‹ Le livre des professes [microforme] (volume 3)Chapitre 44 sur 49 · PEINES QUI PEUVENT SE RENCONTRER DANS L'ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

PEINES QUI PEUVENT SE RENCONTRER DANS L'ÉTAT RELIGIEUX

Avant de commencer la lecture de ce chapitre nous prions la religieuse de réfléchir avec calme sur le fître même qui l’énonce :

Peines qui peuvent se rencontrer dans l’état religieux.

Ces peines peuvent s’y rencontrer, mais n’y

sont pas nécessairement attachées; elles ne viennent pas de l'état religieux, comme viennent de cet état lui-même les avantages dont nous venons de parler dans le chapitre précédent ; elles s’y rencontrent, mais sont plus ou moins senties selon les dispositions de l’âme.

C’est surtout la manière d'étre de la religieuse qui lui fait voir et sentir ces peines ; et peut-être la plupart des religieuses qui liront ce chapitre le trouveront exagéré : elles n'auront jamais rien vu de semblable ni en elles ni autour d'elles.

La nature humaine gâtée par le péché originel est devenue indépendante, impatiente du joug, passionnée pour tout ce qui flatte ses sens, ennemie de toute contrainte, et partou

où elle est elle trouve à se plaindre, à murmurer, à se révolter. La nature humaine, hélas! nous accompagne partout; elle est dans le cloître, elle aussi ; mais dans le cloître par l'influence de l’exemple, par la force de la volonté et surtout par la réception pieuse et fréquente des sacrements qui lui communiquent la grâce de Dieu, elle se transforme petit à petit, elle se fortifie, elle s’assouplit et tout en sentant que la ioi de Dieu et les conseils évangéliques sont un joug, elle peut dire en toute vérité : Votre joug est doux, 6 mon Dieu, et votre fardeau est léger.

Nous empruntons le tableau des peines qui peuvent se rencontrer dans l’état religieux aux lettres spirituelles de l'abbé Bautain (La chrétienne de nos jours). Cette lettre est adressée à une jeune fille avant son entrée au couvent ; elle sera utile à celles qui y sont déjà depuis quelques années en leur montrant ce qu’elles peuvent avoir à souffrir si elles ne sont pas fidèles à s’unir à Dieu (1).

‘ La fin de la vie religieuse étant de se consacrer exclusivement au service de Dieu et du prochain, entraine, comme moyen nécessaire, le renoncement au monde et à soi-même. ‘‘ Que celui qui veut s'attacher à moi, a dit Jésus-Christ, fasse abnégation de

. (1): 1] n’y a ici que des généralités quoiqu'on y lise beaucoup de détails. Ces généralités peuvext suffire jOu faire connaitre les peines qui se trouvent dans ’état religieux ; mais il y a des peines intimes et particulières dont nous parlerons dans la seconde partie,

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Jui-même, prenne sa croix, la porte tous les jours et me suive!” Or, pour assurer ce renoncement, cette abnégaiion totale de soi, la chose la plus dure, la plus difficile à la nature, et qui s'opère par tous les degrés de la mortification, l'Eglise, après avoir mis à une longue épreuve les aspirants à la vie la plus parfaite, leur propose ce qu’on appelle Jes vœux de religion, par lesquels ils doivent s'engager pour un temps, ou pour toujours, à obéir à leurs supérieurs, à vivre dans la continence, et à se contenter du plus strict nécessaire. Ce sont les trois vœux d’ohbéissance, de chasteté et de pauvreté.

Le premier est certainement le plus difficile: car il en coûte plus à l’homme de renoncer à la prétendue indépendance de sa raison et de sa volonté, qu'aux plaisirs des sens ou à la jouissance de la propriété. Il n’y a rien qui nous soit plus intime que notre volonté ; c’est le moi dans ce qu’il y a de plus profond, de plus personnel, et l’obéissance doit le soumettre à la volonté d’un autre, ce qui révolte notre orgueil. Or remarquez, ma

chère enfant, qu’en religion, on doit obéir en

conscience et sur tous ies points. On a devant soit une règle qui détermine les mouvements de tous les instants, et, par dessus la règle, la parole du supérieur chargé de l’ap-

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piquer et. de l'interpréter. Ce. n'est pas

comme dans la famille, dans la maison de vos parenis, où vous n'obéissez la plupart du temps qu'à peu près, ou même pas du tout, rusant de toutes manières pour éviter ce qui vous est désagréable, et parvenant souvent à vous faire dispense même du devoir; à éluder, différer, atténuer ce qui vous est prescrit, à force de raisonnements, de distinctions, de discussions, ou enfin, au besoin, de caresses ou de larmes ; en sorte que, en général, vous faites à peu près ce qui vous convient, et vous trouvez encore le moyen d'imposer votre volonté à tous ce qui vous entoure.

Au couvent, chère enfant, il n’y aura plus à raisonner, à discuter, à composer ; et même, en vous conformant par les dehors à ce qu’on exige de vous, vous seriez encore coupable jusqu’à un certain point, si vous ne l’accomrte qu'à la lettre, sans y mettre tout votre on vouloir. Du moins vous n’avanceriez pas dans la voie parfaite, qui consiste surtout à renoncer à sa manière de voir et à sa volonté propre.

- Puis en religion, vous trouverez des supérieures entre Dieu et vous, entre vous et la règle. Quelque sages qu'elles soient, ou que vous le deveniez vous-même, il y a toujours de l’humaï1 des deux côtés ; par conséquent des antipathies ou des sympathies. S'il y a antipathie, vous aurez bien de la peiné à vous soumettre, et le sacrifice sera peut-être audessus de vos forces. Vous aurez mille raisons pour résister ou éluder, et si, en fin de

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