‹ Le livre des professes [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 37 · AIN · texte numérisé non relu

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Nous aimer tous comme le veut Jésus- Christ, c’est-à-dire être les uns pour les autres ce qu'une mère est pour son enfant, attentive à tout ce qui peut lui être utile ou agréable, vivant de sa vie, souffrant de ses douleurs, souriant de ses sourires.

Nous aimer tous comme le veut Jésus- Christ, c’est-à-dire être l’un pour l’autre à ses petits soins que prodigue à sa mère infirme ou malade la jeune fille tendre et dévouée; elle veille la nuit près d'elle, elle ne la quitte pas le jour, elle devine au mouvement deses lèvres ce que réclame sa maladie... et défaillante elle-même, elle ne dit jamais: Je suis lasse.

Nous aimer tous comme le veut Jésus- Christ, c’est-à-dire nous attacher l’un à l’autre avec cette amitié qui attache deux sœurs et les porte à mettre tout en commun les joies, les peines, les richesses, les vêtements, les parures.

Nous aimer tous enfin comme le veut Jésus-Christ, c’est-à-dire être pour l’âme dües uns des autres ce qü’est pour l’éme d'un inconnu le missionnaire qui quitte tout pour linstruire, pour la purifier et la sanctifier, — ce qu'était St Vincent de Paul, pour les orphelins, les coupables, les délaissés, — ce qu'est la sœur de charité pour tous ceux auprès desquels l’obéissance l’envoie, — ce qu'a été Jésus-Christ qui a donné son sang et sa vie pour nous, ce qu'il est encore, ce divin Sauvéur, qui pendant que nous oublions ces

bienfaits, que nous nous servons de ses dons pour l’offenser, continue à nous aimer, nous supporte, nous prévient, nous recherche et dès les premières démonstrations d’un retour sincère, est prêt à nous rendre son amitié et ses faveurs les plus intimes.

Oh ! oui, ce serait trop beau!

Et cependant n'est-ce pas cela que voudrait le bon Dieu ? N'est-ce pas cela que toute jeune fille aspirant, dans le monde, à être religieuse, croit trouver dans le couvent où elle veut s’enfermer ? N'est-ce pas cela qu’elle se propose d’être pour toutes les compagnes que Dieu lui donnera ? Elle a étudié la vie religieuse au pied du tabernacle, elle a médité les enseignements de Jésus-Christ et des Saints et elle est tellement convaincue que cet esprit de charité et de dévouement forme l'essence de la vie religieuse qu’elle y renoncerait si élle pouvait re u'on ne S'y aime pas comme le veut Jésus-Christ.

Sans doute, il y aurait un peu de lassitude pour se dévouer continuellement et être pour tous comme une vraie mère et une vraie sœur, —Ïl y aurait un peu de peine pour dompter continuellement son amour-propre et se regarder et agir comme la servante de toutes, mais comme cette lassitude et cette peine seraient largement compensées !

Voici les récompenses que déjà sur la terre Dieu donne aux âmes qui se livrent à la pratique de la charité fraternelle.

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La pratique de la charité rend bon

La religieuse qui s'adonne à la charité fraternelle devient réellement bonne, c'est-àdire, qu’elle éprouve comme un besoin irrésistible de faire du bien alors même qu'elle n’a point de retour à attendre, — de se donner, — d’excuser les défauts de ses compagnes, — d'interpréter les actions qui la blesseraient de la manière moins défavorable, — de pardonner avec bonheur, — de punir toujours à regret quand il faut punir, — de posséder en un mot, tout ce qui, sur la terre, peut la rendre plus semblable à Dieu.

Dieu en effet n’est si bon, à notre égard, au oint d’être appelé l’étre bon par excellence, e seul bon: nemo bonus nisi solus Deus, que

pee qu’il est la charité même, Dieu est tout onté parce qu’il est tout charité.

Etilen est de même de Jésus-Christ, et dans des proportions diverses de Marie, des Anges, des Saints qui sont dans le Ciel et de ceux qui vivent encore sur la terre: c’est la charité qui les a poussés et les pousse encore à tant de sacrifices, à tant de libéralités, à tant de services de toute sorte qui ont rempli toutes les heures de leur vie.

De tous on peut dire et on doit dire: lis sont bons.

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Dieu, dit Bossuet, lorsqu'il forma le cœur et les entrailles,de l’homme, y mit premièrement {a bonté comme le propre caractère de la nature divine.

C'est ce fonds de bonté, — cette mine inépuisable, puisqu'elle est divine, que la charité exploite pour ainsi dire et d’où elle tire à chaque instant du jour un nouvel acte de bonté.

Si nous ne refusions jamais, pendant quelque temps, de faire avec simplicité les actes

e charité qui se présentent à nous, nous finirions par être tellement bons que la bonté passerait dans notre nature et nous ne pourrions sans nous faire violence, nous empêcher d’être pour tous cor e une pelite Providence. Alors, nous serions généreux, serviables, indulgents, polis, désintéressés, obéissants envers nos supérieurs, Conciliants avec nos égaux ; — alors nous excuserions sans efforts, nous nous intéresserions aux succès des autres, nous chercherions à faire briller ceux qui nous entourent, — alors nous serions avides de faire du bien à l’âme de ceux surtout qui vivent avec nous, nous prierlons avec un vrai sentiment de bonheur pour leur conversion ou leur persévérance, — alors nous ferions passer dans les actes de notre vie sans même songer que ce sont des commandements, toutes les paroles de Jésus- Christ et de St Paul, nous ordonnant l’union, la paix, la concorde, le support, le pardon, la compassion, la miséricorde, la joie, le dévouement, tout ce qui peut faire ressembler à

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