DES VOEUX DE RELIGION
On appelle vœux de religion ceux qui renferment l'engagement de. pratiquer les conseils évangéliques, c’est-à-dire les vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté qu’on fait dans l'état religieux.
Voici les paroles de Jésus-Christ donnant ces conseils, objets des vœux de religion :
‘ Si vous voulez être parfait, allez vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres et vous aurez un trésor dans le ciel. (S. Math.
xXIX, 21).
# Celui qui ne renonce pas à tous ce qu’il possède ne peut être mon disciple, (c’est-àdire, ne peut pas être compté parmi ces disciples parfaits qui écoutent et suivent le fils. de Dieu dans ses conseils aussi bien que dans ses préceptes. (S. Luc, x1v, 33).
‘ Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive, (S. Luc, 1x, 23. —$S. Math. XVI, 24). |
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“ Je suis venu apporter un glaive sur la terre, je suis venu séparer le fils d'avec le père, la fille d'avec la mère. (S. Luc, xx, 5. —$, Math. x. 34).
‘ Celui qui ne haïit pas (c’est-à-dire r’a pas le courage, quand je le lui demande, de cr'uitter pour me suivre.) son père ou sa mère, me peut-être mon disciple. (S. Luc, xrv, 26).
* ( Celui qui aime son père ou sa mère ou sa maison, ou ses richesses plus que moi, n'est pas digne de moi. (S. Math. x, 37).
Celui qui laissera à cause de moi son père ou sa mère, OU Sa maison, OU ses enfants, ou ses frères, ou ses biens, recevra le centuple ici-bas, et possèdera la vie éternelle. (S. Math. x1x, 29).
Il en est qui forcément restent vierges ; mais il en est aussi qui embrassent volontairement ce parti pour arriver plus aisément Au royaume du ciel. Et Jésus-Christ qui avait dit auparavant: Tous ne sont pas capables d'une pareille résolution, mars seulement ceux qui en ont recu le don, ajoute : Comprenne bien æe discours qui en a reçu le pouvoir et la grace.” (S. Math. x1x, 11, 12).
Ces vœux peuvent être solennels, c'est-àdire fait d'üne manière absolue dans un ordre religieux proprement dit, et acceptés de la même manière par l'Eglise. Le pape seul peut dispenser de ces vœux, et encore me le fait-il que dams des cas exceptionnels et très-rares.
Ils peuvent être simples, c'est-à-dire accep-
Or, qui à plus aimé Dieu qu'une religieuse ?
Elle a renoncé pour lui à tout ce sd aimait : à son père, à sa mère, à ses frères à ses sœurs, — à tout ce qu'elle pouvait attendre des joies humaines, de bien être matériel, de gloire et de satisfactions ! — Elle lui a donné son corps et son cœur par le vœu de chasteté, ses biens, Son temps, son industrie par le vœu de pauvreté, son être tout entier par le vœu d’obéissance ?
Voilà un exposé bien simple et bien peu enthousiaste des avantages que l’état religieux offre au corps en même temps qu’à l’âme ; et nous demandons à toute personne sincère sl elle peut exiger davantage et si, connaissant l’état religieux d’après seulement les pages que nous lui avons consacrées, elle ne voit pas que tous ces avantages existent réellement.
Oh! mous le savons bien, il y a dans les.
communautés des religieuses qui ne goûtent pas les débices dent nous avons parlé, ïl en est même qu les nient et qui souscrivent à.
toutes les paroles que nous dirons dans le chapitre smvant : mais, dit St. Liguori, celleslà me sont pas bonnes religieuses. Etre bonne religieuse et heureuse c'est méme chose, car le bomheur de la religieuse et sa perfection consistant dans l’union étroite de sa volonté à
celle de Dieu, dès que cette volonté sc *“)are elle n’est plus à sa place, elle souffre.
Une religieuse est réellement par anti-
Cipation ou en Paradis ou en Enfer.
: Qu'est-ce, en effet, que le Paradis ? — C’est être loin des peines et des ennuis du monde, — c'est demeurer et conver;er avec les saints et jouir tous de leur douce amitié. — C’est ets être uni à Dieu, n'avoir de volonté que la sienne et goûter dans cette union une paix inaltérable. — N'est-ce pas la vie de la reli- à gieuse fidèle ?
Qu'est-ce que l'Enfer ? -- C’est être accablé de peines et d’ennuis dont ceux de la terre ne sont que de pâles reflets, — c’est demeurer au milieu d'êtres pervers, hideux à voir, méprisants, haineux. — C'est ne pouvoir jamais faire sa volonté, — c'est être renfermé dans une maison d'où l’on ne peut plus s'échapper, — C’est enfin repousser Dieu et être abandonné de lui. — N'est-ce pas la vie d’une religieuse infidèle ? Il lui est tout aussi impossible d’être contente avec son âme criblée de blessures, que de se bien porter avec un corps couvert d’ulcères.
Les religieuses non pas ferventes mais simplement fidèles ont leurs épreuves, elles aussi, mais une conscience tranquille est un baume qui en adoucit l’amertume.
Etre persuadée que les contrariétés et les peines sont l’occasion pour l'avenir d'une immense gloire, n'est-ce pas assez pour étouffer tout murmure ? "
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20. Ces vœux débarrassent l'âme religieuse des trois grandes sollicitudes qui, remplissant l'esprit, le détournent presque inévitablement de la pensée de Dieu : sollicitude occasionnée par la conservation et l'acquisition des biens temporels,—sollicitude causée par les soins donnés à sa famille,—sollicitude occasionnée par le dérèglement &e la volonté propre qui veut, qui ne veut pas, qui ne peut toujours savoir si ce qu’elle veut, est selon Dieu. |
30. Ces vœux sont par eux-mêmes un acte d'abord, et de plus un exercice continuel de charité parfaite ; de telle sorte que l'âme religieuse peut se regarder avec juste raison, Comme un holocauste perpétuel se consumant à la gloire de Dieu. Elle lui donne en effet tout ce qu'elle a et ce qu’elle peut avoir : Les biens matériels de la fortune par le vœu de pauvreté,—les biens personnels du corps par le vœu de chasteté,—les biens intimes de l'âme par le vœu d'obéissance. Et par la perpétuité de ces vœux, elle s'engage à ne pouvoir plus retirer sa donation.
C'est donc l'offrande la plus complète qu’une créature puisse faire.—C'est l’acte le
lus élevé de charité qu’elle puisse former.— C'est le plus grand hommage qu’elle puisse rendre à la souveraineté de Dieu.— C’est tout ce qu’une créature peut faire pour rendre gloire à Dieu, puisqu'il est vrai que Dieu daigne trouver sa gloire dans la doration
Que 16s créatures lui font d’elles-mêmes.
… 40. Ces vœux établissent l'âme dans un état
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de dépendance complète de Dieu. Elle devient un seul esprit avec Dieu ; comme Jésus Christ elle n’est plus en ce monde pour faire sa volonté propre, mais pour faire la volonté de celui à qui elle s’est donnée : c’est là sa nourriture de chaque moment.
Dieu peut faire d'elle tout ce qu'il veut :
elle est une amie fidèle à qui Dieu peut tout demander,—un coopérateur dévoué que Dieu peut employer pour accomplir les desseins de la Providence comme il le veut, et quand il le veut—qu'il peut retenir dans la solitude, -en l'employant à la prière, —envoyer au milieu des malades pour les soigner, des enfants pour les instruire, des pécheurs pour les ramener, et jusqu'aux extrémités du monde pour propager la foi catholique.
IL, Ces vœux établissent réellement l'âme dans Pétat d'hostie et de victime qui est proprement l'état religieux.
L'âme religieuse, avons-nous dit, est devenue par sa consécration une hostie, une victime de Dieu; elle est donc entre les mains de Dieu dans un état de mort qui permet à Dieu de l’employer comme il le veut.
Cette âme, en effet, est morte au monde par la solitude dans laquelle elle cache son corps, ou dans l'enceinte du cloître qui la dérobe à tous les regards et à tous les bruits, et qui a rendu vraie à la lettre la cérémonie si émou vante du drap mortuaire étendu sur la novice qui vient de prononcer ces vœux—ou simple-
“ment sous des vêtements de deuil, habituelle.
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-où je me suis renfermée.
en propre et que ies supérieurs peuvent lui
cette religieuse ne serait plus en état de jamais rien posséder.
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ment grossiers, qui indiquent a tous ceux qui la voient qui y à une barrière entre la personne qui les porte et les joies et les affections et les nouvelles du monde.
Morte au monde par la vie de communauté qui lui crée une nouvelle famille toute spirituelle, dans laquelle elle se dévoue comme elle se dévouait dans sa famille naturelle— où elle peui dire #:4 mère, mes sœurs, comme elle le disait autrefois—où enfin se trouve tout ce qui lui est nécessaire pour l’âme, pour le corps et pour le cœur. Elle peut donc dire en toute vérité : Le monde ne n'est plus rien,— mon monde à moi c'est cette maison de Dieu,
Cette âme est morte aux biens de la terre par le vœu de pauvreté, puisqu'elle ne possède rien
enlever, quand ils le jugent à propos, tous les objets qui sont à son usage, —changer : par d’autres plus pauvres les vêtements qui la couvrent,— ôter de de cellule les meubles qu’elle y a trouvés en entrant.—la faire aller d’une cellule à l’autre sans qu’elle ait droit de réclamer,—lui défendre de rien recevoir ni rien donner :—et même, si les vœux sont solennels,
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Cette âme est morte à sa volonté par le vœu «dobéissance qui la met sous la dépendance de la règle qu’elle a embrassée et deisa supé- ‘rieure lui commandant tout ce qu’elle croit. “nécessaire pour l'observation de cette règle,--
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