‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 59 sur 218 · ROGER VANDER WEYDEN · texte numérisé non relu

ROGER VANDER WEYDEN

par Roger vander Weyden, que nous avons insérée dans le Bulletin des commissions d'Art et d'Archéologie de 1881.

L'Anonyme de Morelli parle d'un portrait de- Roger de Bruxelles peint par luimême en 1466 « au miroir», et qu'il eut l'occasion d'admirer à Venise, en i53i, chez Jean Ram, un collectionneur d'origine espagnole. Ce portrait, c[ui passa plus tard en Angleterre dans la collection du poète Rogers, n'est autre que le n" 043 de la National Gallery, provenant de la collection Aders et donné aujourd'hui comme l'effigie de Memling dans le costume de l'hôpital de Bruges. MM. Crowe et Cavalcaselle y voient, au contraire, un portrait de Thierry Bouts, de la main de ce maître. M. Pinchart avait fait ressortir déjà la coïncidence de date, etc., de cette peinture avec l'annotation de l'Anonvme. Il nous paraît à peine douteux, qu'en eti'et, le tableau de la Galerie de Londres ne soit l'œuvre mentionnée par le voyageur italien. D'autre part, si l'on se reporte au tableau de l'église Saint-Pierre, à Louvain, oti figure le personnage que l'on a tout lieu de croire être l'auteur de l'œuvre, il est difficile de n'être pas frappé de l'analogie de type du prétendu Memling de Londres avec le Bouts supposé de Louvain '.

I. Il existe une lithographie par de Vlamynck, d'après le tableau de la Galerie Nationale.

JACOB CORNELISZ

PEINTRE CÉLÈBRE d'oOSTSANEN, DANS LE WATERLANDT*

La prospère ville d'Amsterdam n"a pas médiocrement à se glorifier d'avoir compté de très bonne heure, parmi ses habitants ou bourgeois, un homme aussi entendu dans l'art de manier le pinceau que le célèbre Jacob Cornelisz, d'Oostsanen dans le Waterlandt. Je ne saurais préciser la date de sa naissance, mais je sais qu'il fut, en i5i2, le second maître de Jean Schoorel-.

A cette époque il était déjà fort habile et avait de grands enfants, notamment une fille âgée d'une douzaine d'années, ce qui nous permet de calculer approximativement l'âge de l'artiste. Jacob était né à Oostsanen, village du Waterlandt.

J'ignore comment il a pu se faire que, procédant d'une famille de campagnards, il a pu devenir artiste, mais je sais qu'il fut bourgeois d'Amsterdam et qu'il finit sa carrière dans cette ville.

Dans la vieille église d'Amsterdam, il y avait de lui un beau tableau d'autel représentant la Descente de croix, peinture remarquable et soigneusement exécutée. On y voyait une Madeleine agenouillée près d'un linceul posé à terre, avec de nombreux plis et cassures, le

1. Jacob Cornelisz est le maître du monogramme \ J$KJ\. bien connu des iconophiles. On sait que Bartsch donnait ce monogramme à Jean Walter van Assen, tandis que Nagler {Monogrammisten} prétend y voir la marque d'un Jean van Meren d'Anvers, inscrit en i3o5, à la gilde de Saint-Luc de cette ville. Les rédacteurs du catalogue du musée d'Amsterdam voient simplement, dans les lettres conjuguées de la signature du maître, un signe conventionnel destiné à former, avec l'ensemble, l'indication Jacobus Amstclodamensis. Le lieu natal du peintre, Oost-Zaandam, est un village au nord de l'Y.

2. D'après le catalogue du nuisée d'Amsterdam, Jacob Cornelisz aurait vu le jour vers 1480 et serait mort vers i55o. On donne comme de son pinceau une œuvre datée de i556 et existant à l'hôtel de ville d'Amsterdam. C'est un groupe fort reniarquable de seize personnages à mi-corps. Voyez P. Scheltema, Historische Besclirijving der Schildcrijen v.in lict Rx.id'iuis te Am^tcrd.vn, n" 3o. Amsterdam, iSyg.

JACOB CORNELISZ 109

tout d'après nature, selon la coutume constante adoptée par Tartiste pour ses draperies'.

Dans la même église étaient les Sept œuvres de miséricorde^ fort habilement traitées. Presque tout cet ensemble périt au temps des iconoclastes. Ce qu'il reste du tableau mentionné ci-dessus se conserve à Harlem, chez Corneille Suycker, à l'enseigne de la Grande Oiirse^ avec d'autres objets. 11 y a surtout une page très remarquable de la Circoncision^ extraordinairement bien faite et soignée, portant la date de i5i7, ce qui nous dit l'époque où florissait l'artiste -.

A Alkmaar, chez la veuve van Sonneveldt, une descendante de la famille de Nyeborgh, il y a de lui une œuvre qui surpasse toutes les autres. C'est une Descente de croix où les saintes femmes et d'autres personnages pleurent le Christ mort ; on y voit de très belles têtes, des chairs et des draperies non moins bien composées que peintes, et les expressions ne sont pas moins bien rendues. Le paysage, qui est aussi fort beau, est de Jean Schoorel.

Je me rappelle avoir vu encore de lui, non loin du Dam, les fragments d'un retable. C'était un Crucifiement où Ton mettait le Christ en croix; l'œuvre était excellente.

Cornelisz avait un frère, bon peintre, qui s'appelait Buys % et un fils du nom de Thierry (Dierick) Jacobsz. De celui-ci, l'on trouve à Amsterdam, dans les confréries d'archers, plusieurs portraits d'après nature*. 11 y a notamment une œuvre de l'espèce avec une main exécutée d'une manière si parfaite qu'elle est, pour tout le monde, un objet d'admiration. Jacob Ravaert a offert une bonne somme pour la pouvoir découper du tableau''.

Ce Dierick Jacobsz est mort en iSôy, âgé de soixante-dix ans.

1. Ne serait-ce pas la D;xcente de croix du Louvre, n° 280, attribue'e successivement à Lucas de Leyde et à Quentin Metsys et qui n'offre pas plus d'analogie avec l'un qu'avec l'autre de ces maîtres?

2. Les dates extrêmes releve'es par M. L. Scheibler sur les tableaux de Jacob Cornelisz (Jahrbuch der K. Preiissischen Kunstsammlungen, tome III, page i3) sont les années i3o(J et i33o.

Page 1