‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 33 sur 33 · TALENTS · texte numérisé non relu

TALENTS

Hélas! Sire^ que sont les grands talents^ que de grands vices^ si; les ayant reçus deDieu, nous ne les employons que pour noui^-mêmes? Que deyiennent-ils entre nos mains? Souvent Tinstrument des malheurs publics^ toujours la source de notre condamnation et de notre perte.

Repassez sur tous les grands talents qui rendent les hommes illustres; s'ils sont donnés aux impies , c'est toujours pour le malheur de leur nation et de leur siècle. Ces beaux esprits si vantés , et qui par des talents heureux ont rapproché leur siècle du goût et de la politesse des anciens , dès que leur cœur s'est corrompu ^ ils n'ont laissé au monde

qiie des ouvragea lascif? et pernicieux ^ qu le poison, préparé par dès mains habiles ; infecte tous les joors les mœurs publiques, et où les siècles qû nous suivront viendront encore puiser la licence et la corruption du nôtre.

Toumei-vous d'un autre côté. Gomment ont paru sur h terre ces génies supérieurs, mais ambitieux et inquiets, nés pour faire mou- Toir les retsorts des états et des empires, et ébranler l'uiivers entier? Les peuples et les rois sont derenus le jouet de leur ambition et de leurs intrigues; les dissensions civiles et les malheurs domestiques ont été les théâtres lugubres, où ont brillé leurs grands talentsl Un seul homne obscur, avec ces avantages éminents de la nature, mais sans conscience et sans probité, a pu s'élever, les siècles passés, sur les débris le sa patrie; changer la face entière d'une nstion voisine et belliqueuse, si jalouse de ses lois et de sa liberté; se faire rendre des hommages que ses concitoyens disputent même à leurs rois; renverser le trône, et donner à l'univers le spectacle d'un souverain dont la conronne ne peut mettre la tête sacrée à couvert de l'arrêt inoui qui le condamna à la perdre^

Esprits vastes^ mais inquiets et torialents^ capables de tout soutenir , hors le repos; qui tournent sans cesse autour du pivot même qui les fixe et qui les attache; et cui^ semblables à Samson^ sans être animé de son esprit^ aiment encore. ' mieux ébranler l'édifice et être écrasés sous ses ruines^ que de ne pas s'agiter et faire usage de leur^ talents et de leur force. Malheur au siècle ]ui produit de ces hommes rares et mervélleux! £t chaque nation a eu là-dessus t^s leçons et ses exemples domestiques.

Mais enfin; si ce n'est pas un jualheur pour leur siècle ; c'est du moins un malheur pour eux-mêmes. Semblables à un mvire sans gouvernail que des vents favoralles poussent à pleines voiles, plus notre course est rapide, plus le naufrage est inévitajle. Rien n'est si dangereux pour soi que I0 grands talents dont la foi ne règle pas l'usoge. Les vaines louanges qu'attirent ces qualités brillantes corrompent le cœur; et plus on étoit né avec de grandes qualités, plus la corruption est profonde et désespérée. Dieu abandonne l'orgueil a lui-même. Ces hommes si vantés ex-

pient souvent^ dans la honte d'une chute éclatante 9 l'injustice des applaudissements publics; leurs Tices déshonorent leurs talents. Ces vastes génies^ nés pour soutenir l'état^ ne sont plus que de foibles roseaux qui ne peuvent se soutenir eux-mêmes. On a vu plus d'une fois, dit Job^ les pierres mè^les 4es plus brillantes du sanctuaire s'avilir et se traîner indignement dans la boue; et les plus grands talents sont souvent livrés aux plus grandes foiblesses. ^ 1) Job XII. Id.

TÉRITÉ.

Hérode, instruit des merveilles qu'on publioît de Jésus-Christ^ s'attend à lui voir opérer des prodiges^ et^ dans cette attente^ il le Toit arriver à sa cour avec joie. Ce n'est pas la vérité qui l'intéresse^ c'est une vaine curiosité qu'il veut satisfaire. Hérode fait à Jésus-Christ des questions vaines et frivoles; de ces questions^ où l'orgueil et l'irréligion ont plus de part que l'amour de la vérité; qu'on propose plutôt pour se faire une gloire de ses doutes^ que par un désir sincère de les éclaircir; de ces questions qui n'aboutissent à rien qu'à nous affermir dans l'incrédulité^ qui n'ont de sérieux que l'aveuglement^ d'où

elles prennent leur source; de ces questions, où l'on discourt des vérités éteriïelles du salut comm& de ces yérités douteuses et peu intéressantes que Dieu a livrées a l'oisiveté et à la dispute des hommes, où l'on traite oe qui doit décider du bonheur ou du malheur éter* nel, comme un problème indifférent dont les deux côtés ont leur vraisemblance, et où l'on peut opter; de ces questions enfin qui sont plutôt des dérisions secrètes de la foi, que les recherches respectueuses d'un véri^ table fidèle.

£t voilà le seul usage que la plupart des grands font de Jésus-Christ, des questions éternelles sur la religion; faisant de Jésus- Christ et de sa doctrine un sujet oiseux et frivole d'entretien et de contestation, au lieu d'en faire l'objet de leur espérance et de leur culte; s'informant de la vérité d'un avenir et de cette autre patrie qui nous attend après le trépas, avec moins d'intérêt qu'ils n'écouteroient les relations d'une terre inconnae»et peut-être fabuleuse, où nul mortel n'a pu encore aborder; parlant des faits miraculeux qui établissent la certitude et la divinité de

la religion de leurs pères^ avec la même in" certitude qu'ils parleroient d'un point peu important d'histoire qu'on n'a pas encore éclairci; et^ par la manière peu sérieuse dont ils Tculent s'instruire de la foi^ montrant qu'ils l'ont tout-à-fait perdue.

Aussi Jésus-Christ n'oppose qu'un silence profond à la vanité des questions d'Hérode.

On ne mérite les réponses de la vérité qae lorsque c'est le désir de la connoître qui l'interroge; et c'est dans le cœur de ceux qui parlent et disputent plus sur la religion, qu'elle est d'ordinaire plus effacée. Oui^ mes Frères^ on a déjà trouvé la vérité quand on la cherche de bonne foi. II ne faut, pour la trouver, ni creuser dans les abymes, ni s'élever au-dessus des airs; il ne faut que l'écouter au-dedans de nous-mêmes. Un cœur innocent et docile entend d'abord sa voix.

Les doutes et les recherches que forme l'orgueil ^ loin de la rapprocher de nous, ferment les yeux à sa lumière. Elle aveugle les sages et les juges orgueiUeux de ses mystères, et ne se communique qu'à ceux qui font gloire d'en être les disciples. La

aonmission est la source des lumières. Plus on veut raisonner^ plus on s'égare; plus on doute, plus Dieu permet que les doutes augmentent. La raison, une fois sortie de la règle, ne trouve plus rien qui l'arrête; plus elle avance, plus elle se creuse de précipices. La foi est le seul point qui peut fixer l'esprit humain. Si tous passez au-delà, voua n'ayez plus de route assurée; tous entrez dans une terre ténébreuse et couTcrte des ombres de la mort; tous n'y Toyez plus que des fantômes, les tristes enfants des ténèbres; et, comme la raison n'a plus de frein, l'erreur aussi n'a plus de bornes.

En effet, les questions d'Hérode le conduisent à faire de Jésus-Christ un sujet de risée; et toute sa cour suit son exemple.

La doctrine sainte n'offre rien qui ne combatte l'orgueil et la Tolupté; et il n'y a de grand pour ceux qui habitent les palais des rois, que le plaisir et la gloire. Si tous n'y paroissez pas sous ces étendards, ou l'on tous prend pour un censeur et un ennemi, ou ils TOUS méprisent conmie un homme d'une autre espèce. La Tcrtu la plus pure, dès

qa'elle déplaît an souTerain, est bientôt digne de l'onbli et du mépris même du courtisan.

C'est le goût du prince qui décide presque toujours pour eux de la vérité et du mérite.

Leur religion est toute^ pour ainsi dire^ sur le visage du radtre; c'est là leur loi et leur Évangile ; et ils n'ont rien de plus fixe dans leur culte que les caprices et les pas* sions de l'idole qu'ils adorent.

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