‹ Le livre des peintres et graveursChapitre 12 sur 44 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

De deux Salviati, du Fetti, de l’Albane,

De Prospère Bronzin 550 , du savant Titien,

De Schiavone, et Carrachc, et Mole, et Mucicn 551 , De Jules Bonazone, en matière profane ;

De l’un et l’autre Zucchre 35 ’ et de Perrin del Va- Du fameux Tintoret, de Giuseppe Porta, [gue, De Lorenzo Lotto, de Giovan Maganza,

De Giorgion de Castel” 5 , qui jamais n’extravague.

Nous en avons aussi du Palme et de Couronne,

De Pordenone encor, si célèbre partout ;

Des antiques Belins, qui sont toujours debout ;

De Tinclli”’, Malombre ” s , et du sçavant Bor-

[done ;

De François Vanius 558 , de Frédéric Barroche, D’Adrian Vcronèse et du Padoino 557 ,

Et de Paul de Vérone 558 et de Casolino”*,

De Maestro Livio, qui n’a point de reproche.

On y peut faire estât des desseins de Tempcste De Giustavillari, de Francesco Chiaro,

De Chetone 310 , Vasare 311 et de Passignano 3 * 5 , •

De Guerchin, de Castel 313 , de Sartre 31 * et Pie-

[tre Teste.

Là mesme pourroit-on oublier Polidore, Dominicain, Corrége et l’heureux Vicino 3 * 5 ; Sinibaîdc Scorza 310 , Franc et Bernardino 3 * 7 , Farinat, Porcacin 3 ‘“, Salimbene 310 et Del-More 3 ,0 ?

Benedette Montagne et le simple Cangiage, Bastiano Piombino 331 , Francesco Guerriti, Ciamberland 30 *, Pomerange 33- ' et François, Bosco- Valesio, d’Ancone, et Bramante au passage ? [li 33 * ;

De tous ceux-là chez nous on peut voir des modèles ; L’on en voit beaucoup plus chez le libre Iabac, Enrichi du païs d’où nous vient le tabac,

Comme pour ses desseins tous ses soins sont fi-

[delles.

Plusieurs mais très qui ne sont pas tant connus par leurs noms que par les chiffres ou par les figures dont ils ont marqué leurs estampes .

[maistres

n ne dit pas les noms de grand nombre de Qui d’entre les premiers ont beaucoup

[travaillé ;

Leur ouvrage, pourtant, au burin bien Ne sera pas jetté dehors par les fenestres. [taillé,

On ne les connoistdonc que par certaines marques Qui les font distinguer : tantost par un oiseau, Tantost par un palmier, tantost par un roseau.

Et quelquefois aussi par le fuseau des Parques.

On voit un chandelier, une chandelle étainte.

Un pot empli de fleurs, ou deux bourdons croisez; Quelquefois une paele, ou des chevrons brisez ; Quelquefois un cordon pour une forte étrainte.

On nomme ce graveur le maistre au caducée, Celuy-ci du miroir ou du nom de Jésus ;

Cet autre a deux battoirs, façonnez par dessus ;

Un cube est au troisième, où sa place est tracée.

Un trait entrecoupé s’abaisse sur un livre ;

Avec l’écu de Saxe un autre a le dragon ;

US entrecoupe un H ou lie un martagon,

Ou le presse si fort qu'il l’cmpeschc de suivre.

Quelqu’un s’est désigné par une souricière,

Un autre par un glaive ou fleur de nénufar,

Un autre par un monde, un autre par un char,

Ou d’une chausse-trappe il marque sa manière.

Par deux palmes quelqu’un sc fait assez conncstre; Pour l’autre, une écrevice exprime assez son nom; Le saultercau d’un autre accomplit le renom,

Et le pilier fleuri désigne un autre maistre.

Dans une gaisne à l’un on enfonce une dague ;

Un lasset à quelqu’autre attache une L au P;

A quelqu’autre une croix se plante sur un T; Celuy-ci porte un anchre et cet autre une bague.

On voit une araignée à quelqu’un sur sa toile ;

Un navire est l’enseigne à ce maistre graveur ;

Un autre sous une // entrecoupe un gros cœur; Huict pièces seulement sont du maistre à l’cstoile.

Pour un autre, deux W sont entre YM et VN; Un compas grand ici s’ouvre sur un mortier ; Une chandelle ailleurs luit dans son chandelier; Une S en cet endroit se tranche sur une M.

Une espèce de trait, là, transperce un triangle ; L’S et l’Æ debout sont là sur un boisseau ;

Ici l’on voit un vase entre un double rameau ; Ailleurs c’est une lance, autre part une sangle.

Un autre vase encore, ou plutost une aiguère, Pour un maistre se montre entre YL et le K;

La gaisne d’un couteau dans un G coupe un A , Et la paele est marquée ailleurs d’un caractère.

On se peut étonner de tant de différence :

Na dût en quelque endroit c’est Natalis datus ;

F ultis rnihi dare? fait cet autre confus,

Ou'veut-il par ces mots se tenir en silence ?

On voit un épagneul, on voit une navette,

Une croix renversée, une barre, un crampon.

Un bassin de tripière, un bachot, un brandon. Une fourche, un hanap, un croc, une pinccttc.

Deux cents chiffres ainsi marquent sous les figures Les noms d’Albert Durer, de Lucas 3 r, 3 etd’Holbcins, D’Aide Grave, de Pents, de Bressanck 330 et d'His-

[bins.

De Christofle Amberger, sous de justes mesures ;

De Corneille Matsis, de Stymcr ' 37 de Schafusc,

De Hans Burguemaïr , 358 et de Lucas Cassel 330 , D’Hispanien Pean 30J , de Schom, de Criegcl 301 , De Martin le Thudcsque 30î où chaque esprit s’a-

[muse ;

De Jost Aman, de Bon, d’Andrea de Mantouc 3 *’' , D’Adam 30 ’ du mesmc lieu, de Lucas Met, de Craen, De Sebon de Colmar 30 *, de Vanmeck 00 , de Bécn, De Virgile Solis, qui si souvent se joue.

Comme eux marquoit son nom Nicolas Béatrice, Silvestredc Ravenne et Marc Antoine encor,

De qui l’œuvre admirable est un riche trésor; Augustin et Bambin 307 , non pas sans artifice.

XIX [hÔme 37ü

Martin Zinck 30 \Matthieu Grom 30 °, Sebaldc de Bo- Antoine de Vvormace 311 avec Hans Vvictelin, GrafF de Basle 31î et Cockson 37S , Grebber 37 * et

' [Gamperlin 373 ,

Montagne et Campagnole, en ont usé de mesmc.

Guerevcrdin 376 aussi ; mais pourroit-on tout dire. Et qui n’auroit point peur de Jean Kcntarlaer 371 , D’Eginoff 318 et de Crac çt de Hans Brosamcr, Des Hopfer, de Pincquic 3,> , assez d’humeur de

[rire ?

Toutes les choses imaginables qui peuvent estre regardées comme tes véritables objets de la peinture.

I [chose ray-je qu’en peinture on montre quelque De tout ce qui se voit et qui ne se voit pas, Soit au ciel, soit en terre, ou mesme cn-

[cor plus bas.

Des esprits et des corps, comme on se le propose?

On a représenté jusques aux minuties De toute la nature et de ce que les sens Peuvent appréhender, jusques aux corps absents, Soit d’objets sérieux ou bien de facéties.

On a mesme exprimé par diverses figures L’esprit et la raison, pour aller aussi loin Oue la philosophie et l’idée, au besoin,

Des poëtes menteurs dans toutes leurs mesures.

D’ailleurs cecy comprend les secrets de l’histoire,

Il comprend tout le monde, et n’en excepte rien, Et chaque nation y découvre le sien.

Et la vanité mesme y rencontre sa gloire.

On y voit nettement toute l’architecture,

Les villes, leurs remparts et leurs forts bastions ; On y voit des soldats les grandes légions Et des plus beaux palais la royale structure ;

Les pilastres portez sur leurs bases solides, Descolomnes le fust avec ses chapiteaux,

Les bas reliefs restez que nous tenons si beaux,

Les obélisques droits et quelques pyramides.

Là se meslent encore les niches, les statues, L’architrave et la frise avec les ornements, [ments, Les somptueux plat- fonds dans les beaux basti- Des éguillcs qu’on voit s’eslever dans les nues.

On y voit des vaisseaux, des vases, des fontaines, Des jardins enrichis de diverses couleurs,

Des parterres formez de verdure et de fleurs.

Des fleuves, des forêts* des montagnes, des plaines.

Ce que les villes font aux roysdans leurs entrées, Ce qu’une cavalcate a de plus somptueux,

Y montre également son éclat fastueux,

Dans les gousts differents de toutes les contrées.

Là, des princes on voit les chapelles funèbres. Leur pompe funérale, avec leur vanité,

Qui n’a pu se sauver de la mortalité,

Nous apprenant par là leurs fadaises célèbres.

Tant d’habits superflus, d’officiers inutiles,

Ne servent plus de rien pour eux en cet estât ; Mais ils font grand plaisir au nouveau potentat. Qui, feignant de pleurer, trompe les gens faciles.

xn

On voit en mesme lieu les hautes catafalques Les tombeaux enrichis d’ornemens glorieux,

Qui s’élèvent au ciel pour éblouir les yeux.

Tandis que vers le bas soupirent des Mcnalqucs.

Les estampes encor donnent les armoiries,

Les emblèmes formez par tant d’invention,

Les devises aux grands dans leur intention, Leurs plaisirs recherchez pour les galanteries.

Les cartouches y sont en diverses manières, Comme les écussons ornez de la toison,

Pour porter les desseins d’une grande maison,

Qui veut plus de splendeur que de pures lumières.

Les médailles y sont, les monumens antiques Et tous ces bas reliefs des marbres et métaux Tirez des vieux palais et des arcs triomphaux,

Des tombeaux renversez, ou superbes portiques.

Par là du corps humain on voit l’anatomie ,

Dont l'on a dessiné chaque membre si bien,

Qu’on y reconnoist tout, où l’on ne connoist rien ; L’on y voit les secrets aussi de la chimie.

Rien est-il de plus beau que, pour André Vesale, Les figures qui sont dans son livre admiré 391 ?

En cela tout est juste et si considéré,

Que de tout ce qu’on voit ailleurs rien ne l’égale.

Les habits on y voit de toutes les provinces.

De chaque nation, dans leur diversité,

Qui des hommes apprend la contrariété Et montre la splendeur et la pompe des princes,. •

N’y voit-on pas aussi des mers et de la terre Les divers animaux, qui se détruisent tous.

Si les foiblcs des forts n’évitent le courroux,

Sc combattant sans cesse et se faisant la guerre ?

Les poissons, les oiseaux, les reptiles, les bestes. Sont présents à nos yeux dans ces livres divers.

Où l’on voit les cirons, les mouches et les vers Animez bien souvent par les rudes tempestes.

On y voit les travaux des célestes abeilles,

Le soin laborieux des petites fourmis,

Les moucherons piquants, les papillons amis.

Ces vers qui pour la soie ourdissent leurs merveilles.

C'est aussi là qu’on voit toutes sortes de plantes D’une diversité qu’on ne peut exprimer ;

On y voit le corail jusqu’au fond de la mer,

Les petits arbrisseaux et les nouvelles antes.

Des arbres si nombreux on y voit les figures.

Tous les simples qui sont produits en divers lieux. Pour satisfaire aux soins des esprits curieux.

Dont aussi l’on a fait dix mille portraitures.

On n’a pas oublié les divines images Dans la crédulité des peuples innocents,

Qui veulent le miracle à charmer tous les sens ;

Les madones aussi leur sont de grands usages.

Les thèses qu’on y voit y sont considérables,

Pour montrer quel dessein l’on a le plus souvent De flatter de bonne heure, en prenant le devant, Les seigneurs que l’on veut avoir pour favorables

J’en ai vu d’Italie et d’ailleurs un grand nombre. Je ne mentirois pas disant plus de six cents,

Sans celles des blasons, d’un dessein innocent, Offusquant les esprits d’une lumière sombre.

L’invention des arts se trouve dans l’estampe. Chaque métier s’y trouve en sa perfection,

Qui tandis luy tient lieu de sa protection,

Si, pour un tel sujet, l’on ne veut qu’elle rampe.

Car la protection veut une autre mesure,

Il suffit d’y trouver beaucoup d’instruction,

Et, pour cela, d’y mettre un peu d'affection,

Ce que l’on peut attendre aussi de la figure.

C’est de là mesme aussi que les nochers y trouvent De bons enseignements qui leur pourroient aider, Et la milice aussi peut s’en accommoder, [vent. Pour les desseins guerriers que les vaillants approu-

Par là mesme on s’instruit à faire l’exercice.

On apprend à combattre et marcher fièrement A former une attaque et vaincre seurement.

Si l'on joint au grand cœur la ruse et l’artifice.

On y porte en maints lieux les enseignes guerrières, Des javelots romains et les grands étendarts,

Les phalanges des Grecs y sont au gré de Mars, Mais plus que tout cela nos troupes sont altières.

On y voit traverser les fleuves à la nage,

On y jette des ponts pour porter les chevaux,

Les machines de guerre et tous les grands travaux, Les régiments nombreux et tout leur équipage.

Pour la paix on y voit des arcs, des galeries, *ï Des cascates, des eaux de toutes les façons,

Des promenoirs perdus, des déserts, des moissons, Des rochers et des monts et des plaines fleuries.

Par là mesme on peut voir tout ce que dans l’op- Se peut offrir aux yeux dans sa diversité, [tique La juste perspective en son activité,

Et tous les beaux effets de la mathématique.

On y voit les desseins des fines broderies,

Tous ceux des serruriers pour tant d’inventions Qui pourroient égaler les douces fictions Qui sont également dans les orfèvreries.

Combien de livres faits pour la menuiserie, Dépeignant les buffets, les tables et les lits.

Les plats-fons figurez pour les palais des lis.

Pour qui l’on fait aussi mainte tapisserie!

Quelle diversité pour les belles étoffes,

Sur tant de points coupez de diverses façons,

Où le peuple occupé prend beaucoup de leçons, Dont.se passent si bien les sages philosophes !

Il n’en est pas ainsi des livres d’écriture,

Propres à tant de monde, et dont l’invention Favorise le soin de toute nation,

Afin qu’à chaque lettre on garde sa figure.

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