‹ Le livre des professes [microforme] (volume 3)Chapitre 45 sur 49 · OS · texte numérisé non relu

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compte, vous ne pouvez ni l’un ni l’autre, juger de ce que souffre une nature qui se révolte en se voyant sous un joug qu’elle déteste. C'est l'enfer dans la maison de Dieu.

S'il y a sympathie, vous risquerez d’obéir par affection naturelle, et ainsi pour votre Jseanee ; et alors, outre que vous perdrez e fruit principal de l’obéissance, puisqu'elle aura son motif dans l'amour de la créature, vous introduirez dans la communauté une cause de discorde, un principe dissolvant.

Car les affections naturelles y amènent des relations particulières, des tendresses secrètes qui nuisent à la charité générale, parce qu’on s'y recherche soi-même et non le bien de la communauté ; et de ces privautés, fléaux des maisons religieuses, et qu'il faut en extirper à tout prix si l’on veut les conserver pures et les maintenir dans l'esprit de leur institution, sortent des coteries, des jalousies, des scissions, et finalement la discorde.

. Ne vous flattez donc point de l'illusion qu’il soit facile d'obéir. J'ai été consulté par beaucoup de personnes qui désiraient entrer en religion, et j'ai toujours remarqué que celles auxquelles l’obéissance paraissait si facile avant de l'avoir pratiquée, l’ont trouvée bien dure et même insupportable dans l’épreuve; tandis que d’autres, qui en avaient peur avant d'entrer au couvent et la regardaient comme leur plus grand obstacle, s’y sont mises avec courage malgré leur répugnance naturelle, et ont trouvé le fardeau

doux et léger après l’avoir porté. Oui, ma chère enfant, rien n’est plus difficile, et j'a- jouterai, rien n’est plus rare que de savoir obéir, en esprit et en vérité, surtout quand il faut le faire continuellement, comme dans la vie religieuse, sans récompense, sans exaltation, sans gloire, sans dédommagement d’aucuné sorte, mais uniquement par devoir et en conscience. Les anciens disaient que la plus belle victoire est celle qu'on remporte sur soi-même. Or, pour obéir, comme on s'y engage par vœu en religion, il faut se combattre et se vaincre perpétuellement. Je livre ce premier point à votre réilexion.

Le second vous paraîtra sans doute moins difficile, car votre cœur innocent et pur n’a encore ressenti aucune atteinte de l’amour humain. Néanmoins, jusqu’à présent, c’est plutôt une innocence d’ignorance que de vertu. Vous n'avez point encore été éprouvée de ce côté d’une manière sérieuse, à cause de votre âge, et parce que vous avez peu fréquenté le monde. Le peu que vous en avez vu n’a point excité en vous le désir d'en goûter davantage, y trouvant point de plaisir et craignant le danger. C’est quelque chose: mais l'épreuve n'est point suffisante. Votre cœur n'a pas encore parlé au milieu des hommes. Ce n’est pas une raison pour qu’il n’aime que Dieu et qu'il l'aime par dessus tout. Il peut s'aimer

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beaucoup lui-même et n’aimer les autres que pour lui. Vous, en etiet, beaucoup d’ardeur dans vos affections naturelles et dans vos amitiés. Je vous ai déjà connu deux ou trois passions pour des jeunes filles de votre âge, et elles n’ont pas été sans orages. Ce n’est pas un indice que l’amour de Dieu règne seul dans votre âme, et qu'il pourra la remplir tout entière. Songez qu'au couvent les affections particulières sont défendues, mêmes aux supérieures, et que les religieuses ne doivent s'aimer les unes les autres q'1e dans l'amour commun de Jésus-Christ, ou dans la charité la plus pure et la plus élevée. On n’a pas d’amie en religion, on n’a que des sœurs, et si dans le mariage humain le cœur d’une femme doit être tout entier à son mari, en religion ou dans le mariage divin, il appar.

tient sans partage à l’Epoux céleste, et c’est une infidélité, une sorte d’adultère que de s'attacher d'amour à une créature quelle quelle soit. Vous ne pourrez plus même aimer vos parents comme vous les avez aimés jusqu'ici. Il vous faudra renoncer à les voir selon vos désirs, etsi même dans ces rapports, devenus plus rares, quelque chose troublait votre âme dans sa nouvelle position il faudrait. y renoncer ; car Jésus-Christ a dit ‘ Celui qui aime son père, sa mère, ses frères et ses Sœurs plus que moi, n’est pas digne de moi. RUE

Reste le vœu de pauvreté, qui consiste, non pas précisément à ne plus rien posséder absolument, ce qui est impossible, mais à n’user de rien sans la permission des supérieurs et à vivre de la manière la plus simple, ne donnant aux besoins de l’existence que le strict nécessaire, et encore pas toujours, comme dans les ordres les plus sévères. Aïnsi vous, serez habillée d’étoffes grossières, de bure,

eut-être sans linge, comme chez les Carméites ou les Trappistines. On vous imposera peut-être des jeûnes fréquents, une abstinence continuelle. Vous habiterez une cellule étroite et obscure. Vous coucherez sur la dure ou même sur une planche. Il vous faudra subir le froid et le chaud sans murmure, et vous n'aurez plus un objet à votre service que vous puissiez appeler votre, et approprier exclusivement à votre usage. Si vous vous attachez à quoi que ce soit, on vous l’ôtera, ne füt-ce que pour vous former au renoncement ; et voire volonté qui maintenant est si ardente à poser sa main sur les personnes et les choses pour s’en faire un domaine ou des instruments, n'aura plus à quoi se prendre et sera refoulée persétuellement sur elle-même.

Tout cela vous paraît facile parce que, dites-vous, vous avez essayé. Cet essai est volontaire il n’est pas imposé et puis ce n’est qu'un essai que vous pouvez laisser de côté.

Une fois engagée, les privations deviendront

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