SOIS CONTENT DE TON SORT
C'est ta faute si tun'es point satisfait de ton état, ce n'est pas celle des situations. Tu as bien plus à te plaindre de ton humeur que de ta fortune ; tu imputes aux événements les défauts qui ne viennent que de toi ; le mal est en toi, ne le cherche pas ailleurs. En adoucissant ton humeur, tu peux changer ta fortune ; il est plus facile de t'ajuster aux choses que de les ajuster à toi. Toujours inquiet, toujours prêt à courir après une ombre, c'est ton imagination qui irrite tes maux. Aucune condition n'est sans peine, et si tu avais compté avec la fortune et le cœur des personnes les plus heureuses en apparence, tout cela ne te paraîtrait guère mériter l'opinion que tu en as conçue. Si tu es simple
et sage, la fortune ne peut ni augmenter ni diminuer ton bonheur. Ne perds pas de vue ceux qui souffrent 'plus que toi, jouis des avantages de ton état, souffres-en doucement les peines, et n'oublie jamais que ton bonheur dépend de ta conduite. Tâche d*établir ta félicité avec toi-même, de trouver en toi-même l'équivalent des biens que la fortune te refuse; tu en seras plus libre et plus satisfait ; mais il faut que ce soit un principe de raison qui te ramène à toi, et non un éloignoment pour les hommes.
Cent quatorzième Exercice