Plaisirs et Jouissances
Ici vient la grande difficulté : On soufre dans les communautés, dans les cloîtres surtout ; el la souffrance vient principalement d'u manque de liberté et du travail imposé.
Ceux qui parlent ainsi n’ont pas vécu dans les communautés.
Voulez-vous dire qu'on ne sort pas quand on veut, mais d’abord veut-on sortir ? Non, parce qu’on ne s’est renfermé que parce qu’on la bien voulu; et puis, que de femmes sont aussi cloitrées que les religieuses, sortant aussi peu, soit par goût soit par nécessité, le désiratit et ne le pouvant pas. |
1. Dans les couvents l’obéissance qui enchaine la liberté est due à une règle qui se modifie selon le tempérament et qui, avant d’avoir été écrite, a été longtemps pratiquée et n’est pas au-dessus des forces ordinaires On l’a du reste essayée.
Elle est due à une supérieure qui est tenue par des lois sévères et surtout par sa conscience, à ne pas commander par caprice, à poser son commandement avant de le faire, à ne le faire que pour le bien de la personne à qui elle commande.
Dans le monde, la femme n’obéit-elle pas à son mari, à la mode, aux exigences de la société, aux visites importunes, aux ouvrières, aux domestiques qui la servent, et peut-être hélas! à ses nassions qui ne sont pas les moindres de ses tyrans ?
Quelle différence !
2. Dans ie couvent, le commandement varie peu ; ce qu’on à fait hier, on le fera aujourd’hui. On sait à peu près d'avance tout ce qu’on a à faire, et l'habitude rend doux, au moins supportable, ce qu'il peut y avoir de pénible dans l’obéissance.
3. Dans le couvent, l’obéissance est allégée par la pensée qu'on obéit à Dieu, et:que chaque action même la plus petite, faite avec cetie pensée, ne restera pas sans récompense.
Oh! il y à au couvent une vertu qui a la puissance de faire changer de nature à toutes Choses, de tout grandir, de tout rendre divin presque, c’est l'Esprit de ‘oi habituellement
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inconnu dans le monde. L'âme qui a le bonheur de le posséder, — et Dieu le donne toujours à celui qui le lui demande, — ne voit dans son travail, dans ses peines, dans ses joies, dans ces mille petits accidents de la journée qu'un moyen de plaire à Dieu, et de s'enrichir pour le ciel. Que lui importe à cette âme, d'être occupée à lire, à écrire, à faire la classe, à balayer, à veiller au chevet d’un malade, à s'amuser même quand on le lui commande, à rester à genoux devant le saint Sacrement, ou couchée malade dans un lit.
Elle sait que chacune des minutes qu’elle emploie-ainsi dirigée par l’obéissance et sous le regard de Dieu, lui vaut un trésor dans le ciel. — Aussi quelle joie, quelle lumière, quel festin continuel dans cette âme !
Allons plus avant dans ce sujet.
Qu’apvelle-t-on plaisir ? C’est tout ce qui fait éprouver une sensation agréable, voilà la défini tion ordinaire ; ajoutons pour être entièrement exact et qui n'est suivi ni de fatigue ni de remords.
Or ces plaisirs peuvent se rencontrer :
1, Dans l'intelligence. — Et ils sont bien plus abondants en religion que partout ailleurs.
L'intelligence trouve des jouissances dans l'étude, dans la lecture; or le couvent a des hruris réglées pour l'étude. — Il possède des maitres intelligents et dévoués, toujours prêts h faire part de ce qu’ils ont appris -- des J'uges expérimentés et sûrs, à qui on peut communiquer ses travaux sans Craindre une critique
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acerbe ou passionnée — des amis bienveillants qui aident dans les travaux. — Le couvent possède des livres choisis plus nombreux, plus rares, plus spéciaux qu’on n’en possèdurait jamais si on était seul.
L'intelligence trouve des jouissances dans la conversation ; or dans le couvent, la conversation est tout aussi spirituelle que dans le monde : l'esprit n’y est pas méchant, mais il
est aussi attrayant, aussi animé, et il à habituellement quelque chose de plus élevé et de plus distingué.
La conversation est surtout vivifiée par la charité qui s'ouvre et se donne, qui me se fâche pas, qui cherche à plaire, non pas pour soi, mais uniquement pour faire plaisir et pour mener à Dieu. — Elle ne se lasse pas, parce qu'elle est fixée pour le temps, elle ne désoblige pas parce qu’elle est réglée par la bienséance. — Elle discute mais ne dispute jamais ; elle peut être vive, animée, mais n’est jamais ni Colère ni emportée.
2. Dans le cœur. Le cœur éprouve des jouissances d'autant plus vives, qu'il est plus pur et plus pieux.
La pauvreté lui donne la délicatesse.
La piété lui donne la sensibilité.
La joie du cœur se trouve dans l’épanchement de la paternité, et dans les douces liaisons de l'amitié. |
Or, il y a, au couvent, quelque chose qu’on ne trouve nulle part: La mère et l'enfant.à
tout âge et les rapports de l’un à l’autre pendant toute la vie.
Entre une supérieure et une religieuse, ce ne sont pas seulement deux cœurs qui se parlent, ce sont deux äâmes. L'une restant toujours enfant simple, bonne, confiante, J'autre toujours mère, aimant, purifiant, conduisant au ciel.
Et les joies de l'amitié! oh! qu'elles sont bonnes au couvent ! comme la sympathie y est plus vraie, mieux sentie, mieux divine, mieux surnaturalisée surtout !
Les amies n’y sont pas rares et cela se conçoit. Si on est venu volontairement se mettre sous la même règle, dans la même maison, c'est qu'il y avait mêmes goûts, mêmes sentiments, même esprit de Dieu, on se trouve par conséquent tout rapproché. Au noviciat on a été pour ainsi dire moulé dans un même moule, on a appris à s'aimer, on a compris surtout qu’en: s’aimant, on plaisait au bon Dieu.
Et les joies de l'âme devant le Tabernacle où contmuellement, où nuit et jour vit renfermé Jésus-Christ ! Jésus-Christ pour qui on est venu, Jésus-Christ qu'on aimée d’un amour passionné. Il a bien fallu qu’on l’aimât pour qu'on renonçât pour lui à tout autre amour. fer
Oh! qui dira le bien-être de l’âme, la paix, la joie délirante quelquefois, joie intime sans doute, mais qui se fait, sentir au corps. tout.