APOSTROPHE A LA RECONNAISSANCE
reconnaissance, tu es, selon l'heureuse définition d'un jeune sourd-muet, la mémoire du cœur. C'est par loi que la pauvreté cesse d'être envieuse et qu'un noble dévouement vient payer le prix des bienfaits reçus. Plus habile que Zeuxis et Apelle, tu promènes tes pinceaux sur une toile impérissable, et les couleurs que tu fixes sur cette toile conservent une fraîcheur éter-
nelle. Tu étends ton pouvoir sur tout ce qui respire, tu règnes sur les animaux qui partagent la retraite de rhomme, et tu sais quelquefois adoucir la férocité des plus farouches habitants des bois. Fille aimable du bienfait, tu les fais renaître à ton tour; tu ménages dans Tordre social un doux échange de procédés et un commerce de tendres affections. Tu n'es pour Thomme orgueilleux qu'un poids accablant dont il cherche à se dégager; mais, pour Tâme délicate et généreuse, tu es un besoin et un plaisir, et si tu imposes quelquefois des sacrifices pénibles, tu les récompenses par le sentiment délicieux du devoir accompli.
Quatre-vingt-deuxième Exercice