‹ Le livre des professes [microforme]Chapitre 205 sur 222 · SIXIÈME SCRUPULEUX · texte numérisé non relu

SIXIÈME SCRUPULEUX

Je doute, mon Père, que vous ayez jamais connu une âme plus affligée que la mienne...

Croiriez-vous qu'il ne m'est plus possible de prier Dieu, et que j'en sois réduit enfin à demander une dispense générale de tontes les prières pe san je suis obligé par état et par vœu? Pour tout le monde la prière est

une source de grâce et de consolation ; elle est pour moi un martyre et une occasion continuelle de péché. Je ne parle pas d'autre chose à confesse. Cependant il n’est point de pré-

caution que je ne prenne pour prier comme il faut. Malgré cela c’est en vain que je veux me mettre en la présence de Dieu. Vingt signes de croix coup sur coup ne peuvent rien contre les distractions qui m’assaillent en foule. Je cherche mon cœur afin de l'offrir à Dieu ; j° ne le trouve pas. Je le trouve, il me fuit. Je le rappelle, il ne vient pas. Il vient et se retire. Je l’entraîne, 1l m’échappe. Je le tiens, il s’arrache. Il demeure et ne s'occupe ni de Dieu ni de moi. Je l’interroge, il ne m’écoute pas. Il parle et ne s'entend point. Telle est, en deux mots, ma prière. Ajoutez un dégoût affreux, “un ennui mortel, des efforts qui me désolent, une contention qui m’accable, un mal de tête qui nc e. Mon âme est tout à la fois une place publique quant aux distractions, 6t

un désert aride quant aux bons sentiments.

Une heure se passe ainsi avant que j'aie achevé un psaume, Je le reprends, je répète, et c’est toujours à recommencer.

Le Directeur.

En un mot, vous faites tout ce qu'il faut ur vous ruiner la santé, et pour perdre ‘esprit. Comment avez-vous pu vous mettre dans la tête que c'est là ce que Dieu veut de vous ? Ne voyez-vous pas que c’est une erreur de peuser qu’on ne lui est pas agréable, parce ‘en le priant on se ressent de la faiblesse

e l’homme, et qu'on n'est pas un ange; erreur, de faire dépendre un devoir si doux de tant de précautions, de contention, d’agitation et de tourment ; erreur, de regarder comme mauvaise ou comme nulle toute prière qui n’est pas accompagnée d’une attention suivie et d’une dévotion sensible qu’on n’a pas en son pouvoir ; erreur, de se troubler pour des sécheresses et des aridités qui rendent même les exercices de piété plus méritoires, et qu'ont éprouvées les Bernard, les François, les Thérèse, et tous les saints ; erreur, de s'interrompre pour une idée ou une folie qui passe, et qui ne serait rien sans la crainte qu’on en a,et l'attention qu’on y donne ; erreur, de prétendre éviter la distraction en s'arrôtant, par inquiétude, à toutes les distracjh tions ; erreur, de se croire élaigné de Dieu, Mi auquel on tient par.le.cœur et la volonté,

ments. malgré les écarts d’un esprit l6ger et volage ; achevé erreur surtout de répéter sans cesse ce que le 1: xt c'est Seigneur a parfaitement entendu dès la | pierre fois qu’on a eu l'intention générale e le bien dire ; erreur encore, ou plutôt délire et superstition, de dégrader la majesté des À | aroles saintes par l'affectation puérile avec L faut aquelle on les prononce, par l'étendue | | perdre démesurée qu’on donne aux syllabes, par | À mettre mille attentions aussi er que minu- | ut de tieuses ; erreur enfin préjudiciable au salut erreur même, de dénaturer tellement la prière, | Paie qu'elle devient bientôt une loi incompatible blesse

avec la plupart des devoirs de l’état, ou un joug arbitraire, onéreux, ridicule qui dégoûte de la piété, qui déshonore la vertu... Lisez, consultez, et apprenez que pour bien prier | tout se réduit, dans la pratique, à garder ses 1. sens et à diriger son cœur. Le recueillement 1: [R et l'amour, voilà le résultat de toutes les | méthodes d’oraison et de prière ; celles qui ; ne conduisent pas là ne sont pas bonnes,

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