‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 12 sur 33 · DEVOIRS ENTERS DIED · texte numérisé non relu

DEVOIRS ENTERS DIED

Ltre né grande et vivre en chrétien, n'ont rien d'incompatible, ni dans les fonctions de l'autorité , ni dans les devoirs de la religion. €e seroit dégrader l'Évangile et adopter les anciens blasphèmes de ses ennemis, de le regarder comme la religion da peuple et nne secte de gens obscurs.

Il est vrai que les Césars et les puissants selon le siècle ne crurent pas d'abord en Jésus-Christ; mais ce n'est pas que sa doctrine réprouvât leur état: elle ne réprouvoit que leurs vices. Il falloit même montrer au mon* de que la puissance de Dieu n'avoit pas besoin de celle des hommes; que le crédit et

l'autorité du siècle ëtoit iontile à une doc* trine descendue du ciel 5 qu'elle se suffisoit à elle-même pour s'établir dans l'unirers; que toutes les puissances du siècle^ en se déclarant contre eUe^ et en la persécutant^ dévoient raffermir; et que^ si elle n'eût pas eu d'abord les grands pour ennemis^ elle eût manqué du principal caractère qui les rendit ensuite ses disciples.

La loi de l'Évangile est donc la loi de tous les états. Plus même la naissance nous élève au-dessus des autres hommes^ plus la religion nous fournit des motifs de fidélité envers Dieu. Je dis des motifs de reconnoissance et de justice.

Oui^ mes Frères^ ce n'est pas le hasard qui vous a fait naître grands et puissants. Dieu^ dès le commencement des siècles^ vous avoit destiné cette gloire temporelle^ marqués du sceau de sa grandeur^ et séparés de la foule par l'éclat des titres et des distinctions humaines. Que lui aviez-vous fait^ pour être ainsi préférés au reste des hommes^ et à tant d'infortunés surtout qui ne se nourrissent que d'un pain de larmes et d'amertume? ]Ve

sont-ils pas comme tous l'ouvrage de ses mains, et rachetés du même prix? N'êtes- Tous pas sortis de la même boue? N'êtes-Yous pas peut-être chargés de plus de crimes? Le sang dont tous êtes issus, quoique plus illustre aux yeux des hommes, ne coule-t-il pas de la même source empoisonnée qui a infecté tout le genre humain? Vous avez reçu de la nature un nom plus glorieux; mais en avez-TOus reçu une ame d'une autre espèce et destinée à un autre royaume étemel que celle des hommes les plus vulgaires? Qu'avezvous au-dessus d'eux devant celui qui ne connoit de titres et de distinctions dans ses créatures que les dons de sa grâce? Cependant Dieu, leur père comme le vôtre, les livre au travail, à la peine, à la misère, et à l'affliction; et il ne réserve pour vous que la joie, le repos, l'éclat, et l'opulence. Hs naissent pour soufirir, pour porter le poids du jour et de la chaleur, pour fournir de leurs peines et de leurs sueurs à vos plaisirs et à vos profusions; pour traîner, si j'ose parler ainsi, comme de vils animaux, le char de voire grandeur et de votre indolence. Cette

distance énorme que Bien laisse entre eux et TOUS, a4-elle jamais été seulement Pobjet de vos réflexions , loin de l'être de votre reeonnoissance? Vous vous êtes trouvés, en naissant, en possession de tous ces avantages; et^ sans remonter au souverain dispensateur des choses humaines, vous avez cru qu'ils vous étoient dus, parce que vous en aviez toujours joui. Hélas! vous exigez de vos créatures une reconnoissance A vive, si marquée, si soutenue, un assujettissement si déclaré de ceux qui vous sont redevables de quelques faveurs; ils ne sauroient sans crime oublier un instant ce qu'ils vous doivent; vos bienfaits vous donnent sur eux un droit qui vous les assujettit pour toujours. Mesurez là-dessus ce que vous devez aq Seigneur, le bienfaiteur de vos pères et de toute votre race.

Quoi! vos faveurs vous font des esclaves; et les bienfaits de Dieu ne lui fbroient que des ingrats et des rebelles!

Aind, mes Frères, plus vous avez reçu de lui, plus il attend de vous. Mais, hélas!

cette loi de reconnoissance, que tout ce qui

vous environne vous annonce , et qui devroit

être^ pour ainsi dire^ écrite sur les portes et sur les murs de vos palais , sur vos terres et sur vos titres^ sur l'éclat de vos dignités et de vos vêtements ^ n'est point même écrite dans votre cœur! Dieu reprendra ses propres dons/ mes Frères , puisque , loin de lui en rendre la gloire qui lui est due^ vous les tourne^ contre lui-même. Ils ne passeront point à votre postérité; il transportera cette gloire à une race plus fidèle. Vos descendants expieront peut-être dans la peine et dans la calamité le crime de votre ingrati»

tude; et les débris de votre élévation seront comme un monument éternel^ où le doigt de Dieu écrira jusqu'à la fin l'usage injuste que vous en avez fait.

Que dis-je? Il multipliera peut-être ses donfç il vous accablera de nouveaux bienfaits; il vous élèvera encore plus haut que vos ancê^ très; mais il vous favorisera dans sa colère. Ses bienfaits seront des châtiments; votre prospérité consommera votre aveuglement et votre orgueil. Ce nouvel éclat ne sera qu'un nouvel attrait pour vos passions; et l'accroissement de votre fortune verra croître dans le

même degré vos dissolutions^ votre irréligion, et Totre impénitence.

C'est donc une erreur, mes Frères, de regarder la naissance et le rang comme un privilège qui diminue et adoucit à votre égard vos devoirs envers Dieu, et les règles sévères de l'Évangile. Au contraire, il exigera plus de ceux à qui il aura plus donné j ses bienfaits deviendront la mesure de vos devoirs; et , comme il vous a distingués des autres hommes par des largesses plus abondantes, il demande que vous vous en distinguiez aussi par une plus grande fidélité. Mais , outre la reconnoissance qui vous y engage , plus tout allume les passions dans votre état, plus vous avez besoin de vigilance pour vous défendre. Il faut aux grands de grandes vertus. La prospérité est comme une persécution continuelle contre la foi; et, si vous n'avez pas toute la force et le courage des saints, vous aurez bientôt plus de vices et de foiblesses que le reste des hommes.

Mais d'ailleurs, sur quoi prétendez-vous que Dieu doit se relâcher en votre faveur, et exiger moins de vous que du commun des fidèles?

Ayez-Tous moins de plaisirs à expier? Votre innocence est-elle le titre qui tous donne droit à son indulgence? Tous êtes -tous moins livrés aux désirs de la chair^ pour vous croire plus dispensés des violences qui la mortifient et la punissent? Votre élévation a multiplié vos crimes^ et elle adouciroit votre pénitence? Vos excès vous distinguent encore plus du peuple que votre rang^ et vous prétendriez trouver là-dessus dans la religion des exceptions qui vous fussent favorables?

Quelle idée de la divinité avons-nous^ mes Frères! quel dieu de chair et de sang nous formons-nous! Quoi! dans, ce jour terrible où Dieu seul sera grande où le roi et l'esclave seront confondus^ où les œuvres seules seront pesées ; Dieu n'exerceroit que des jugements favorables envers ces hommes que nous ap« pelons grands! ces honmies qu'il avoit comblés de biens ^ qui avoient été les heureux de la terre ^ qui s'étoient fait ici-bas une injuste félicité, et qui^ oubliant presque tou» l'auteur de leur prospérité, n'avoient vécu que pour eux-mêmes! Et il s'armeroit alors

de toute sa sévérité contre le pauvre qu'il avoit toujours affligé! et il réserveroit toute la rigueur de ses jugements pour des infortunés qui n'avoient passé que des jours de deuil el des nuits laborieuses sur la terre, et qui souvent l'avoient béni dans leur affliction, et invoqué dans leur délaissement et leur araer^ tome! Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements seront équitables.

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