‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 13 sur 33 · EMPIRR SUR SOI-MÊME · texte numérisé non relu

EMPIRR SUR SOI-MÊME

La religion nous élève au-dessus de nos passions; et c'est le plus haut degré de gloire où rhomme puisse ici-bas atteindre. Oui^ mes Frères ; en yain le monde insulte tous les jours à la piété par des dérisions insensées; en yain , pour cacher la honte des passions^ il fait presque à l'homme de bien une honte de la vertu; en Tain il la représente ^ aux grands surtout ^ comme une foiblesse et comme recueil de leur gloire; en vain il autorise leurs passions par les grands exemples qui les ont précédés, et par l'histoire des souverains qui ont allié la licence des mœurs avec un règne glorieux et l'éclat des victoires et des

conquêtes: leurs vices, renu^ jusqu'à nous ^ et rappelés d'âge en âge, formeront jusqu'à la fin le trait honteax qui efface l'éclat de lears grandes actions^ et qui déshonore leur histoire.

Plus même ils sont éleyés, plus le dérèglement des mœurs les dégrade; et leur ignominie^ dit l'Esprit de])ieu , croit à proportion de leur gloire. * Outre que leur rang, en les plaçant au-dessus de nos têtes, expose leurs yices comme leurs personnes aux yeux da public, quelle honte ^ lorsque ceux qui sont établis pour régler les passions de la mnltitûde , deviennent eux-mêmes les vils jouets de leurs passions propres; et que la £orce, l'autorité, la pudeur des lois se trouve confiée à ceux qui ne connoissent de loi que le mépris public de toute bienséance et leur propre foiblesse! Ils dévoient régler les mœurs publiques; et ils les corrompent; ils étoient donnés de Dieu pour êtce les protecteurs de la vertu; et ils deviennent les appuis et les modèles du vice.

Toute la gloire humaine ne sauroit jamais

1) l Hach. I. 42.

effacer l'opprobre que leur laisstp le désordre des mœurs et Pemporteinent des passions. Les victoires les plus éclatantes ne couvrent pas la honte de leurs vices: on loue les actions^ et l'on méprise la personne. C'est de tout temps qu'on a vu la réputation la plus brillante échouer contre les mœurs du héros ^ et ses lauriers flétris par ses foiblesses. Le monde^ qui semble mépriser la vertu ^ n'estime et ne respecte pourtant qu^elle. 11 élève des monuments superbes aux grandes actions des conquérants; il fait retentir la terre du bruit de leurs louanges; une poésie pompeuse les <ïhante et les immortalise; chaque Achille a son Homère; l'éloquence s'épuise pour leur donner du lustre: l'appareil des éloges est doimé à l'usage et à la vanité; l'admiration secrète et les louanges réelles et sincères^ on ne les donne qu'à la vertu et à la vérité.

Et, en effet, le bonheur ou la témérité (mt pu faire des héros; mais la vertu toute seule peut former de grands hc^mmes. 11 en coûte bien moins de remporter des victoires que de se vaincre soi-même; il est bien plus aisé de conquérir des provinces et de dompter des

peuples y que de dompter une passion: la morale même des païens en est convenue* Du moins les combats où président la fermeté, la grandeur du courage, la science militaire, sont de ces actions rares que Pou peut compter aisément dans le cours d'une longue yie; et quand il ne faut être grand que certains moraents, la nature ramasse toutes ses forces, et l'orgueil, pour un peu de temps, peut suppléer à la vertu. Mais les combats de la foi sont des combats de tous les jours. On a affaire à des ennemis qui renaissent de leur propre défaite. Si vous vous lassez un instant, TOUS périssez. La victoire même a ses dangers. L'orgueil, loin de vous aider, devient le plus dangereux ennemi que vous ayez à combattre. Tout ce qui vous environne fournit des armes contre vous; votre cœur luimême vous dresse des embûches; il faut sans cesse recommencer le combat. En un mot, on peut être quelquefois plus fort ou plus heureux que ses ennemis; mais qu'il est grand d'être toujours plus fort que soi-même !

Telle est pourtant la gloire de la religion.

La philosophie découvroit la honte des pas-

sions; mais elle n'apprenoit pas à les vaincre; et ses préceptes pompeux étoient plutôt Pélog^ de la vertu que le remède du vice.

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