ENVIE
Quelle que paisse être la gloire des grands sur la terre ^ elle a toujours à craindre^ particulièrement^ la malignité de l'envie qui cberehe à robscurcîr. Hélas! c'est à la cour surtout où cette vérité n'a pas besoin de preuve. Quelle est la vie la plos brillante où l'on ne trouve des taches? Où sont les victoires qui n'aient une de leurs faces peu glorieuse au vainqueur? Quels sont les succès où les uns ne prêtent au hasard les mêmes événements dont les autres font honneur aux talents et à la sagesse? Quelles sont les actions héroïques qu'on ne dégrade en y cherchant des motifs lâches et rampants? £n un
mot; où sont les héros dont la malignité , et peut-être la vérité, ne fasse des hommes?
Tant que tous n'aurez que cette gloire où le monde aspire, le monde vous la disputera:
ajoutez-y la gloire de la vertu; le moitié la craint et la fuit, mais le monde pourtant la respecte.
Non, Sire, un prince qui craint Dieu, et qui gouverne sagement ses peuples, n'a plus rien à craindre des hommes. Sa gloire toute seule auroit pu faire des envieux: sa piété rendra sa gloire même respèctahle. Ses entreprises auroient trouvé des censeurs : sa piété sera l'apologie de sa conduite. Ses prospérités auroient excité la jalousie ou la défiance de ses voisins: il en deviendra par sa piété l'asile et l'arbitre. Ses démarches ne seront jamais suspectes, parce qu'elles seront toujours annoncées par la justice. On ne sera pas en garde contre son ambition, parce que son ambition sera toujours réglée par ses droits. Il n'attirera point sur ses états le fléau de la guerre, parce qu'il r^ardera comme un crime de la porter sans raison dans les états étrangers. U réconciliera lea
peuples et les rois, loin de les diviser pour les affoiblir et élever sa puissance sur leurs divisions et sur leur foiblesso. Sa modération sera le plus sûr rempart de son empire.
Il n'aura pas besoin de garde qui veille à la porte de son palais; les cœurs de ses sujets entoureront son trône et brilleront autour à la place des glaives qui le défendent. Son autorité lui sera inutile pour se faire obéir: les ordres les plus sûrement accomplis sont ceux que l'amour exécute; et la soumission sera sans murmure^ parce qu'elle sera sans contrainte. Toute sa puissance l'auroit rendu à peine maître de ses peuples: par la vertu, il deviendra l'arbitre même des souverains.