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LA PLUS BELLE PARURE

— Si vous saviez, maman, combien je suis frappée de l'injustice du monde et du mauvais goût de certaines gensi

Ainsi s'exclamait Robertine, au retour de la promenade.

— Voyons, reprit M°»« du Haut-Mesnil, de quelle injustice avons-nous encore été choquée?

— Vous connaissez Julie, cette petite blonde, blondine ou blondinette, qui se tient si mal et qui est si pâlotte?

— Je saiô de qui tu veux parler. Julie est peut-être un peu trop vive et trop familière, j'en conviens ; mais on ne peut pas dire qu'elle se tienne mal ; et, quant à sa pâleur, il me semble qu'elle n'empêche pas qu'elle n'ait une physionomie très animée.

— Toujours esMl que je ne voudrais pas faire échange avec elle. Et direz-vous aussi qu'elle est mise d'une manière riche et distinguée?

— Sa toilette m'a toujours semblé fort convenable; elle est simple, il est vrai, mais d'une propreté irréprochable et d'assez bon goût. Quant à la richesse, elle a le bon esprit de ne pas y prétendre.

— Ma mère est toujours remplie d'indulgence pour les enfants des autres.

— Allons, Robertine, soyons plus réservée ; abstenons-nous d'observations qui m'obligeraient à prendre un ton sévère. Voyons ton aventure.

— Eh bien, ma chère maman, je revenais de la promenade avec cette petite Julie, qui nous avait accostées, ma bonne et moi, comme s'il n'y avait pas des mille et mille livres de rente entre sa mère et vous. J'avais, comme vous le voyez, une toilette fraîche et élégante, mon chapeau de paille d'Italie si blanc et si joli, sans parler de mes bottines vernies toutes neuves. Julie portait un vieux chapeau, que je suis bien sûre de lui avoir vu Tan dernier sur la tête, et je suis bien trompée^s'il n'y avait pas deux ou trois pièces à ses brodequins. Voilà de l'élégance I

— Au moins, reprit la mère, Julie ne cherchait pas à t'éclipser, et ce n'est pas peu avec une demoiselle de ton caractère. Jalouse ou dédaigneuse, voilà donc ce que tu seras toujours. Mais continue ton récit.

— 'Pour être encore grondée, n'est-ce pas?... Enfin, j'ai commencé, je suis obligée définir. Eh bien, maman, des messieurs et des dames se sont arrêtés pour nous faire causer. Julie s'est mise à rire et à babiller ; moi, j'ai salué et j'ai gardé la tenue qui convient à mon ranfç.

Vous ne croiriez pas que ces gens-là m*ont à peine regardée, ma pauvre maman ; tandis que Julie a été fêtée, comblée de prévenances ; et je les ai etitendus qui disaient en s'en allant : « Voilà une charmante enfant. » Vous allez peu^être croire, et je Fai cru aussi, que cela s'adressait à moi. Pas du tout; ils ont ajouté : « Oui, une ravissante petite blondine I « Je ne pouvais y être trompée, ma chère maman, car je suis brune comme vous, ce que je trouve bien plus beau que d'être blonde.

— Avez-vous entendu cela, Justine? demanda M"*« du Haut-Mesnil en s*adressant àla domestique de sa fille.

— Oui, madame. Il faut dire aussi que mademoiselle Julie me semblait bien gentille dans ce moment-là; elle était encore toute joyeuse du plaisir qu'elle venait de faire au petit frère de sa bonne, en glanant à son profit pendant une grande partie de la journée. Elle n'était pas de celles qui rient du bout des lèvres pour se faire belles. C'était de tout son cœur qu'elle s'égayait des propos joyeux qu'on se plaisait à lui adresser. M"« Robertine , il faut bien le dire , n'était pas aussi bien disposée; elle ne me le disait pas ; mais je voyais bien qu'elle était contrariée de se promener avec sa petite compagne, sans doute parce que le costume de celle-ci lui paraissait trop simple et trop modeste. Pour dire la vérité, W^^ Robertine était loin d'être embellie par celte mauvaise humeur qu'elle ne dissimulait guère.

— Je n'ai pas de peine à le croire, dit M"« du Haut-Mesnil ; et, s'adressant à sa fille : Tu as oublié, ma chère amie, ce que je t'ai souvent répété : « Il est une parure que noUe autre ne saurait égaler ; je l'appelle le sourire de la bienveillance; elle est le reflet d'un coeur pur et aflectueux. »

Soixante-septième et Soixante-huitième Exercice

LE VIEUX ROI, LE JEUNE PAYSAN Et' LE GÉNIE

Il était une fois un roi si vieux, si vieux, qu'il n'avait plus ni dents ni cheveux; il était sec, ridé, cassé et tout tremblotant sur ses jambes ; il ne voyait goutte, même avec ses lunettes. Le bout du nez de ce souverain décrépit touchait presque son menton. Il était rapetissé de la moitié et tout en un peloton, avec le dos si courbé qu'on aurait cru qu'il avait toujours été bossu et contrefait. Un puissant Génie, qui s'était trouvé à sa naissance et lui avait môme servi de parrain, l'aborda un jour et lui dit : « Mon filleul, vous voilà bien chétif et bien vieilli, depuis cent ans que je ne vous ai vu; alors vous étiez frais, rosé, mignon, et l'on ne vous appelait que le prince Charmant. Voulezvous rajeunir ? — Volontiers, répondit le roi surpris et joyeux; pour n'être âgé que de vingt ans, je donnerais tous les trésors qui font de moi le prince le plus opulent de l'univers. — Il faut donc, continua le Génie, donner votre vieillesse à quelque jeune garçon, dont vous prendrez l'âge et la santé ; trouvez-moi un paysan, un malheureux, un mendiant, n'importe, qui consente à faire cet échange, et je suis tout prêt à le favoriser. A qui donnerons-nous vos cent ans? » Le roi fit chercher partout quelque sot, quelque niais assez insouciant de sa jeunesse pour consentir à devenir vieux afin de le rajeunir. Il vint beaucoup de vagabonds, de quémandeurs, d'hommes gueux par état, qui voulaient vieillir pour être tout à coup opulents et environnés de toutes les jouissances du luxe. Mais quand ils avaient vu ce roi impotent, caduc, édenté, goutteux,

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haletant, vivant de bouillie, hideux, puant, souffrant et radotant un peu, ils s'en retournaient dégoûtés ou plutôt effrayés ; ils aimaient mieux rester mendiants, ils auraient préféré se faire errants et bohémiens. Il venait aussi des hommes ambitieux, orgueilleux, ardents à la curée des honneurs, auxquels le vieux roi promettait de hauts rangs et des distinctions flatteuses, les titres de comte, de baron, de marquis, de duc et d'archiduc, de maître des cérémonies... « Mais que faire de ces honneurs? disaient-ils, désenchantés, après Tavoir vu ; nous n'oserions pas nous montrer, étant si dégoûtants et si

affreux. »

Enfin il se présenta un jeune homme de village, beau, frais, réjoui, bien fait et bien portant, qui demanda la couronne pour prix de sa jeunesse ; il se nommait Pierre. Le roi s'en montra d'abord fort irrité et devint tout rouge de colère; il l'appela fripon, drôle, coquin. Mais que faire ? à quoi sert de se fâcher ? il voulait redevenir vif et gaillard. « Partageons mon royaume, dit-il à Pierre; tu seras souverain d'une moitié, et moi de l'autre : c'est bien assez pour toi , qui es un petit paysan. — Non, répondit le garçon, respectueux, mais résolu ; ce n'est pas assez pour moi ; je veux être roi et maître tout seul. Laissez-moi mon bonnet de laine avec mon teint fleuri ; je vous laisserai votre couronne avec vos rides et la mort qui vous talonne. — Mais alors, reprit le roi, que ferai-je, descendu du trône, simple particulier, réduit à la condition d'obscur bour- K'^ois? — Vous serez comme moi, dit le jovial garçon, ^^^ nt, chantant, dansant tout le long du jour. » En P*^ lant ainsi, notre villageois se mit à rire, à danser ^ ' chanter. Le roi, qui était bien loin d'être aussi gai ® ^'ussi dégagé, ajouta : « Que ferais-tu à ma place?

tu n'es point accoutumé à la puissance royale. — Je suis ignorant de ce que je ferais, répondit le paysan, mais je serais curieux de l'essayer; car j*ai toujours ouï dire qu'il est beau d'être roi. » Pendant qu'ils étaient en marché, le Génie survint, et, comme il était indulgent et bon, il dit au paysan : « Mon ami, voulez-vous faire votre apprentissage de vieux roi, pour voir si vous serez content et heureux de ce métier ? — Pourquoi non? » dit le gros joufflu. A Tinstant môme, il se sent jauni, desséché, ridé; ses cheveux blancJiissent; il devient grondeur et rechigné ; sa tète branle et toutes ses dents aussi; le voilà déjà vieux de cent ans. On sert au nouveau roi un grand festin ; mais il est dégoûté et ne saurait mâcher; il est honteux, étonné; il ne sait que dire ni que faire; il tousse à crever, il crache sur son menton ; il a au nez une roupie gluante qu'il essuie avec la manche de son habit ; il se regarde au miroir, et se trouve plus grimacier, plus laid qu'un singe. Cependant le vrai roi était dans un coin, qui riait et qui commençait à redevenir beau, frais et vermeil ; il se redressait avec mille petits airs avantageux. Mais il était crasseux, court vêtu et fait comme un petit torchon qui a traîné dans les cendres. Il n'était pas accoutumé à cet équipage, et les gardes, le prenant pour un valet de cuisine, voulaient le chasser du palais. Alors Pierre lui dit : « Vous voilà bien embarrassé de n'être plus roi, et moi encore davantage, de voir que je le suis devenu. Tenez, voici votre couronne, rendez-moi ma veste grise. » L'échange fui aussitôt fait entre eiix, et le roi de revieillir, et L paysan de rajeunir. A peine eurent-ils repris leur premier état que tous deux s'en repentirent; mais le Génie fatigué de céder à leurs caprices, les condamna à rester chacun dans la condition où la fortune l'avait placé.

Les élèves traduiront cette dictée au féminin, en prenant pour titre :

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