LE TASSE RACONTE SA VIE
Je naquis onze ans après la mort de TArioste, le 11 mars 1544, près de Naples, à Sorrento. Mon père, homme distingué, me confia à don Giovanni Angeluzzo, et je fis sous lui les plus rapides progrès dans les langues grecque et latine, surtout pendant mon séjour à Naples, au collège des Jésuites ; j'avais à peine dix ans, que je composais déjà en prose et en vers dans ma propre langue; puis, ayant pris mes degrés en philosophie et en théologie, j'enfantai, à dix-sept ans, mon poème de Renaud, et composai ma Jérusalem délivrée à vingt-deux. J'allai en France à la suite du cardinal d'Esté. De retour en Italie, je m'épris de la sœur du duc de Ferrare. Cette passion m'attira de grands malheurs et devint la source de cette humeur mélancolique qui me consuma pendant vingt années. Le reste de ma vie ne fut plus qu'une chaîne de calamités et d'humiliations. Je souffris l'exil, la prison, la faim même ; je m'enfuis de Ferrare, où le protecteur que j'avais tant célébré m'avait fait emprisonner. Couvert de haillons, je fus contraint d'y revenir, et je fus de nouveau renfermé. Ma gloire poétique fut attaquée, la critique éclipsa un instant ma réputation. Mais, enfin, après
vingt ans de persécutions, je fus appelé à Rome par le pape Clément VIII, qui avait résolu de me donner la couronne de laurier et les honneurs du triomphe. Une brillante députation me conduisit à l'audience du souverain pontife « Je désire, me dit-il , que vous honoriez la couronne de laurier, qui a honoré jusqu*ici tous ceux qui l'ont portée. »
Tout se préparait au Gapitole pour la cérémonie, lorsque, consumé d'ennuis et épuisé par mes souffrances physiques et morales, jouet de la fortune jusqu'à mon dernier moment, je mourus la veille de mon triomphe, le 25 avril 159o, à cinquante et un ans.
Les élèves traduiront cette dictée à la troisième personne, sous ce titre: