‹ Le livre des permutations; petits exercices d'orthographe en texte suiviChapitre 89 sur 174 · LA TABATIÈRE DU GRAND-PÈRE · texte numérisé non relu

LA TABATIÈRE DU GRAND-PÈRE

Un bon grand-père déjà vieux et un peu caduc, qui perdait la mémoire qu*il avait eue si bonne quand il était jeune homme, avait coutume, lorsquHl appréhendait d'oublier quelque chose, de mettre, en guise de mémento, un morceau de papier dans sa tabatière; car, comme presque toutes les vieilles gens, le bonhomme prisait. Un jour qu'il avait fort à se louer de la docilité de son petit-fils Auguste, M. le baron de Grandmesnil (c'était le nom du vieux grand-père) dit à ce cher enfant : « Demain, mon petit Guguste, je vais à la ville et je t'apporterai un beau chapeau à plumes pour te faire beau et joyeux dimanche prochain. Qu'en dis-tu, mon mignon? — Je dis que vous êtes toujours le grand-papa gâteau de votre petit Auguste. » Là-dessus, l'heureux grand-père prit un petit fragment de papier qu'il mit dans sa tabatière, une tabatière en or, une vraie tabatière de baron et même de marquis. Mais Léonie, sœur cadette d'Auguste, qui était jalouse, envieuse et méchante, s'étant aperçue du petit incident de la tabatière, glissa furtivement, comme une voleuse et unelarronnesse, la main dans la poche de son grandpère, tira toute tremblante la tabatière et s'empara du papier, espérant, le petit monstre, que le vieux grandpère oublierait ainsi sa promesse. Ohl la méchante drôlessel si jeune et si dissimulée 1 Oh! la vilaine, la vilaine! fi! mademoiselle, fi! fi! Or, la suite de cette

histoire va vous montrer la différence qu'il y a entre le bon petit Auguste et la traîtresse Léonie. En vérité, on ne comprend pas qu'une enfant aussi vicieuse soit la sœur d*un petit garçon aussi parfait et aussi bon.

A quelques jours de là, Léonie manqua gravement au respect que toutes les petites filles, quand elles sont bien élevées, doivent à leur grand-père. Pour la punir, celui-ci, fort en colère, lut dit : « Demain, tes petites amies Lucie, Pauline et Charlotte, qui sont les compagnes habituelles de tes jeux, viendront avec leur gouvernante; tu seras prisonnière dans ta chambre et tu y demeureras jusqu'à leur départ, comme une recluse, et, pour être exact à tenir ma parole, voici un morceau de papier que je mets dans ma tabatière. » Léonie, furieuse, mais non repentante, tira la langue à M. de Grandmesnil et s'en alla dans un coin , boudeuse et grognon. Auguste était bien affligé et tout prêt à pleurer, a Qu'as-tu donc, mon petit poulet? demanda le grand-père. — Bon papa, je serais bien heureux si tu voulais me donner une prise. — Ahl vous prisez, monsieur, dit le vieux baron, riant et ouvrant sa tabatière; vos petits amis du pensionnat vont vous nommer Auguste le priseur. »> Auguste prit entre deux doigts le morceau de papier et dit à son grand-père : « Voici mon tabac, à moi. » Monsieur le baron de Grandmesnil, désarmé par tant de bonté, pardonna à la coupable Léonie. On dit même que celle-ci, vaincue par l'exemple d'un frère si accompli, devint à son tour aussi bonne, aussi douce, aussi prévenante pour son grand-père, qu'elle s'était montrée jusque-là méchante, maussade et récalcitrante.

Les élèves traduiront cette dictée en remplaçant grand" père, Auguste, Léonie, par grand'mère, Augustine, Léon,

LA TABATIERE DE LA ORAND^MÈRE

Une bonne grand'mère, déjà vieille et môme un peu caduque, qui perdait la mémoire qu'elle avait eue si bonne quand elle était jeune fille, avait coutume, lorsqu'elle appréhendait d'oublier quelque chose, de mettre, en guise de mémento, un petit morceau de papier dans sa tabatière ; car, comme presque toutes les vieilles gens, la bonne femme prisait. Un jour qu'elle avait fort à se louer de la docilité de sa petite-âlle Augustine, M"« la baronne de Grandmesnil (c'était le nom de la vieille grand-mère) dit à cette chère enfant : « Demain, ma petite Titine, je vais à la ville, et je t'apporterai un beau chapeau à plumes pour te faire belle et joyeuse dimanche prochain. Qu'en dis-tu, ma mignonne ? — Je dis que vous êtes toujours la grand 'maman gâteau de votre petite Augustine. » Là- dessus, l'heureuse grand'mère prit un petit fragment de papier qu'elle mit dans sa tabatière, une tabatière en or, une vraie tabatière de baronne et môme de marquise. Mais Léon, frère cadet d'Augustine, qui était jaloux, envieux et méchant, s'étant aperçu du petit incident de la tabatière, glissa furtivement, comme un voleur et un larron, la main dans la poche de sa grand'mère, tira tout tremblant la tabatière et s'empara du papier, espérant, le petit monstre, que la vieille grand'mère oublierait ainsi sa promesse. Oh I le méchant drôle ! si jeune et si dissimulé! oh ! le vilain ^ le vilain ! fi 1 monsieur, fi !

fi I Or, la suite de celte histoire va vous montrer la différence qu'il y a entre la bonne petite Augustine et le traître Léon. En vérité, on ne comprend pas qu'un enfant aussi vicieux soit le frère d'une petite fille aussi parfaite et aussi bonne.

A quelques jours de là, Léon manqua gravement au respect que tous les petits garçons, quand ils sont bien élevés, doivent à leur grand'mère. Pour le punir, celle-ci, fort en colère, lui dit : « Demain, tes petits amis Lucien, Paul et Charles, qui sont les compagnons habituels de tes jeux, viendront avec leur gouverneur ; tu seras prisonnier dans ta chambre et tu y demeureras jusqu'à leur départ, comme un reclus, et, pour être exacte à tenir ma parole, voici un morceau de papier que je mets dans ma tabatière. » Léon, furieux, mais non repentant, tira la langue à M"« de Grandmesnil et s*en alla dans un coin, boudeur et grognon. Augustine était bien affligée et toute prête à pleurer, u Qu'as-tu donc, ma petite poulette ? demanda la grand'mère. — Bonne maman, je serais bien heureuse si tu voulais me donner une prise. — Ah 1 vous prisez, mademoiselle, dit la vieille baronne, riant et ouvrant sa tabatière ; vos petites amies du pensionnat vont vous nommer Augustine la priseuse. » Augustine prit entre deux doigts le morceau de papier et dit à sa grand*mère : « Voici mon tabac, à moi. » M"*« la baronne de Grandmesnil, désarmée par tant de bonté, pardonna au coupable Léon. On dit même que celui-ci, vaincu par l'exemple d'une sœur aussi accomplie, devint à son tour aussi bon, aussi doux, aussi prévenant pour sa grand'mère qu'il s'était montré jusque-là méchant, maussade et récalcitrant.

120 LIVRE DEë PERMUTATIONS.

Soixante-cinquième et Soixante-sixième Exercice

LA PLUS BELLE PARURE i

— Si vous saviez, papa, combien je suis frappé de Pinjustice du monde et du mauvais goût de certaines gens 1

Ainsi s^exclamait Robert, au retour de la promenade.

— Voyons, reprit M. du Haut-Mesnil, de quelle injustice avons-nous encore été choqué?

— Vous connaissez Jules, ce petit blond, blondin ou blondinet, qui se tient si mal et qui est si pâlot?

-— Je sais de qui tu veux parler. Jules est peut-être un peu trop vif et trop familier, j'en conviens ; mais on ne peut pas dire qu'il se tienne mal ; et, quant à sa pâleur, il me semble qu'elle n^empéche pas qu41 n'ait une physionomie très animée.

— Toujours est-il que je ne voudrais pas faire échange avec lui. Et direz-vous aussi qu'il est mis d'une manière riche et distinguée?

— Sa toilette m'a toujours semblé fort convenable; elle est simple, il est vrai, mais d'une propreté irréprochable, et d'un assez bon goût. Quant à la richesse, il a le bon esprit de ne pas y prétendre.

— Mon père est toujours rempli dUndulgence pour les enfants des autres.

— Allons, Robert, soyons plus réservé; abstenonsnous d^observations qui m'obligeraient à prendre un ton sévère. Voyons ton aventure.

— Eh bien, mon cher papa, je revenais de la promenade avec ce petit Jules, qui nous avait accostés, mon domestique et moi, comme sUl n'y avait pas des mille et mille livres de rente entre son père et vous. J^avais, comme vous le voyez, une toilette fraîche et

élégante, mon chapeau de paille d'Italie si blanc et si joli, sans parler de mes bottines vernies toutes neuves. Jules portait un vieux chapeau, que je suis bien sûr de lui avoir vu Tan dernier sur la tête, et je suis bien trompé s'il n'y avait pas- deux ou trois pièces à ses brodequins. Voilà de Télégalice I

— Au moins, reprit le père, Jules ne cherchait pas à t'éclipser, et ce n'est pas peu avec un monsieur de ton caractère. Jaloux ou dédaigneux, voilà donc ce que tu seras toujours. Mais continue ton récit.

— Pour être encore grondé, n'est-ce pas?... Enfin, j'ai commencé, je suis obligé de finir. Eh bien, papa, des messieurs et des dames se sont arrêtés pour nous faire causer. Jules s'est mis à rire et à babiller; moi, j'ai salué et j'ai gardé la tenue qui convient à mon rang. Vous ne croiriez pas que ces gens-là m'ont à peine regardé, mon pauvre papa ; tandis que Jules a été fêté, comblé de prévenances ; et je les ai entendus qui disaient en s'en allant : « Voilà un charmant enfant. » Vous allez peut-être croire, et je l'ai cru aussi, que cela s'adressait à moi. Pas du tout; ils ont ajouté: •t Oui, un ravissant petit blondin 1 » Je ne pouvais y être trompé, mon cher papa, car je suis brun comme vous, ce que je trouve bien plus beau que d'être blond.

— Avez-vous entendu cela, Justin? demanda M. du Haut-Mesnil, en s'adressant au domestique de son fils.

— Oui, monsieur. Il faut dire aussi que M. Jules me semblait bien gentil dans ce moment-là ; il était encore tout joyeux du plaisir qu'il venait de faire au petit frère de sa bonne, en glanant à son profit pendant une grande partie de la journée. Il n'était pas de ceux qui rient du bout des lèvres pour se faire beaux. C'était de

tout son cœur qu'il s'égayait des propos joyeux qu'on se plaisait à lui adresser. M. Robert, il faut bien le dire, n'était pas aussi bien disposé ; il ne me le disait pas ; mais je voyais bien qu'il était contrarié de se promener avec son petit compagnon, sans doute parce que le costume de celui-ci lui paraissait trop simple et trop modeste. Pour dire la vérité, M. Robert était loin d'être embelli par cette mauvaise humeur qu'il ne dissimulait guère.

— Je n'ai pas de peine à le croire, dit M. du Haut- Mesnil ; et, s'adressant à son fils : Tu as oublié, mon cher ami, ce que je t'ai souvent répété : « Il est une parure que nulle autre ne saurait égaler ; je l'appelle le sourire de la bienveillance; elle est le reflet d'un cœur pur et affectueux. »

Les élèves traduiront cette dictée au féminin, en remplaçant Robert par Robertine, M. du HaulrMesnil par M™« du Haut-Mesnil, Jules par Julie et Justin par Justine.

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