RÉPONSE DES CHATS A LEURS ACCUSATEURS
On a généralement mauvaise opinion de notre caractère, et nos griffes nous ont fait beaucoup d'ennemis ; mais il faudrait aussi vous rendre justice : si nous sommes méchants, vous n'êtes pas très bons. On nous accuse d'égoïsme, et c'est vous, hommes, qui nous faites ce reproche 1 Nous sommes fripons, mais pourriez-vous affirmer que ce ne sont pas vos mauvais
èi2 LIVRE DES t>ËRMtJtAT10NS.
exemples qui nous ont gâtés? Nous flattons par intérêt, et vous dites, avec un de vos plus spirituels écrivains, que le chat ne vous caresse pas, qu'il se caresse à vous ; mais y a-t-il beaucoup de flatteurs désintéressés? Soye2 justes cependant : vous aimez, vous provoquez Tadulation ; pourquoi donc nous feriez-vous un crime, à nous, de ce qui, à vos yeux, est le plus grand de tous les mérites? Nous ne parlerons point ici de notre grâce ni de notre gentillesse; nous ne dépeindrons point ces minauderies enfantines à Taide desquelles nous savons si bien vous intéresser et vous plaire; des motifs plus puissants* encore militent en notre faveur ; si vous détruisiez les chats, qui mangerait les souris qui grugent vos greniers? Vous comptez sur vos souricières, mais il y a longtemps que les souris, plus malignes que vous, savent se garantir des pièges que vous leur tendez. Il faudrait donc vous attendre à voir au premier jour la gent trotte-menu ronger impunément tous les livres de vos bibliothèques; d'où vous conclurez que, nous détruire, ce serait rétablir le vandalisme en France. Mais si, à la rigueur, vous fermez les yeux sur les .souris, songez au moins qu'un ennemi cent fois plus terrible vous menace... ; les rats, à qui nous imposons encore une certaine crainte, les rats sont aux aguets; ils n'attendent que le moment où vous aurez détruit les chats, pour entrer en campagne et venir s'établir dans vos habitations, que vous serez forcés, oui, que vous serez forcés de leur abandonner. Catilîna est à vos portes, et vous délibérez 1