‹ Le livre des professes [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 37 · SOLS · texte numérisé non relu

SOLS

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Jésus-Christ dans ses rapports avec les hommes, — alors nous comprendrions, mais sans faiblesse et sans fadeur ce mot d’un philosophe : Pour étre toujours assez bon, il faut quelquefois l'étre un peu trop.

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La pratique de la charité rend heureux

La religieuse qui s’adonne à la charité fraternelle devient heureuse.

1. Parce qu'elle est assurée, — d’une assurance certaine, fondée sur la parole de Jésus- Christ, — que tout ce qu’elle fait pour ses sœurs, Dieu le lui fera à elle, — que tout ce qu'elle souhaite à ses sœurs alors même qu’elle ne peut réellement le leur faire, Dieu le lui fera à elle.

La charité fraternelle a une admirable puissance ; ellle ne travaille jamais en vain même quand elle n’obtient pas ce qu’elle voulait ; le mérite vous revient à vous qui avez essayé de faire du bien et qui n'avez pas réussi ; et au ciel les saints seront récompensés même du bien qu’ils ont fait à des âmes qui se sont damnées malgré leurs secours. C’est ainsi qu'un supérieur qui met tout son zèle à faire pratiquer la règle a le même mérite si ses religieux l’écoutent que s'ils ne lécoutent pas. Ainsi la religieuse qui s'applique à faire du bien, autour d’elle, à édifier, à rendre

hacun des

actes qu’elle a faits aiors même que sur la | terre, aucun de ses actes n'aura été couronné de succès. | Comment avec ces pensées ne pas vivre C dans une paix et ne joie continuelles ? Q Comment ne pas espérer le pardon de ses

péchés quand on pardonne si volontiers? Æ à Comment ne pas être sûre d'obtenir toutes la les grâces qu’on demande, quand soi-même cl on ne refuse aucune des demandes qui nous l

sont faites ? Comment surtout ne pas mourir , en paix à la pensée qu'on va être jugée par se celui qui a dit: Je serai pour vous ce que vuus il aurez élé pour les autres ? gu 2. La religieuse charitable est heureuse Æ ain parce que si chacune des sœurs qui vit avec Æ so elle s’adonne comme elle, à cette pratique si Æ un douce et si méritoire de la charité fraternelle, Æ A 0 la communauté devient un vrai Paradis Æ grâ Ecoutez le tableau ravissant que fait StEucher Æ àjo d’une maison où régnait la charité.

.. “Quelle réunion de saints j'ai vue dans Edo mon aimable désert de Lérins ! chacun d'eux E d'a était comme un vase d’albâtre d’où s’exhalaient de suaves parfrms; on respirait dans leur ciel une douce odeur de vie. La beauté de l’homme intérieur reluisait sur leur extérieur ; la charité les unissait ; ils s’abaissaient par humilité ; la douceur accompagnait leur piété et la fermeté la plus inébranlable était au fond de leur espérance. Si vous les rencontriez, vous trouviez toujours la modestie dans leur démarche, un filial empressement

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dans leur obéissance, le silence sur leurs

lèvres, la sérénité sur leur front, et dans la

paisible dignité de leurs mouvements, vous contempliez avec délices une image de l'ordre qui règne dans les célestes phalanges. ”

3. La religieuse charitable est heureuse alors même qu’elle serait seule à s'adonner à la pratique de la charité. La vertu de la charité fraternelle renferme une suavité,

u'on ne trouve dans aucune autre vertu.

est que le cœur est fait pour aimer et pour se dévouer et lorsqu'il aime et qu’il se dévoue,

il est satisfait : quand on aime, dit St Au-

gustin, on ne souffre pas ; ou si on souffre, on | aime sa souffrance. La mère, s'imposant pour son enfant les plus durs sacrifices, éprouve un honheür tout naturel à souffrir pour lui.

À cette satisfaction que donne la nature, la grâce, — quand on agit surnaturellement, — | ajoute une satisfaction céleste. Voilà pourquoi Jésus-Chrisi dit que Le joug de sa loi est doux et léger. La loi du Seigneur est une loi d'amour, et ce qu’on fait par amour on le | fait avec bonheur.

Et ce bonheur, dû à la charité, se traduit par le rayonnement du visage, — par l’affabilité de la parole, — par la joie intime du cœur, qui, selon la belle expression des livres Saints, est dans un festin perpétuel.

Et ce bonheur chasse l'ennui qui est le partage des cœur se repliant sur eux-mêmes et oublieux des autres. Il chasse la mélancolie cet état de l'âme remplie de nuages qui

empêche le soleil divin de l’éclairer et permet

au démon de s’y insinuer et d’y glisser, dans d l'ombre, ses pensées sensuelles. te Etre heureuse c’est l’état habituel de l’âme bi dévouée et le cœur qui est heureux rend fa- su cilement les autres heureux. La joie vraie, la le: joie qui part du cœur est, par sa nature, très de communicative. ( ain

III 1 ché

que

La pratique de la charité rond les Ames unies cun entr’ehMes. que

Elle fait régner dans la communauté l'esprit de famille qui est aux âmes vivant ensemble ce qu'est l’air aux poumons, ce qu'est la chaleur aux membres,—l'esprit de famille qui fait que tout le monde est à l'aise, qu’on se de- | mande facilement un service et qu’on accepte avec joie une bonne manière, qui permet de donner simplement un avis el qui, sans aigreur et sans bouderie, accepte un reproche.

Cet esprit de famille vit d'expansion, c’est à-dire de la faculté pour chacun de donner, de recevoir, de demander avec la même bonhomie.

Il vit de confiance ne mettant jamais en doute les sentiments affectueux et dévoués de ceiles qu’on appelle si volontiers et si juste-R ment ma mère, mes sœurs, parce qu’on vit avet EP Ar arrêtée qu'on ne veut jamais faire SŒ de la pein: soi-même et que personne ne veul nous en faire,

- Il vit surtout de reconnaissance. Rien dé bon,

net LL

ans dans une communauté, comme la pensée que tous ceux qui sont avec nous, nous ont fait du

\me bien et veulent nous en faire encore ; rien de

1 fa- suave comme le souvenir habituel de toutes

e, la les bonnes manières que nous avons reçues

très de nos supérieures, de nos sœurs, de tous !

| Oh ! oui, il fait bon de vivre ainsi dans une atmosphère de bienveillance au milieu d’êtres chéris, choisis par Dieu lui-même, qui ont,en quelque sorte, la mission de ne négliger au-

unies D une occasion de nous être utiles et sur les-

quels on peut compter à la vie et à la mort!

Eh ! bien, religieuses, cette atmosphère est l'esprit la vôtre ! |

Vivez donc heureuses, en aimant le bon

Dieu et vous aimant les unes les autres de toute la puissance de votre cœur.

Ne regardez plus tant ces petits défauts de caractère qui deviennent aussi faciles à supporter, quand on aime, que les défectuosités du visage ; ne faites lus tant de cas de ces paroles blessantes échappées sans intention, de ces manques d’égards qui viennent d’un manque d'usage, — regardez le cœur qui est bon, regardez surtout l’âme où habite l'Esprit Saint, où Jésus-Christ est venu ce matin peut-être, où il viendra encore demain.

Donnezbeaucoup, recevez beaucoup ; qu’enire Jésus-Christ et vous, qu'entre vous et vos sœurs 1l y ait perpétuellement un compte de bienfaits qui ne se règle jamais !

à Que chacune de vous pense qu’elle a plus

recu de ses sœurs qu’elle n’a donné elle-même :

LA LA qu’elle demeure donc dans un état perpétuel de reconnaissanc affectueuse et dévouée. I

Il est doux de devoir toujours à ceux qu’on f aime et de toujours travailler à payer ses n dettes. : d

IV q

Litauies de la bonté et du dévouement de

Nous placons ici, afin qu’elle devienne votre Je prière de tous les jours, cette page empruntée

aux PAILLETTES D'Or. |

O Jésus, vivant dns la Sainte Eucharistie, Æ au. mais vivant sans ces paroles, sans cette acti- lèv:

vité, sans cette vie matérielle qui tombe sous les sens, et ne pouvant plus par conséquent faire sentir aux hommes, comme vous le faisiez aux jours de votre vie mortelle, votre bonté et votre miséricorde, — Jésus, qui voulez cependant que les hommes sentent votre amour, je viens m'offrir à vous, afin que, pénétrant en moi et résidant, en quelque sorte, en moi, vous vouliez vous servir de chacun des membres de mon corps et de chacune des facultés de mon âme pour faire à ceux que vous aimez ce que vous leur faisiez, quand, autrefois, sur la terre, vous étiez visiblement avec eux.

O Jésus, qui abandonné de tous au jardin des Olives, avez eu besoin d’être soulagé, fortifié, encouragé ; Jésus qui savez qu’il y à, à cette heure, des âmes qui, comme vous, n'ont plus sur la terre ni appui, ni force, n1

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voire runtée

aristie, e actie SOUS équenti pus Île | votre 1 VOUt voire >. pénéprte, el cun des facultés s aimez pis, SUT ux.

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consolateur ; envoyez-leur un ange qui fasse tomber sur elles un peu de joie et un peu de paix ! Oh ! si cet ange, c'était moi! Que me faudrait-il souffrir pour cela, Ô Jésus ? S'il est nécessaire d’une peine intérieure ou d’une douleur extérieure pour faire de moi, pendant quelques minutes, l’ange consolateur d’une âme désolée, oh ! quelle que soit l’amertume de cette peine et la ténacité de cette douleur, je vous la demande, à Jésus !

0 Jésus, qui cherchez des lèvres pour dire aux âmes l’amour que vous leur portez, — des lèvres pour rappeler aux pauvres et aux rebutés qu'ils ne sont pas abandonnés, — aux coupables qu'ils ne sont pas méprisés, — aux timides qu'ils sont protégés, — Jésus, prenez mes lèvres et, à mon insu, s’il est à craindre que la vanité ne gâte ce qui ne vient que de vous, donnez-moi de dire ou d'écrire des paroles de force, des paroles d'amour, des paroles de bienveillance et de pardon. Faites que je regarde comme perdue toute journée que J'aurais passée sans parler de votre bonté, — sans avoir relevé ou fortifié une âme, — sans avoir fait prononcer, avec un sentiment d'amour, votre nom béni par la bouche au moins d’un petit enfant.

O Jésus, si patient pour ceux qui vous fatigualent de leur importunité et qui vous

laissaient par leur ignorance et leur diffculté à comprendre vos paroles, — Jésus, si bienveillant pour redire les mêine leçons, pour attendre l'heure de la grâce, pour ne pas humilier ceux qui semblaient ne faire aucun cas de votre doctrine, — Jésus, rendez-moi patient pour écouter, patient pour ins{ruire, patient pour recommencer trois fois, quatre fois, dix fois, les mêmes enseignements.

Rendez-moi fort pour ne pas me lasser de montrer un visage affable, alors même que limportunité d’un visiteur se ferait lourdement sentir ; et si la faiblesse de mon tempérament dominait ma volonté, si je laissais apercevoir l'ennui ou la lassitude, donnez moi, Ô Jésus, de réparer vite, par des paroles affectueuses, la peine que j'aurais faite !

O Jésus, qui, avec une délicatesse infinie, attendiez, assis sur le bord du chemin, l’occasion de faire du bien, — qui demandie: simplement un service matériel pour rapprocher plus facilement de vous l’âme de cette pauvre Samaritaine que vous vouliez sauver.

— Jésus, donnez-moi de deviner les douleurs que la timidité quelquefois, que la crainte plus souvent, ou même qu’une délicatesse exagérée fait cacher dans les profondeurs de l'âme ; donnez-moi ce savoir-faire, simple, courageux, mais discrèt en même temps, qui s'insinue sans blesser, qui demande sans froisser et qui, sans humilier, verse douce

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faite pren comr vous dispo:

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ment l'huile et le vin sur la plaie qu'il a découverte.

O Jésus qui cherchez un dispensateur fidèle de vos trésors matériels et de ces joies extérieures rayonnement des joies ineffables du ciel, — donnez, donnez-moi beaucoup pour que je donne beaucoup; prenez mes mains et faites-en les dispensatrices de vos aumônes ; prenez-les encore pour qu’elles deviennent comme étaient les vôtres, ô Jésus, quand vous laviez les pieds de VOS Apôtres, à la disposition de lous, — travaillant pour tous, — venant en aide à tous. — Faites que je n'oublie Jamais que comme vous je suis sur la terre, pour servir, non pas pour étre servi. — Prenez encore mes lèvres pour qu'elles laissent tomber sur les cœurs les paroles joyeuses qui récréent el les sourires qui rafraichissent. — Que je sois, Ô Jésus, comme la fontaine placée le long de ‘la route où tout voyageur peut venir puiser à toute heure ; que je sois comme

l'arbre du bord du chemin qui appartient à personne et qui est à tout le monde, qui à ous et à toute heure offre ses branches ployant sous le poids des fruits que vous lui avez prêtés pour les autres.

| 0 Jésus qui aimez passionnément les âmes, et pour qui ni les formes extérieures, gracieuses ou rebutantes, ni le caractère facile ou inquiet, doux ou irascible, ne font jamais

perdre de vue que ces âmes, mêmes cachées sous une enveloppe grossière, sont les enfants bien-aimés de Dieu ; — oh ! donnez-moi dans les rapports avec tous ceux qui m’entourent, donnez-moi de ne voir que leur âme, de n’aimer que leur âme; de ne leur faire du bien ausn vue de leur âme, Ô Jésus, pour laquelle vous êtes mort, qui en toute vérité

peut comme moi vous appeler mon père et avec qui je dois près de vous et dans l’inti mité de votre cœur, vivre heureux pendant l'éternité.

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