Biens et Richèsses
La richesse, c’est-à-dire la possession et ia
jouissance d’une grande abondance de biens
est certainement préférable à la pauvreté, c'est-à-dire au manque des choses nécessaires à la vie,
La pauvreté fait souffrir, la richesse empêche beaucoup de souffrances.
Mais entre le mangue et l'abondance est un état qui consiste à avoir le nécessaire, — âe
temps en temps l'agréable (afin qu'il reste agréable et ne devienne pas nécessaire) et à être sûr que ce nécessaire et cet agréable ne manqueront jamais.
Or, cet état est mille fois préférable à l’état de richesses abondantes.
Les richesses font naître la satiété par leur abondance même — elles émoussent la jouissance par leur monotonie — elles excitent de nouveaux besoins qui finissent par ne pouvoir être rassasié — elles laissent dans l'inquiétude de perdre cette abondance dont on ne pourra plus se passer — elles exigent une surveillance de tous les instants, une vigilance extraordipaire afin que rien ne se perde ou diminue...
Or, l’état dans lequel le néc:ssaire existe toujours et l’agréable vient quelquefois, dans lequel surtout la crainte de manquer du nécessaire est bannie, est l’état religieux.
On n'a qu'une cellule, mais elle suffit, et on y vitsatisfait. — Elle plait, elle est simplement ornée, elle répond aux goûts de celie qui.
l’habite.
On n’a pas beaucoup de vétements, mais quand ceux dont on a lusage, viendront à être usés, d’autres seront remis, et ces habits simples mais propres, ne donnent ni l’inquiétude du changement, ni l'embarras de l’arrangement, ni le désagrément de la comparaison avec d’autres.
On n’a pas de domaines à soi, ce qui occasionne les soucis d'exploitation, de conservation, mais on jouit d'un jardin bien cultivé
—Jt —
où il y a des fleurs qu’on aime, des sites qu'on préfère... #
On n’est exempt ni de maladies, ni d'infirmités, mais on est soigné tout aussi bien qu'avec des richesses immenses : même médecin, mêmes remèdes, et les soins sont plus affectueux, plus attentifs, plus maternels surtout.
On n’a qu’une couche simple, mais bonne, et sur laquelle on dort avec une paix et un calme qu’envierait la dame la plus riche.
On n’a pas de mets recherchés, — mais à quoi bon puisqu'on aime ceux qui son servis ? qu'ils sont abondants, et qu'ils apaisent une faim que n’ont pas besoin d’exciter les condiments recherchés.
En vérité n'est-ce pas être riche qu’avoir tout cela ?