LE COCHER DB CORBILLARD
Le cocher de corbillard demeure étranger aux scènes de douleur qui se passent autour dq lui; il n'^ pas d'yeux, il n'a pas d'oreilles, il n'entend ni les saQglots d'un fils ni les soupirs d'un frère; il n'a de larmes pour personne ; il fait son état et charrie la mort commç oji charrie des pierres, du foin, de la paille; il neconn^iît pas le cadavre qu'il est chargé de brouetter et s'inquiète encore moins de ce qu'il est; ça lui est bien égal ; c'est un mort, et voilà toutl Le cocher de corbillard n'a p^s 4'opinion politique. Vienne une révolution, des barricades, des coups de fusil, il est là, sur son siège, transportant le Suisse, Iç garde royal, l'homme du peuple; il n'en fait pas faire à ses chevaux un pas plus vite, n'en donne pas un coup de fouet de plus. Le choléra ne l'a pas trouvé moins insensible; il ne s'apercevait pas du nombre des morts, il ne comptait que les courses. S'il a reçu une gratification pour travail extraordinaire, tout est bien. Il attend une recrudescence.
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