‹ Le livre des permutations; petits exercices d'orthographe en texte suiviChapitre 57 sur 174 · A MON CHAT · texte numérisé non relu

A MON CHAT

Mon joli petit minet, il est temps ^ue je te paye le tribut d'éloges que tu mérites. On parle si souvent de gens qui ne te valent pas ; pourquoi rougirais-je de donner de la publicité à toutes tes perfections ?

Tu es fait à peindre ; les nuances les plus délicates colorent ta robe de tigre ; tes yeux sont vifs et doux, ton regard est velouté, ta queue est d'une beauté qui fait envie ; ton agilité, tes grâces et ta souplesse sont admirables 1 Tes qualités morales ne sont pas moindres ; tâchons de les récapituler.

D'abord, tu m'aimes beaucoup, ou du moins tu me caresses beaucoup, ce qui, pour bien des gens, revient au même. Je sais bien que tu m'aimes moins qu'une tranche de gigot ou une cuisse de poulet ; mais cela est tout simple: je suis ton maître, et un gigot vaut une fois mieux qu'un maître, deux fois mieux que deux maîtres, etc.

Tu as beaucoup d'esprit et le meilleur esprit, car tu

as précisément celui qui i*est utile ; tout autre genre d'esprit te paraîtrait une sottise.

La nature Va donné des ongles que nous nommons impoliment des griffes ; et ils sont d'une structure remarquable, bien emboîtés dans une membrane qui rentre ou sort comme les doigts d'un gant ; tu fais à volonté griffe menaçante ou patte de velours.

Tu sais bien que tu n'as pas des griffes pour t'en servir, mais tu t'en sers parce que tu en as. Tu ne crois point aux causes finales. Mon chat, tu es un grand philosophe.

Tu ne connais que le bien et le mal physiques. Un chat qui en étranglerait un autre ne te paraîtrait pas plus coupable qu'un homme qui tue des hommes. Mon chat, le grand Hobbes ne pensait pas mieux que toi.

Tu flattes le maître qui te caresse, tu caresses la bonne qui fait ta pâtée, tu fuis à l'aspect d'un gros animal, tu te jettes audacieusement sur les petites bêtes. Mon chat, tu es un profond politique.

Tu vis fraternellement avec le chien, ton commensal ; par reconnaissance pour moi, tu fais accueil à toutes les bêtes pour qui j'ai de la bienveillance ; tu présentes la griffe à ceux à qui tu supposes de mauvaises intentions, et tu dresses la queue pour mes amis. Mon chat, tu es un grand moraliste.

L'élève traduira cette dictée au pluriel, en prenant pour titre :

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