‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 94 sur 218 · Bartsch, n" bi (tome IX, pages 90 et · texte numérisé non relu

Bartsch, n" bi (tome IX, pages 90 et

Nombreux et bien divers sont les penchants, les procédés et les œuvres des peintres. Certes, ceux-là ont le mieux réussi qui ont suivi la voie normale que leur traçait leur tempérament. Comment décrire, par exemple, les étranges conceptions nées de la fantaisie de Jérôme Bos et qu'il a traduites par son pinceau ; spectres et monstres infernaux, souvent beaucoup moins agréables que terrifiants à comtempler?

Jérôme naquit à Bois-le-Duc, mais Je n'ai pu apprendre ni la date de sa naissance, ni celle de sa mort; je sais toutefois qu'il figure parmi les primitifs ~. Dans sa manière de draper il diffère pourtant assez sensiblement de Tancien système qui consistait à multiplier les cassures et les plis ; son procédé était large et ferme et il peignait souvent du coup, ce qui n'a pas empêché ses œuvres de rester très belles.

Comme nombre d'anciens peintres, il avait coutume de tracer complètement ses compositions sur le blanc du panneau et de revenir ensuite par une teinte légère et transparente pour ses carnations, attribuant, pour l'effet, une part considérable au dessous.

Il y a quelques-unes de ses œuvres à Amsterdam. J'ai vu de lui quelque part une Fuite en Egypte, où Joseph demande le chemin à un paysan, Marie étant montée sur l'âne ; dans le fond il y a un rocher de forme fantastique, disposé comme une hôtellerie, et de

1. Écrit souvent aussi Bosch; ce n'est là qu'un nom d'origine. Jérôme e'tait natif de Bois-le-Duc; de son vrai nom il s'appelait van Aken, d'Aix (la Chapelle), d'où sa famille e'tait probablement venue à Bois-le-Duc, car M. Pinchart a trouvé cette mention : Hieronymiis AqucnsÇis).

2. Jérôme van Aken doit être né vers 1460 et il est mort en i5i6, d'après l'indication précise de la confrérie de la Sainte-Croix conservée aux archives de Bois-le-Duc. (Alex. Pinchart, Noies sur Jérôme van Aeken, dit Bosch, et sur Alard du Hameel; Bulletins de l'Académie royale de Belrjique, i858, tome IV, page 497, et Archives des sciences, lettres et beaux-arts, tome I"'', pages 267-275.)

curieux épisodes, tels, par exemple, quun grand ours que Ton fait danser pour de l'argent. C'est très divertissant à voir'.

Il y a encore de lui sur le Wahal un Enfer où les patriarches sont délivrés par le Christ et où Judas, qui tente de s'évader, est pris par le cou à l'aide d'un nœud coulant et pendu. On voit là les monstres les plus curieux et il faut vraiment admirer l'habileté du peintre à rendre les flammes et la fumée -.

A Amsterdam on voit un Portement de la croix, dans lequel il a fait preuve de plus de sérieux que d'habitude''.

Chez un amateur de Harlem, Jean Dietring, J'ai vu plusieurs de ses œuvres : des volets avec des saints, et, entre autres, un Saint moine qui se dispute avec les hérétiques et fait jeter au feu tous leurs livres avec le sien ; les flammes devant épargner le livre de celui qui est clans la vérité, le livre du saint est lancé loin du bûcher.

Tout cela est fort bien rendu, tant les flammes que le bois fumant et entouré de cendres. Le saint et son compagnon sont très graves et dignes tandis que les autres figures sont des plus grotesques.

Ailleurs il y a un Miracle où un roi et d'autres personnages sont renversés et frappés de terreur^,' et où les visages, les cheveux et les barbes produisent, avec peu de travail, un excellent eff'et.

On voit encore des œuvres de lui dans les églises de Bois-le-Duc ^ et ailleurs, notamment à l'Escurial, en Espagne, où ses œuvres sont tenues en haute estime^.

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