femme moabite sont transpercés. En faisant cette œuvre, le maître a eu en vue un but spécial connu de M. Putmans, joaillier, qui dit que c'est à sa demande que le tableau a été peint... Outre cela, on ne trouva que des ébauches. »

Au musée épiscopal de Harlem se trouve également un tableau de van Mander : la Nativité^, bonne composition, d'un coloris fort agréable. Nous savons par le biographe du peintre qu'il fut appelé deux fois à exécuter ce sujet pour des amateurs de Harlem, ce qui vient à l'appui de notre attribution.

L'inventaire des tableaux de Charles de Crov, duc d'Arschot, dressé en i6i3, mentionne une peinture sur bois, d'environ sept pieds de long sur quatre de haut, « contenant r Histoire de la femme paillarde condamnée par les Jnifs^ protégée et défendue de la lapidation par Notre-Seigneur, représentée par plusieurs personnages, somptueux édifices et palais; de la main de K. V. Mander -. »

Cette description détaillée permettra peut-être de retrouver un jour le tableau.

Pour les fabricants de tapisseries de Delft, pour les tisseurs de nappes, van Mander livra de nombreux cartons : « Des salles entières de tentures «, dit le biographe, furent exécutées pour Spierincx ■'. Puis les peintres verriers recoururent à son talent d'ornemaniste; il fut, en somme, très occupé.

Si les tableaux de van Mander sont rares, il n'en est pas de même des estampes exécutées d'après ses dessins, relativement assez nombreuses. On ne peut contester qu'elles ne révèlent un homme singulièrement au fait de la pratique de ce genre de créations, et, en définitive, un compositeur agréable, bien que très maniéré.

On lui attribue aussi une eau-forte, planche très rare; mais cette oeuvre est datée de Copenhague, le 4 mai i63i, et elle procède par conséquent du petit-fils de notre auteur.

Van Mander mourut, comme nous l'avons dit, le i i septembre 1606. Le biographe fait de sa dernière maladie et de ses funérailles un récit d'une émouvante simplicité. « Carel était, dit-il, fort tourmenté d'un mal dont il espérait pouvoir triompher par sa propre intelligence; mais, comme son état s'aggravait de jour en jour, il recourut à un médecin qui, présumant trop de son savoir, fit prendre au malade un tel nombre de pilules purgatives qu'on le vit rapidement dépérir, contrairement à l'attente du praticien, plus prodigue de promesses que de secours. Mais le Ciel avait décrété que tout remède serait vain; c'est un problème de vivre quand la mort est là.

« Les frères du malade se désolaient à bon droit. Voyant les spasmes que provoquait chez lui la souffrance et constatant d'autres symptômes alarmants, tels que le refroidissement des extrémités, le ralentissement du pouls, l'affaiblissement de la vue et la décoloration du nez, Adam lui dit : « Frère, votre état me semble grave. » Il reçut cette réponse : « Tant mieux; nul ne peut comprendre ce qu'est l'agonie. »

2. Pinchart, Archives des arts, sciences et lettres, tome 1°', page 161.

3. Ce fut surtout le tils de van Mander qui exécuta pour Spierincx, à Delft, des cartons de tapisseries.

i6 LE LIVRE DES PEINTRES

(( La nuit fut agitée; vlM's le jour on rappela le docteur tout surpris de voir l'état de son malade et qui allait redisant : « Il n'y a nul danger, vous ne connaissez pas « son mal, il en reviendra »; paroles d'un homme dont la sagesse n'est que folie, dans une matière qui échappe à notre entendement! Il prescrivit encore une potion à laquelle le nialade avait à peine touché qu'il fut pris du frisson. On chercha vainement à ramener en lui la chaleur à l'aide de couvertures chauffées; la vue s'affaiblit de plus en plus et la parole s'arrêta. On prodigua au mourant les paroles de consolation, lui disant de penser aux mérites de Jésus-Christ, l'agneau sans tache, qui efface les péchés du monde; son fidèle ami, Jacques Razet, dit Vin manus tuas commendo... Il resta un temps immobile, poussant de profonds soupirs. Quand il se portait bien, plus d'une fois on l'avait entendu dire : « Quand la mort vient, il n'y a autre chose à faire qu'à rester « tranquille et à mourir «; c'est ce qu'il fit en gémissant et en râlant, le regard fixe, le front et le nez décolorés. Les assistants étaient à genoux, priant le Seigneur de le recevoir dans sa miséricorde. C'était le 1 1, à midi.

« Pendant la durée de sa maladie il s'était désintéressé de tout, n'avait fait quant à sa femme et à ses enfants aucune recommandation, ne les avait confiés à personne. Il laissait une veuve et sept enfants en vie; trois autres étaient morts.

« Le mercredi, le cadavre, le front ceint de lauriers, fut mis dans le cercueil; huit hommes le chargèrent sur leurs épaules et, suivis d'un cortège de plus de trois cents personnes, le portèrent à la grande église, où l'inhumation se fit sous une pierre, à gauche du chœur, à un pas environ du mur de l'extrémité sud-est, non loin d'un petit pilier attenant au mur, le corps placé dans la direction du sud. »

Les honneurs funèbres rendus à van Mander disent assez la haute estime dont la Hollande avait appris à entourer sa personne et ses travaux; son livre, qui lui créait des titres impérissables à la gratitude du peuple au milieu duquel s'étaient écoulées les années les plus heureuses de son existence, reflétait aussi à chaque page la dignité, l'élévation des vues et l'inébranlable amour de la vérité de l'homme qui venait de disparaître.

En 1609, le même Pasquier van Westbusch qui avait été l'éditeur du Livre des Peintres réunit, en un ensemble, les élégies composées sur la mort de van Mander L Le latin et même le grec devaient redire à la postérité toute l'étendue du deuil de la nation.

Monument éphémère, auquel a survécu le livre que nous entreprenons de rééditer, avec la conviction de rendre encore service à ceux que préoccupe le glorieux passé de l'Ecole néerlandaise.

Le nom de Carel van Mander se transmettait au fils aîné du maître, peintre comme lui. En 161 7, à l'époque où paraissait la biographie de son père dont il avait été l'élève, Carel van Mander II était fixé à Delft et y travaillait surtout pour Spierincx, le fabricant de tapisseries -. Une commande importante du roi de Danemark, Christian IV,

1. Epitaphien often grafschriften gemaeckt op liet afsterven van Carel van Mander.

2. L'Art a reproduit une de ses tapisseries appartenant au prince DemidofF. 1880, tome I", page 41. Une autre fort belle tenture, signée K. Mander fecit an i6ig, figura à l'E-xposition d'Arts industriels de Bruxelles en 1884. Elle représentait l'Incendie de Rome, et appartenait à M. Léon Somzce.

procura à van Mander l'occasion de se rendre à Copenhague. Un contrat existant aux archives de cette ville, et publié il y a quelques années \ a fait connaître que vingtsix grandes tentures, représentant des épisodes de la guerre contre les Suédois, furent exécutées à Delft, d'après les cartons de van Mander le jeune, pour orner le château de Frederiksborg. Carel mourut à Delft, en 1623, laissant un fils nommé Garel encore, lequel fut, à son tour, un peintre distingué au service du roi de Danemark. Il était parti fort jeune pour Copenhague, avec sa mère, en vue d'y terminer des affaires restées en souffrance par la mort du chef de la famille. Le troisième Carel van Mander était surtout portraitiste ; ses œuvres se conservent encore dans les palais et les musées de Copenhague. Il peignit un portrait de Vondcl, ce qui a fait supposer qu'il séjourna au moins quelque temps en Hollande.

Poète comme son aïeul, Carel chanta... le tabac à priser! Il mourut à Copenhague en 1672, transmettant à son fils le prénom illustré par trois générations d'artistes-.

Carel van Mander IV fut un habile facteur d'instruments de précision et devint le père d'un cinquième Charles, capitaine danois et bon graveur.

Enfin, en 1748, brillait sur la scène danoise Odile van Mander, qui devint par son mariage M"!« Linckwitz et mourut en 1769.

Ces précieux renseignements ont été recueillis par le docteur Burman Becker, de Copenhague, et transmis par lui à la Société historique d'Utrecht, en i856.

Nous avons dit que van Mander eut pour élève Frans Hals. Outre ce peintre eminent, il forma Jacques de Mosscher, admis à la gilde de Harlem, en iSgS^, Evert Krynsz. Vander Macs, inscrit à la gilde de La Haye, en 1604'', Jacques Martensz, François 'Venant, Corneille Enghelscn Verspronck, et d'autres dont les œuvres ne sont pas venues jusqu'à nous.

1. Kronyk van het historisch GenootscHap gevestigd te Utrecht, tome III, page 62, i856; page 326,

2. Par une communication de M. Weale, nous apprenons que M. le docteur Théodore Gaedertz, à Lübeck, possède le portrait de Carel van Mander III, celui de sa femme et de sa belle-mère.

3. Vander Willigen, les Artistes de Harlem, page 227. Harlem, 1870.

4. Obreen, Archief voor nederlandsche Kunst geschiedenis, tome III, page 260.

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