LHOMOND RACONTE SA VIE
Je naquis à Ghaulnes, dans le département de la Somme, en 1727 ; mes parents étaient pauvres. Mon grand-père, croyant reconnaître en moi des dispositions précoces, fut assez heureux pour m'obtenir une bourse dans le collège d'Inville, à Paris, où je fis mes études, et dont je devins ensuite le principal. Nommé professeur au collège du Cardinal-Lemoine, je m'attachai de préférence à instruire les jeunes enfants, et, malgré des instances réitérées, je refusai toujours d'abandonner mes chers sixièmes; j'étais heureux d'épargner à cet âge aimable une partie des larmes que les premières études font couler. Je savais qu'il y a, quand on parle à des enfants, une mesure de connaissances à laquelle on doit se borner, parce qu'ils ne sont pas capables d'en recevoir davantage. Tel est le principe sur lequel je fondai mon enseignement et que j'appliquai dans les livres que je composai pour eux ; je n'exposai dans mes grammaires que des règles simples et claires, des exemples courts et frappants, que je m'efforçais de rendre saisissables par la netteté du style.
J'étais parvenu à un âge avancé quand éclata la Révolution, et je faillis devenir une de ses victimes ; je fus arrêté vers les premiers jours d'août 1792, et l'on m'enferma à Saint-Firmin, Tallien, qui avait été mon
élève, s'intéressa vivement en ma faveur et me fit mettre en liberté presque aussitôt. Je ne devais pas survivre longtemps à cette captivité de quelques jours. Après avoir joui, presque jusqu'à mes derniers moments, d'une santé due à la promenade que j'avais l'habitude de faire tous les jours jusqu'à Sceaux, je mourus le 31 décembrel794 ; j'avais alors soixante-sept ans.
Les élèves traduiront cette dictée à la troisième personne, en prenant pour titre :