‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 96 sur 218 · Peut-être le Triomphe de la Mort, du musée de Madrid · texte numérisé non relu

Peut-être le Triomphe de la Mort, du musée de Madrid

5. Ces tableaux n'existent plus. On voyait encore, selon Gramaye, en i6ii, à l'église Saint-Jean, à Bois-le-Duc, la Création du Monde, Salomon et Abigail, l'Adoration des Mages, la Prise de Béthulie avec Judith et Holopherne, Esther devant Assuériis. Lors de la prise de Bois-le-Duc en 1629, Frédéric-Henri autorisa le clergé catholique à emporter ces peintures. (Voyez T. van Westrheene dans le Künstler-Lexikon de Meyer, tome I"'', page 90.)

6. Le musée de Madrid possède de Jérôme van Aken huit peintures (n" loyS à 1082) qui ne sont pas toutes considérées comme authentiques.

Lampsonius, dans ses verS;, s'adresse à lui en ces termes :

Pourquoi, Jérôme Bos, ce visage terrifié

Et cette pâleur? Il semble qu'en foule serrée

Tu voies, autour de toi, voler les monstres de Tenfer.

Tu as eu accès, je crois, aux sombres profondeurs

De Pluton, et les demeures infernales, sans doute.

Se sont ouvertes devant toi, pour que tu aies pu si bien,

De ta main habile, nous retracer

Ce que recèlent les antres infernaux.

Louis van den Bos. — Il y a eu aussi certain Louis Jansz van den Bos, né également à Bois-le-Duc, et qui peignait très bien les fruits et les fleurs qu'il représentait souvent plongées dans un verre d'eau, à quoi il consacrait beaucoup de temps et de soin, le tout paraissant naturel au point qu'il montrait sur les fleurs et les herbes les gouttelettes de rosée, les insectes, les papillons, les mouches, etc., comme on le constate par les œuvres qui se trouvent chez les amateurs.

Il peignait aussi très bien la figure, si j'en juge par un fort beau Saint Jérôme qui se trouve avec quatre grands ronds représentant des incendies, des vases, des fleurs et d'autres jolies choses chez Melchior Wijntgis, le grand amateur de Middelbourg.

Jacques Razet possède également de lui un verre avec des fleurs très joliment traitées.

Ne sachant rien de plus à son sujet, je le range ici à la suite de son compatriote ou concitoyen, pour que son nom soit tenu en estime parmi les peintres'.

COMMENTAIRE

Jérôme Bosch est un des peintres les plus personnels de Técole des Pays-Bas, et l'extraordinaire fantaisie dont il fait preuve dans ses œuvres le rattache à ces graveurs primitifs : le Maître de 1466 et Martin Schongauer, qui, eux-mêmes, font songer aux sculpteurs des cathédrales gothiques. Nous devons ajouter, toutefois, que les gravures

I. D'après le Dictionnaire des Peintres de M. Siret, L. J. vanden Bosch mourut en ibo-j. A notre connaissance, il n'existe aucune de ses œuvres. M. Bredius a publié l'inventaire des tableaux, etc., de la succession de Jean Chrysostôme de Bäcker d'Eindlioven, dont la vente eut lieu à La Haye au mois d'avril 1662. Une œuvre de Louis Jansz vanden Bosch : Un Verre avec des fleurs, peint à la détrempe, se vendit 5o florins, somme e'ieve'e pour le temps. (Voyez Archief d'Obreen, tome V, page 2g6.)

attribuées à Jérôme Bosch sont toutes, selon M. Pinchart, l'œuvre d'Alart du Hameel, graveur et architecte, qui travailla à Bois-le-Duc, à Louvain et à Anvers.

Immerzeel fut le premier à attirer l'attention sur le nom véritable de Jérôme, inscrit aux registres de Bois-le-Duc; seulement, il lut Agnen pour Aquen et la faute pénétra dans plusieurs manuels, entre autres dans le Peintre-Graveur de Passavant. M. Alexandre Pinchart, dans une notice communiquée à l'Académie de Belgique, et, plus tard, dans ses Archives des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts, tome I«^ page 268, a donné le vrai nom du maître : van Aken, en même temps que plusieurs particularités sur son existence d'artiste. Tout porte à croire que Jérôme Bosch naquit vraiment à Bois-le-Duc, car il n'y sollicita jamais la bourgeoisie. Bien que ses œuvres soient assez nombreuses en Espagne, les dates de son séjour dans les Pays-Bas ne donnent pas à croire qu'il ait personnellement visité la Péninsule.

Dès l'année 1493, van Aken livrait les dessins de vitraux de la chapelle de la confrérie de la Croix dans l'église Saint-Jean, à Bois-le-Duc, et il résulte, d'autre part, de l'extrait d'un registre de la Chambre des Comptes à Lille, qu'il peignit en 004, pour Philippe le Beau, un Jugement dernier, « assavoir Paradis et Enfer », de 9 pieds de haut sur 1 1 pieds de large. Il existe du peintre un certain nombre de sujets de l'espèce, mais dont les dimensions ne concordent pas avec celles de l'œ^uvre citée '. Marguerite d'Autriche possédait de lui une Tentation de saint Antoine, autre sujet affectionné par Jérôme Bosch. L'Anonyme de Morelli mentionne, en i52i, trois tableaux appartenant au cardinal Grimani, à Venise, et représentant un Enfer, « les Songes » et un Jonas englouti par la baleine. D'autres tableaux paraissent avoir existé dans la salle du Conseil des Dix. Il n'y a plus une seule de ces œuvres à Venise.

Philippe II, lors de la confiscation des biens de Guillaume d'Orange et de Jean de Casembroot, entra en possession de deux peintures de Jérôme dont l'une, V Adoration des Mages, orne encore la Galerie de Madrid -.

Le dictionnaire des artistes de Meyer (Kïmstler-Lexikonj assure que Rubens possédait de Jérôme Bosch une Tentation de saint Antoine, deux têtes et une Noce. Nous ne trouvons pas ces œuvres dans la Spécification des tableaux délaissés par le grand peintre anversois, et M. Pinchart parle seulement de tableaux « à la façon » de Jérôme Bosch, ayant appartenu à la veuve de Rubens.

L'archiduc Ernest d'Autriche paya, en i5q4-i5q5, jusqu'à cent six Horins un Crucifiement de Jérôme Bosch ■'. Ce prince parait d'ailleurs avoir eu un goût très prononcé pour les créations du peintre. Voici quelles furent les œuvres de Bosch qu'il lit acquérir pendant la très courte durée de sa présence aux Pays-Bas :

« Un crucifix, et sur la base le limbe des Patriarches ;

« Sic erat in diebiis Noe ;

I. Une estampe du Jugement dernier, avec des volets, tut publiée par Cock à Anvers.

■2. On en trouvera la gravure dans la Pcinfiire ßaina'ide de A. J. Wauters, page 97. Paris, Quantin. Copie au musée de Saint-Omer.

3. Voyez le travail du docteur Corenians dans les Bulletin; de la Co)7imission royale d'Histoire, tome XIII, page 141.

« Chirurgiens et médecins extrayant une pierre de la tète d'un malade^.

Nous avons dit que sept tableaux, attribués à Jérôme van Aken, ornent encore

HIERONYJMO BOSCHIO. PICTORI

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